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hostieBalivernes ou élucubrations ?

 La note de service N°3181/EMAT/D2/BECO/CS du 12 octobre 2018 du Colonel Fructueux C.A Gbaguidi s’est retrouvée sur les réseaux sociaux. La note, dont l’auteur a souhaité qu’elle fasse objet de « large diffusion », est adressée aux chefs de corps des unités de l’Armée de terre. Elles’achève par : « De plus, toute personne qui ne déclinerait pas son identité après les trois (3) sommations de la sentinelle, comme le stipule le règlement du service des armées, devra être abattue sans état d’âme. » Cette phrase qui tient sa source du règlement du service militaire est mise en relief par un traitement en gras. Et, c’est ce qui est de trop selon les « droits-de-l’hommistes ».

Gbogbogbo ! Le Bénin est un Etat de droit. Gbogbogbo ! Le Bénin a souscrit à l’abolition de la peine de mort. Gbogbogbo ! Le Bénin … Gbogbogbo ! Le Bénin… Gbogbogbo ! Le Bénin… De quoi parle-t-on ?

Il faut se garder d’opiner sur des sujets qu’on ne maîtrise pas et de faire des commentaires tendancieux. Si ce ne sont des balivernes, tout ce qui se dit à propos de cette correspondance interne à l’Armée, doit être des élucubrations. Comparaison n’est pas raison. « Abattre dans les casernes » quiconque ne déclinerait pas son identité après 18 heures 30 minutes n’est pas une exécution de « la peine de mort » qui est une sentence des juridictions (Cours et tribunaux) dans les pays où cette peine est contenue dans le Code pénal.

La note du colonel Fructueux Gbaguidi est une correspondance administrative rédigée en des termes militaires. On ne peut y accéder que par une analyse du discours avec une culture militaire. L’objet de la lettre est : « renforcement des mesures de sécurité. » Sans apostrophe, le Chef d’Etat-major de l’armée de terre, s’adressant à l’ordre inférieur, écrit :

« Il m’est revenu que des menaces d’attaque se préparent contre les postes de garde dans les unités de l’Armée de terre. Elles seraient l’œuvre des individus mal intentionnés en quête d’armes et de munition. Ces individus pourraient appartenir à des groupes d’anciens personnels démobilisés ou radiés des Forces armées béninoises.

Par conséquent, j’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir renforcer les mesures de sécurité dans tous les postes de garde et autres points sensibles relevant de votre autorité. En tout état de cause, l’entrée dans les casernes à partir de 18 heures 30 minutes est subordonnée à la présentation de la pièce d’identité militaire.

De plus, toute personne qui ne déclinerait pas son identité après les trois (3) sommations de la sentinelle, comme le stipule le règlement du service des armées, devra être abattue sans état d’âme. Les chefs de corps sont tenus de faire une large diffusion des présentes consignes ».

Le premier paragraphe rappelle le contexte. Les renseignements font état de ce que « des menaces d’attaque se préparent … » Faut-il prendre ces renseignements au sérieux ou non en tant que premier responsable ? Les personnels démobilisés sont les militaires retournés dans leurs familles : des retraités par exemple. Les radiés sont ceux à qui est dénié le statut de militaire. Le deuxième paragraphe donne les instructions pour renforcer les mesures sécuritaires. En plus d’être large dans la journée, il est demandé que l’entrée dans les casernes à partir de 18 heures 30 minutes soit subordonnée à la présentation de la carte d’identité militaire. Où est le mal ? Le civil a-t-il sa place dans une caserne après l’heure de fermeture des administrations ? Et le troisième paragraphe demande d’abattre sans état d’âme quiconque qui ne déclinerait pas son identité après 3 sommations de la sentinelle. Doit-on s’entêter à une sommation dans un camp et devant une sentinelle qui est le poste de police ? C’est bien aux risques et périls de l’obstiné. L’armée, celle du peuple, a la responsabilité de protéger le peuple et de veiller à la sûreté de l’Etat. A l’image d’un conducteur de véhicule qui tuerait volontiers son père sur la voie publique pour sauver la vie de ses passagers, l’Armée au service du peuple et de l’Etat « abattra sans état d’âme » tout individu qui s’oppose à ses injonctions.

 Jean-Claude Kouagou