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hostieL’holocauste attendu

 Le Bénin du Renouveau démocratique compte mille et un partis politiques au nom du multipartisme intégral proclamé dans la Constitution du 11 décembre 1990. Il s’agit d’une transcription manifestement démesurée d’une aspiration des conférenciers aux assises nationales de février 1990 à se passer du monolithisme qui a prévalu sous la révolution du 26 octobre 1972. Près de trois décennies après la pratique du multipartisme, les acteurs politiques s’accordent sur la nécessité indispensable de réformer le système partisan. La détermination du président Patrice Talon dans ce sens s’apparente à l’action naziste qui a conduit à l’Holocauste des Juifs.

A l’image de la décapitation du roi Louis XVI qui est à l’origine de la révolution française, la traduction dans les faits de la volonté politique du président Talon à nettoyer l’écurie, est une épreuve douloureuse. Elle s’opère comme une intervention chirurgicale sans anesthésie. La concrétisation d’un tel exploit par Patrice Talon mettra un terme, en tout cas, publiquement à l’anarchie observée jusque-là sur l’échiquier politique. Le professeur Victor Topanou écrit dans « Introduction à la sociologie politique du Bénin » ce qui suit : « tous les Béninois se soupçonnent, se suspectent, se méfient les uns des autres et s’observent en chien de faïence ; ils sont convaincus que leurs prochains ne peuvent jamais voiloir leur bien et/ou leur réussite et qu’en revanche, ils ne peuvent toujours vouloir que leur mal et/ou leur échec. » Dès lors, poursuit le professeur, « la plus grande prudence est enseignée dans l’éducation des enfants et recommandée dans les relations sociales, ce qui finit par instaurer des relations sociales malsaines faites de méfiance mutuelle et de méchanceté gratuite. » C’est ce que Paul Hazoumè retrace dans « Doguicimi » et que Me Robert Dossou désignera plus tard par « béninoiserie ».

Le président Talon est bien contre cette béninoiserie qui se définit comme étant l’ensemble ou l’immense majorité des mœurs qui caractérisent négativement le Béninois. Le vivre ensemble est difficile voire impossible. C’est bien ce qui est à l’origine de la création indéfinie des partis politiques au Bénin. Mais, l’holocauste est pour bientôt pour mettre de l’ordre. Il est en effet le sacrifice où la victime était consumée par le feu. Il se définit aussi comme un génocide, ou plus exactement l’extermination des Juifs par les Nazi avec les offensives hitlériennes. L’holocauste broie et ne permet plus à l’hydre ou à la chimère de régénérer et de réapparaître.

Dans le système politique que préconise le chef de l’Exécutif, les leaders des formations politiques qui soutiennent son action doivent transcender leur égo. Ils doivent fondre tout ce qu’ils ont comme attributs identitaires pour former deux grands partis politiques. Plus de « Taba Ti Taba ! » ; plus de « Tchoko Tchoko ! » ; plus de parti Arc-en-ciel ; plus d’Alliance Abt ; plus d’Alliance Soleil ; plus de Uds … Dans le registre au ministère de l’intérieur, la radiation des parties prenantes sera systématique pour ne plus permettre, après quelques mois d’observation, de revenir à la case de départ. L’expérience de l’Union fait la Nation est révélatrice dans ce sens. En effet, la Renaissance du Bénin (Rb) le Parti du Renouveau démocratique (Prd), le Parti social-démocrate (Psd) pour ne citer que ceux-là se sont constitués à la veille de la présidentielle de 2011 en un bloc politique, virtuellement redoutable. Mais, l’échec de Me Adrien Houngbédji à cette élection face à Yayi Boni a remis les pendules à zéro. Chaque parti politique, dans les tergiversations et les incompréhensions, a retrouvé son autonomie.

Il faut maintenant finir avec ces pratiques rétrogrades qui ne favorisent pas l’émergence des partis politiques. L’échéance n’est plus loin pour Patrice Talon de réussir ce pari.

 Jean-Claude Kouagou