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Opposition amorphe

En presque trente ans de démocratie au Bénin, n’on a jamais assisté à une opposition aussi dormante que celle qui se ligue contre les actions du président Patrice Talon. Pour l’histoire, il faut se souvenir de ce que le pouvoir du président Nicéphore Dieudonné Soglo avait été constitué en 1991 concomitamment avec une opposition. Le premier opposant à celui qu’on appelait à l’époque l’homme de la situation a été feu Idelphonse Wiliam Lemon. Ministre des finances du gouvernement de transition, Idelphonse Wiliam Lemon avait prétexté des bruits de couloir de la Conférence nationale qui faisaient état de ce que le Premier ministre Nicéphore D. Soglo ne devrait pas briguer la magistrature suprême. La brouille a été manifeste au cours d’une sortie gouvernementale à Porto-Novo où le Premier ministre Soglo avait été porté en triomphe à la veille de la présidentielle de 1991 alors que son ministre des Finances, Idelphonse Lemon, s’était déclaré candidat. Cette opposition encore molle fut renforcée avec l’action virulente des députés comme Albert Tévoédjrè.

Et quand Hercule du Renouveau démocratique béninois comptait sur son bilan pour rempiler à la fin de son premier quinquennat en 1996, il fît la maladresse de critiquer vertement, au cours du sommet de la francophonie à Cotonou, l’homme du 26 octobre 1972. L’opposition saisit la balle au bond et vitriole Nicéphore Soglo qui ne réalisera plus jamais son rêve de diriger le Bénin à partir de La Marina. Pour avoir la peau de Nicéphore Soglo, l’opposition travaillait sans répit et conduisait des actions de grande envergure que la presse relayait. C’est cette opposition qui avait sorti le Kaméléon de sa forteresse des filaos et formalisé avec lui le projet de société dénommé « le Bénin du Futur » auquel ont adhéré les Béninois pour défaire le pouvoir de Hercule. Et pour y parvenir, elle s’est  s’organisée et a mené des actions et pertinentes.

Mathieu Kérékou a su conserver son pouvoir, en mettant en déroute l’opposition faite de Nicéphore Soglo et d’Adrien Houngbédji. Le révolutionnaire devenu démocrate avait rallié à sa cause les deux renards : Albert Tévoédjrè de Djrègbé et Bruno Amoussou de Djakotomey. Et ainsi les velléités de l’opposition de l’époque n’avaient pu faire mouche. On se souvient de son cuisant échec à la présidentielle de 2001, où Nicéphore Soglo et Adrien Houngbédji ont tour à tour renoncé à la compétition électorale au motif qu’il y avait mascarade et tripatouillage des résultats du scrutin du premier tour. L’ancien président Yayi Boni avait trouvé la parade de l’éteignoir pour anéantir les assauts d’une opposition pourtant forte.

Face à Patrice Talon, l’opposition devrait jouer son rôle qui fortifie la démocratie. Mais hélas ! Les Sébastien Ajavon et Yayi Boni font une opposition par procuration et attendent que la presse fasse le travaille à leur place. C’est peine perdue. Dans une démocratie, chacun a un rôle. Les partis politiques qui, dans le cadre de la Constitution béninoise, concourent à l’expression du suffrage universel, animent la vie politique. Non pas en calomniant, mais en relevant les imperfections du pouvoir et surtout en proposant des alternatives crédibles et irréfutables qui forcent l’admiration des électeurs et des acteurs du monde des médias. L’opposition, en offrant de la matière à la presse, lui permet de disposer de substrat pour ses analyses et commentaires.

Mais la somnolence qui caractérise l’opposition actuelle avec comme stratégie la victimisation n’est pas de nature à lui assurer la victoire lors de prochaines joutes électorales qui s’échelonnent de 2019 à 2021. Les législatives, pratiquement à 6 mois, pointent dangereusement à l’horizon. Pendant que le président de la République organise ses lieutenants pour s’assurer la victoire, l’opposition se montre plutôt amorphe. Si l’opposition ne change pas de stratégie, et si le Code électoral est promulgué en l’état, ses chances deviendront si minces qu’elle sera figurante au Parlement. Ce serait tant pis pour elle et tant mieux pour le camp du compétiteur-né qui pourra à l’avenir faire passer ses réformes.

Jean-Claude Kouagou