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hostieTous de cujus !

 « Dans les textes de l’Ancien Empire », écrit Cheikh Anta Diop dans « L’unité culturelle de l’Afrique noire », pour dire « mourir », on emploie l’expression « passer à son Ka » ». Les partis et mouvements politiques béninois se conformant aux prescriptions de la Charte des partis politiques et des exigences du Code électoral datant tous les deux de 2018, ont accepté de « passer à leur Ka » au nom aussi de la réforme du système partisan qui vise à assainir le paysage politique qui présentait une mosaïque de clubs électoraux, claniques et ethniques.

En droit civil, de cujus désigne celui de la succession duquel on débat. Par délicatesse, les officiers de police judiciaire lors de la rédaction des actes de procédure de constats d’accidents mortels et les notaires lorsqu’ils rédigent un contrat de mariage ou un testament, ont pris l’habitude d’utiliser cette expression afin qu’en sa présence le donateur ne soit pas désigné dans l’acte qu’il signe, par l’expression  » le (futur) défunt ».

Ainsi donc, l’échiquier politique a été sérieusement simplifié en l’espace d’une semaine avec la tenue de deux congrès constitutifs qui ont consacré la disparition de plusieurs partis et mouvements politiques. En effet, le samedi 1er décembre 2018 à Cotonou, nombre de partis et mouvements politiques se sont convenus de se donner la mort en créant l’Union Progressiste. Les partis traditionnels ou emblématiques de cette Union ont noms : le Parti social démocrate de Bruno Amoussou, l’Union fait la Nation dont il était le patriarche, Force Clé de Lazare Sèhouéto, l’Union pour la démocratie et la solidarité nation de Sacca Lafia, la branche dissidente de la Renaissance du Bénin conduite par Abraham Zinzindohoué, le Mouvement africain pour la démocratie et le progrès avec Antoine Idji Kolawolé. A ceux-ci s’ajoute un nombre indéterminé de partisou mouvements dont les rayonnements dans le meilleur des cas s’étendent à l’échelle de département et le plus souvent se limitent à la commune ou à l’échelle du village s’ils ne se représentent pas seulement l’ombre du dirigeant élargi à une partie de sa famille biologie.

Samedi 8 décembre 2018 à Parakou, plusieurs autres partis qui ont accumulé des expériences diverses ont décidé de leur suicide collectif pour donner un sens à la réforme du système partisan devenue la hantise du président Patrice Talon. A l’issue du congrès donnant naissance au Parti républicain, l’Alliance pour un Bénin triomphant d’Abdoulaye Bio Tchané est morte. Le Rassemblement national pour la démocratie de Jean-Michel Abimbola est mort. Le Front d’action pour le renouveau démocratique d’Eugène Dossoumou est mort. Les partis ou mouvements politiques de nombreuses personnalités telles que François Adébayo Abiola, Samou Séidou Adambi, Maryam Baba-Moussa, Nassirou Bako-Arifari, Rachidi Gbadamassi, Général Robert Gbian, Jean-Claude Houssou, Barthélémy Kassa, Sabaï Katè, Kora Gounou Zimé, Adidjatou Mathys, Charles Toko, Auguste Vidégla, Janvier Yahouédéou, Wallys Zoumarou ont signé leur capitulation en renonçant à leur existence.

En se conformant aux prescriptions de l’article 3 de la charte des partis politiques en date du 17 septembre 2018 qui font obligation aux partis politiques d’exprimer « leurs et leurs idéologies dans les programmes politiques », le Parti républicain « opte pour une nation qui repose entre autres, sur les valeurs d’une économie libérale, d’unité nationale et de respect des valeurs démocratiques qui constituent le socle du développement économique, social, culturel du Bénin. » L’Union progressiste quant à elle revendique le statut d’un parti de masse par opposition au parti d’élites. Elle est un parti démocratique qui inscrit son combat dans une orientation idéologique qui professe la réduction des inégalités devant l’éducation, la santé, le logement, le travail, la culture… ; le développement des services sociaux de base y compris l’accès universel aux services de l’économie numérique, la subsidiarité dans tous les domaines. Avec la création de ces deux partis, c’est un coup de chiffon qui est passé sur l’échiquier politique. Le mérite de l’instant revient à Talon qui a su convaincre une partie de la classe politique à sa cause et qui partage de fait le même mérite.

 Jean-Claude Kouagou