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hostieLa contraposition

 Grand-Popo n’implique pas systématiquement que Popo est grand. Ville située en bordure de mer à l’extrême sud-ouest du Bénin, Grand-Popo est très visitée et se couche cependant comme une volaille. Un véritable contraste. En réalité, cette ville dont le nom s’étend à l’ensemble de la commune est une ville touristique ayant un nombre appréciable de réceptifs hôteliers avec des standings variés. De ce point de vue, Grand-Popo est une grande ville. Mais en matière d’attractivité et de vivacité, c’est tout le contraire.

Le transport dans les villes est assuré par les conducteurs de taxi moto. Les visiteurs ont d’abord pour préoccupation première de trouver les services d’un éclaireur : un zémidjan. A Grand-Popo, il y en a aussi. Mais en nombre très réduit. En plus, à 19h, les Zémidjan de Grand-Popo ont fini de travailler. En tout cas, dans leur immense majorité. Les quelques rares encore en circulation flânent au carrefour Nonvitcha. Ce point d’intersection des routes est d’ailleurs le cœur de la ville. Sur un rayon de 30 mètres sont installés bar restaurant, une pharmacie qui ne tardent pas à fermer leurs portes. Quelques autres gargotes et cafeterias dispersés çà et là dans la ville attendent les retardataires. Mais à 23 heures, il ne faut rien espérer de la ville. Elle sommeille profondément.

Alors, le bruit de la mer devient audible dans les chambres d’hôtel installés pour la plupart sur le long de la côte. Le vent côtier se répand et gouverne l’atmosphère. Les houles des vagues marines qui achèvent leur course sur les berges de Grand-Popo donnent l’illusion que la ville est toujours en activité. Il n’en est rien. Les bruits de moteur et des humains sont devenus rares et laissent le courant marin percé le firmament. Grand-Popo est en effet une ville côtière située dans la baie du Bénin, à proximité de la frontière togolaise. Cette commune est dans le département du Mono. Les plages de sable, la proximité de l’embouchure du fleuve Mono, le patrimoine architectural colonial ou les cérémonies du culte vaudou et du christianisme notamment la Pentecôte en font l’une des destinations touristiques majeures du pays. La commune présente une répartition géospaciale des communautés. Ce sont principalement des Xwla (ou Popo) à l’ouest et dans les zones lagunaires, des Xuéla (ou Pédah) dans le nord-est, et des Guen (ou Mina) sur le littoral.

Les relations commerciales de la région de Grand-Popo avec l’Europe étaient déjà bien établies au XVIIe siècle, avant l’entrée en lice de Porto-Novo. Grâce à sa configuration de presqu’île prise entre la mer et l’un des bras du fleuve Mono, elle était considérée comme une rade assez sûre pour l’économie de traite. Les constructions – généralement des maisons à un étage, en briques cuites, avec un plancher en bois – étaient regroupées dans le quartier Gbekon, à côté du marché central, face à la plage. L’érosion côtière, un phénomène apparu à la fin des années cinquante et très marqué à Grand-Popo, a eu raison de cette architecture, aujourd’hui à l’abandon. Plus tardives, les premières missions, catholiques et protestantes, construites au bord de la mer, ainsi que la première école, ont subi le même sort.

L’économie de la région s’appuie notamment sur l’aviculture, le petit élevage, la pisciculture, les cultures maraîchères, le maïs, le palmier à huile, la banane plantain, la canne à sucre, les crevettes ou les noix de coco, qui peuvent contribuer à son développement économique, mais ces productions sont encore faibles, alors que le tourisme constitue le secteur véritablement porteur de la commune. Les potentialités sont importantes, mais restent insuffisamment exploitées.

 Jean-Claude Kouagou