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hostieUsufruitiers dehors !
 L’usufruit est le droit de jouir d’un bien dont la propriété appartient à un autre. L’usufruitier est donc la personne qui détient le droit de jouissance d’un bien, sans en être propriétaire ou héritier. Il en est ainsi d’un locataire de maison qui peut à son aise affirmer : « ici, c’est chez moi.»
Dans les Etats modernes de démocratie récente, les partis politiques ont des épithètes. On parle du Rassemblement des Républicains (Rdr) d’Alassane Dramane Ouattara, du Front populaire ivoirien (Fpi) de Laurent Gbagbo, de l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps) d’Étienne Tshisekedi. Au Bénin, depuis l’orée de l’indépendance en 1960, les partis politiques ont toujours appartenu à des leaders, à des fondateurs. Depuis le renouveau démocratique, il y a trois partis dont les fondateurs ou leaders charismatiques caracolent souvent en tête des élections présidentielles. Il s’agit de la Renaissance du Bénin (Rb) du couple présidentiel Rosine et Nicéphore Soglo, du Parti du renouveau démocratique (Prd) de Me Adrien Houngbédji et du Parti social démocratique (Psd) de Bruno Amoussou. Telle est l’histoire. Mais depuis peu, un exercice de démocratie interne a vu le jour au sein de la Rb et du Psd, faisant respectivement de Léhady Soglo et d’Emmanuel Golou les présidents de ces deux formations politiques. Léhady a été élu à la tête du parti de ses géniteurs en septembre 2010 au lieu où il a été éjecté à Abomey. Les réformateurs qui l’ont déchu en mai dernier lui reprochent son laxisme symptomatique de la léthargie qui s’observe au sein du parti. A quelques différences près, la crise à la Rb ressemble comme deux gouttes de larmes à celle que traverse le Psd. En effet, Emmanuel Golou qui s’est vu confier les rênes du Parti social-démocrate en 2012, après la démission de Bruno Amoussou, s’est fait élire au congrès de 2015. Golou a eu le temps d’avoir pignon sur rue et avec la présidentielle de 2016, il a pu se faire les couilles en or. Mais bientôt, l’usufruitier du Psd sera contesté au motif de tripatouillage de textes fondamentaux du parti. Une procédure de sa déchéance survint et permit au fondateur Bruno Amoussou de rompre le silence.
A l’analyse des deux situations, les usufruitiers Léhady Soglo et Emmanuel Golou ont perdu la légitimité au sein des instances dirigeantes de leurs partis respectifs. Ils ont tous intenté des procès pour réclamer la légalité. A la lecture de l’article 126 de la constitution, « la justice est rendue au nom du peuple béninois… » C’est dire que la légitimité des frondeurs peut déterminer la conduite des juges. La première hypothèse vérifiable, est qu’ils ont été déchus par la majorité des membres qui composent les instances politiques dirigeantes. Si la majorité au sein des bureaux engendre la majorité sur le terrain, il en résulte que les présidents qui ont ainsi perdu leurs titres ont perdu la légitimité chez les militants. Dès lors, les décisions des juges pourraient tenir compte de ces tendances. Et la page des usufruitiers s’en trouverait aussi refermée. Voltaire avait raison quand il énonçait : « le premier qui fut roi, fut un soldat heureux ». L’usufruitier ne peut donc l’être en tant que soldat de second ressort.
Jean-Claude Kouagou