Spread the love

hostie-4-1

Egal à lui-même

Soixante-douze heures après la mise en application du décret 2018-341 du 25 juillet 2018 portant introduction d’une contribution sur la consommation des services de communications électroniques fournis par les réseaux ouverts au public, il s’est avéré nécessaire au président de la République d’entendre les techniciens du secteur des télécommunications et d’analyser l’impact sur la population. En effet, entre le 19 et le 21 septembre 2018, les opérateurs des réseaux de téléphonie mobile ont adopté de nouveaux tarifs conformément à l’esprit du décret sus cité. La réaction des consommateurs s’est manifestée par des cris de détresse, mais aussi de critiques acerbes. Mais le chef de l’Etat, Patrice Talon, toujours égal à lui-même, a pris la mesure de la situation sociale. Dès lors, il a convoqué une séance de travail pour apprécier et décider de la nouvelle conduite à tenir.

Pour certains acteurs des réseaux sociaux, le président Patrice Talon a reculé. Oui ! Ce n’est pas extraordinaire d’autant que lui-même au cours d’un entretien télévisé à la veille de la fête nationale 2018 avait dit ce qui suit : « Ce qui me fera reculer sur une réforme, c’est de me dire que j’ai tort sur la réforme. C’est de me dire que « monsieur le président, messieurs les ministres, sur tel ou tel aspect de votre réforme, vous avez erré. Il y a quelque chose que vous n’avez pas compris, que vous n’avez pas vu ». Si on me montre que j’ai tort, je recule. Je ne suis pas un obstiné. Donc ce que j’attends des uns et des autres, c’est d’apprécier ce que nous faisons, de faire des critiques objectives et de nous amener à mieux orienter notre action en fonction donc des idées pertinentes exprimées. » En convoquant les spécialistes du domaine, le président Patrice Talon a compris, qu’il y a des aspects sur lesquels il était nécessaire de revenir. Le communiqué qui a sanctionné la rencontre du samedi 22 septembre 2018, informe: « en appréciant l’exposé sur l’état d’esprit des populations puis après avoir écouté les opérateurs Gsm et l’Arcep, le gouvernement note que les modalités de mise en œuvre dudit décret par les opérateurs, à partir du 19 septembre 2018, sont de nature à rompre l’économie globale du secteur, au détriment des consommateurs, en particulier les plus modestes. » Or, le décret avait été pris pour « sauvegarder la valeur du marché et de garantir les sources de financement des investissements nécessaires, au regard de l’ambition du gouvernement dans le secteur du numérique. »

Dans le projet de société du candidat Patrice Talon « Nouveau départ », il ambitionne de « Faire du Bénin la plateforme numérique de l’Afrique de l’Ouest. » Ce projet est décliné en : « généralisation de l’accès internet haut débit aux populations des 77 communes, création d’incubateurs d’entreprises numériques, puis mise en place de grandes réformes afin d’assainir le secteur, améliorer la qualité des services et réduire les coûts »

En rapportant le décret, Patrice Talon s’est comporté comme le président Mathieu Kérékou à la clôture de la Conférence nationale. « Au nom de l’intérêt supérieur de la Nation et du peuple béninois tout entier, nous disons que toutes les décisions prises par la Conférence seront appliquées dans l’ordre et la discipline librement consentie. Ce n’est pas du défaitisme, ce n’est pas la capitulation, c’est une question de responsabilité nationale. » Le tollé suscité par la mise en œuvre de nouveaux tarifs chez les plus vulnérables ne pouvaient laisser indifférent le président de la République. 

On peut se souvenir aussi que pour être au stade actuel des coûts de communication, plusieurs luttes ont été menées notamment par les acteurs de la société civile. On se rappelle les dénonciations de Me Lionel Agbo à l’époque où la carte de recharge minimale de Libercom coûtait 5000F pour 19 mn et que celle de Benincell (qui deviendra Areeba puis Mtn) s’achetait à 4000F pour quelques dizaines d’unités. En voulant résoudre un problème d’économie d’échelle, il est né un autre dans l’économie du marché. D’où le recul pour mieux agir dans les mois à venir.

 Jean-Claude Kouagou