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hostiePanser ce cul-de-sac

 Karimama ! Peu de citoyens habitant dans la capitale économique et sa conurbation se souviennent de l’existence d’une telle commune du Bénin. Les bruits des moteurs d’automobiles laissant échapper de la fumée qui intoxique les poumons, les nombreux polluants qui salissent et fatiguent les linges des usagers de la circulation, les problèmes d’inondations cycliques, les bouffées de poussière dans les nouvelles agglomérations d’Abomey-Calavi occupent le vécu des citoyens qui ne peuvent plus se rappeler que Karimama est l’une des 77 communes que compte le pays. A partir de la côte, la commune de Karimama est située à l’autre extrémité du pays. Avec le sauve-qui-peut qui se vit habituellement dans une capitale économique devenue une jungle, il y a bien des raisons que le cul-de-sac passe aux oubliettes.

A plus de 700 km de Cotonou, Karimama se trouve dans le bassin du Niger. La commune est très difficile d’accès. La seule route qui y mène à partir de la route nationale inter-état n°2 est celle qui s’amorce à partir de l’embranchement de Guéné. Sur 45 km, l’on s’engage sur le chemin cauchemardesque de l’enfer. Les affectations en direction de Karimama sont perçues comme des punitions. L’agent ne se rappelle plus qu’il a prêté serment de servir partout où besoin est. L’on se fait une image de Golgotha. En effet, il est écrit dans la Bible Matthieu 27-31, « Les condamnés devaient porter eux-mêmes leur propre croix jusqu’au lieu du supplice. Mais pour Jésus, certainement épuisé par l’agonie de Gethsémané, par une nuit d’interrogatoires, par le cruel supplice de la flagellation et la perte de sang qui s’en suivi, sous le choc des souffrances déjà endurées, le poids de sa lourde croix devait certainement dépasser la limite de ses forces. Aussi trébucha-t-il sur le chemin qui le conduisait au Golgotha. »

Karimama est logée dans la cime de la carte du Bénin et borde le fleuve Niger. La majeure partie de la superficie de la commune est occupée par le parc du W et sa zone cynégétique. Karimama est donc la commune la plus au Nord à l’Ouest. Elle est aujourd’hui la plus enclavée avec sa population estimée, selon le Rgph4, à 66.353 dont 11.901 pour l’arrondissement central Karimama. Mossey, Kompa, Bogo-Bogo, Kouara-Tégui, Birni-Lafia, Kargui, sont quelques unités administratives de la commune de Karimama qui signifie littéralement « terre de Karima ».

Sur les 45 km qui conduisent à Karimama, les passagers de tous véhicules s’exposent à toutes sortes de maux : courbature, torticolis, douleurs lombaires… Aucune autre issue n’est possible pour accéder ou sortir de Karimama. C’est pourtant une partie du pays. Elle est abandonnée à elle-même au point même de perdre devant le tribunal international de la Haye, l’une des importantes îles qui pouvait forcer l’admiration des touristes. Il s’agit de l’île aux oiseaux qui a été attribuée au pays frère le Niger à la suite d’un conflit frontalier. Il est impossible en saison pluvieuse d’enjamber les ponts qui jalonnent cette bretelle conduisant à Karimama. Sauf si, dans une sorte de folie, l’on est décidé à mettre un terme à ses jours sur terre. Le risque de passer par-dessus un pont est très élevé. En saison sèche, il faut un minimum de 3 heures dans une voiture 4X4 pour venir à bout des 45 km. Toutes les voitures de luxe ne sont pas indiquées pour emprunter la route de Karimama avec son unique entrée. C’est un véritable cul-de-sac qu’est la commune de Karimama.

Il est important que le développement de cette localité soit repensé pour panser les plaies de la commune et lui faire profiter son potentiel touristique. Car, Karimama ne manque pas d’atouts. La commune s’ouvre au Nord sur le fleuve Niger, à l’Ouest et au Sud par le parc du W. Il s’agit d’un écosystème naturel qui offre le tourisme de vision. En plus, pour les snipers, il leur est loisible de pratiquer la chasse dans la zone cynégétique à l’ouverture de chaque campagne de chasse.

 Jean-Claude Kouagou