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hostieLe destin du vieux

 Mathieu Kérékou, fils de Maman Yokossi, dont l’identité du père demeure un véritable mystère, sauf révélée par le professeur Félix Iroko, a eu un destin particulier. Les titres des essais biographiques sur Mathieu Kérékou en disent d’ailleurs long. « Il était une fois un caméléon nommé Kérékou » écrit Maurice Chabi. « L’énigme Kérékou », écrit Christophe Boisbouvier dans « Jeune Afrique » du 13 mars 2006. « Le président Mathieu Kérékou : un homme hors du commun », écrit le professeur Abiola Félix Iroko. « Mathieu Chaad Chabi Kérékou est né entre 1930 et 1932 (1933 est la date officielle) à Kouarfa, un village waao de la commune de Natitingou dans le département de l’Atacora, de Yokossi, sa mère, et de DokoKouroubou, son père, un ancien soldat de la Grande guerre, devenu garde-Cercle, après sa démobilisation. Son nom Kérékou, il le tient de son grand-père maternel, Chabi Chérékou  qu’il a, par la suite, déformé en Kérékou », d’après Iroko.

Pour sa part, Maurice Chabi dans « point de vue » rapporte que « Près de trois générations de Béninois seront passées par le moule du Général Mathieu Kérékou au cours de ses vingt-sept années de règne. Entre son prédécesseur Nicéphore Soglo et son successeur Boni Yayi, le Général Kérékou n’a jamais été aussi populaire que depuis qu’il s’est retiré de la vie politique. De fait, l’homme qui s’est affublé du sobriquet énigmatique « caméléon » reste sans conteste aujourd’hui celui qui aura marqué les esprits au cours des quarante dernières années de la vie politique au Bénin. »

«Mystérieux», « énigmatique », «Caméléon». Jeudi 15 octobre 2015, comme s’ils s’y sont accordés, la majorité des journaux béninois utilisaient au moins un de ces termes dans leur titraille sur le décès du général Mathieu Kérékou. La veille, mercredi 14, l’ancien président de la République s’en est allé, officiellement à 82 ans. Il est décédé dans la mi-journée ; avec la nature qui s’est chargée d’avertir les populations de la survenance d’un évènement peu ordinaire. Ce jour-là, autour de midi, de façon inopinée, alors que le ciel était ensoleillé, les nuages se sont amoncelés au-dessus de la ville de Cotonou. S’en est suivi un vent violent, puis une courte pluie. Quelques heures plus tard, la nouvelle du décès du «vieux» avait commencé à circuler sur les médias et les réseaux sociaux, diffusée par des sources crédibles. L’annonce officielle du décès du général président est faite par le président Yayi Boni autour de 16 heures, par un message à la Nation, rapporte »La Nouvelle Tribune ». Les journaux béninois n’avaient pas exagéré en qualifiant le général Mathieu Kérékou de « mystérieux », « énigmatique », « imprévisible », « caméléon ». L’homme a dirigé le Bénin à la fois en dictateur craint (18 ans de révolution) et chrétien-démocrate aujourd’hui célébré (10 ans de démocratie)pendant près de trois décennies. Un record !

Quoique « Versatile », « imprévisible » et un brin rancunier, dès le bas âge, Chaad « maniait avec bonheur,  ironie, humour taquinerie et assistance ». In fine, peut-on synthétiser, l’éducation de base du fils de Yokossi et Chabi Chérékou s’est déroulée « dans un contexte d’apprentissage de la souffrance ». Il faisait ainsi « partie à l’époque de ceux qui avaient été le plus profondément marqués par cette rude éducation quasi spartiate». 

En effet, « une nuit du mois de septembre 1943, poursuit le professeur Iroko, Madougou (son frère aîné) et lui revenait nuitamment du champ, trouvèrent leur cousin Yoosidé recroquevillé dans un coin de la maison, tout en sanglots comme pour inviter à la compassion. Chaad se proposa de remplacer son cousin Yoosidé. Ce dernier étant âgé de sept ou huit ans, Chaad le trouvait trop jeune pour supporter la maltraitance des autres écoliers et les « inévitables tortures infligées par les maitres ».Entré à l’école en 1943, il en ressortit quatre ans plus tard. En 1947, Mathieu Chaad Chabi Kérékou décida de se faire enrôler volontairement pour le service militaire. Sa formation militaire s’est faite en Afrique et en Europe, avant qu’il n’accède au pouvoir le 26 octobre 1972. Commence concomitamment avec sa formation militaire, une vie politique sans fin.

 Jean-Claude Kouagou