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hostieL’idéologie Pag
Au Bénin, les partis politiques n’ont de ligne directrice ou idéologique que le Programme d’actions de gouvernement (Pag). Même les partis politiques dont les dénominations renvoient à des concepts idéologiques ne se distinguent véritablement pas des autres dans les pratiques quotidiennes. Un bémol peut être accordé au Parti communiste qui lutte pour un idéal incompris, et qui n’a jamais accepté de défendre ses convictions dans les instances de prise de décisions au sommet de l’Etat. Le refus d’appartenir au gouvernement de Nicéphore Soglo en mars 1995 avec Magloire Yansunu est une illustration. Cependant, le Pcb a le mérite de former ses militants à l’art oratoire, au civisme, au patriotisme. Toutes choses rares dans les autres partis politiques. Exception aussi faite au Parti de la révolution populaire du Bénin (Prpb) dont l’idéologie était basée sur le socialisme scientifique et prôné par Karl Max et Vladimir Lénine. En dehors de ces deux exemples, le système partisan du Bénin n’est ni défini suivant l’option socialiste ni suivant l’option capitaliste.
Pour la kyrielle de partis politiques qui ont vu le jour avec le Renouveau démocratique, il n’y a d’idéologie que le Pag. En effet, pour appartenir à la mouvance présidentielle, il faut avoir appartenu soit à la coalition primaire qui a soutenu le candidat victorieux, soit avoir contribué, second tour, à l’élection du nouveau Chef de l’Etat. Pour les structures politiques qui ont pas soutenu une candidature ayant échoué, et qui cherchent de quoi entretenir leurs cadres et militants, il faut, après la publication du Pag, analyser la situation socio-politique et y adhérer. Les autres partis et mouvements politiques se rangent dans l’opposition. Il est alors possible d’établir l’équation selon laquelle le capitalisme et le socialisme sous d’autres cieux équivalent à la mouvance et l’opposition au Bénin. Ainsi, l’avènement de tout nouveau régime au Bénin engendre systématiquement une redéfinition ou recomposition de la classe politique. Quel que soit le régime, lorsque le Pag est rendu public, les partis politiques s’accommodent et le soutiennent. Voilà pourquoi Barthélémy Kassa qui soutenait mordicus que « si Yayi Boni dit à gauche, tout le monde va à gauche ; s’il dit à droite, tout le monde va à droite et que c’est ça la fidélité », peut aujourd’hui conduire avec« Fard » sur l’autoroute du Pag de Patrice Talon.
Sous le président Nicéphore Soglo, l’appel de Goho en 1994 a été une convocation expresse de ceux qui traînaient les pas à se diriger vers la rivière. Mais la gouvernance d’Hercule rebutait les acteurs politiques qui résistaient à se métamorphoser en biches. Par contre avec le président Mathieu Kérékou, à partir de 1996, ceux qui n’étaient pas de la coalition primaire pour la reconquête du pourvoir, ont dû faire allégeance au Pag1 ou au Pag 2 de ses deux quinquennats. La même chose a été observée sous le régime du président Yayi Boni. Ce constat des faits justifie en partie les transhumances politiques, qui sont légion au Bénin. Le modèle politique béninois est donc perfectible. Dès lors, la réforme du système partisan devient une nécessité impérieuse et urgente.
Jean-Claude Kouagou