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hostieConsultation à Talon

 Le processus électoral pour les législatives d’avril 2019 entre dans un engrenage. Une impasse électorale pointe à l’horizon. Et serait une première au Bénin depuis trois décennies du renouveau démocratique.

Il ne faut attendre rien de grandiose du président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji, dont l’éthos pré-discursif n’est plus trop apprécié dans l’opinion publique nationale. Avocat chevronné d’Omar Bongo, auteur de discours politiques bien élaborés et parfois parsemés de diatribes pour lesquelles Nicéphore Soglo le surnomma Mussolini de Porto-Novo, Houngbédji est un homme d’Etat. Certes! Trois fois président du Parlement béninois, Houngbédji est, a priori, la personne la mieux qualifiée pour mener la double mission de sortie de crise électorale. Il est mandaté par Talon pour conduire une médiation avec l’opposition radicale et présider une session extraordinaire devant proposer une mesure législative en vue de favoriser une participation plus large de la classe politique aux élections. Mais hélas, la mission est très périlleuse pour que Me Houngbédji puisse l’accomplir avec succès en un laps de temps.

Le boycott de l’opposition à la rencontre du 5 mars 2019 à la présidence de la République n’est que le reflet de son ressentiment en ce moment. Elle n’a plus confiance et a adopté la posture de l’abdication. Elle rumine impuissante ses récriminations. Elle n’attend plus de solutions crédibles et miraculeuses des rencontres de crise qu’elle trouve assurément sans intérêt. Sa logique est sans doute de discréditer le Bénin de Patrice Talon en s’abstenant d’aller aux élections au motif que les lois portent des germes d’exclusion et sont même scélérates. Mais c’est sans savoir que le président de la République lui-même a déjà fait son examen de conscience sur la situation. Face à la qualification par la Céna de deux listes favorables à l’action gouvernementale, le Chef de l’Etat a trouvé que c’est malheureux pour le pays. « L’impression que la situation donne est que les partis qui affichent formellement qu’ils sont de l’opposition ne figurent pas sur la liste. Cela n’est pas de nature à favoriser le débat contradictoire au Parlement, si les choses doivent rester ainsi. » D’où la recherche des portes de sortie…

Les solutions sont à la portée du génie béninois. Une chose est certaine, ce serait un précédent grave que de reporter les élections du 28 avril et ainsi différer l’installation du nouveau Parlement pour après le 15 mai 2019. Alors, premièrement, il faut demander au président de la Cour constitutionnelle, Joseph Djogbénou, de revenir sur sa décision relative au « certificat de conformité ». La lecture croisée de la Charte des partis politiques et du Code électoral, qui comportent des lapsus scripturaux suggère une deuxième solution. Il s’agit du vote d’une loi dérogatoire exemptant les partis politiques des contraintes insurmontables pour les législatives 2019. Car, à la vérité, les partis qui sont jusque-là des clubs électoraux, n’ont aucune administration digne et pérenne ainsi que l’a révélée publiquement le président Adrien Houngbédji. Les réformes à tous points de vue sont très pertinentes et ne peuvent pas être supprimées. Les remettre en cause est un recul. Adrien Houngbédji connaît au moins une personnalité influente dans chaque commune pouvant l’aider à disposer de militants sûrs autres que des voyous. Il en est ainsi pour chaque leader de parti politique qui connaît au moins une personnalité dans chacune des 77 communes. Dans ce petit pays de 112.622 km², « tout le monde connaît tout le monde. »De même, on ne peut ne pas exiger des candidats aux élections d’être à jour vis-à-vis du fisc. Au lieu de quitus, qu’ils présentent des quittances.

En optant très rapidement pour le vote d’une loi dérogatoire, la mission sera simplifiée à Houngbédji. La loi dérogatoire devra lever temporairement les verrous qui constituent des obstacles pour les partis recalés et à l’ensemble des partis de l’opposition. Sa durée de vie couvrira seulement la période de dépôt de dossiers de candidatures pour les législatives de 2019 à la Céna pour que survivent les réformes et la démocratie béninoise.

Jean-Claude Kouagou