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hostieHoungbédji aussi !?

 Les jours conduisant aux législatives du 28 avril 2019 se succèdent, mais ne se ressemblent pas. Lundi 11 mars 2019, la nouvelle était la convocation du président du parti du Renouveau démocratique (Prd) par la brigade criminelle de la Police républicaine. Cette information inédite qui survient au cœur du processus électoral laisse éberlués tous les acteurs de la vie socio-politique nationale. Du moins ceux qui ne suivent pas attentivement l’évolution du processus électoral.

Maître Adrien Houngbédji qui vient de célébrer ses 77 ans est convoqué dans une brigade ? Et pourtant, c’est une réalité. En amont, il lui a été signifié un Soit transmis n°058-C/PRC-2019 en date du 11 mars 2019. Quel sale temps pour l’exceptionnel président de l’Assemblée nationale du Bénin que de recevoir dans la même journée deux écrits judiciaires ! Déjà « une petite intervention complément » portant sur les doublons sur les listes de candidatures aux élections législatives lui a valu une interruption de la part du Chef de l’Etat, lorsque que le président du Prd a malencontreusement déclaré : « lorsque de potentiels candidats vous apportent des pièces falsifiées ou fausses, la loi ne dit rien sur ces cas par exemple. Je pense qu’il faut absoudre ce parti qui n’a pas les moyens de vérifier les pièces qui lui sont parvenues. Dans ce cas, il faut poursuivre l’intéressé pour éviter que le parti soit à la merci de n’importe quel voyou. » Dans le dialogue qui s’est instauré de fait, le président Talon ne concevait pas comment des partis peuvent aligner des voyous sur les listes de candidatures alors qu’ils sont susceptibles d’être élus. Et à Adrien Houngbédji de s’évader : « si c’est le cas, monsieur le président de la République, vous allez me poursuivre bientôt pour faux et usage de faux. »

Etait-ce prémonitoire que 5 jours après, le président du Parti du renouveau démocratique allait avoir des démêlés avec la justice ? Tout est parti encore d’une de ses actions. Investi par le chef de l’Etat pour recueillir des propositions pratiques afin de poursuivre avec sérénité le processus électoral, la mission de Me Houngbédji sur ce chantier est encore au statu quo. Dans une correspondance rendue publique, il a été savonné par le Premier secrétaire exécutif du Parti communiste du Bénin qui l’accuse de mépriser le Pcb. Dans le camp de la mouvance, un ténor du Bloc républicain lui impute la responsabilité de vouloir gripper le processus électoral. C’est dans cette avalanche de réactions défavorables à Adrien Houngbédji que la Cour constitutionnelle l’invite à l’audience du 11 mars suite au recours du Prd. A cette occasion, les représentants du Prd devraient répondre à une question préjudicielle. « Où a trouvé le Prd les documents de délibération de la Céna ? »

Les réponses insatisfaisantes du Prd ont certainement ouvert la voie à une enquête sur le chef d’accusation de « recel de documents administratifs. » On se pose la question de savoir, comment le président du Prd, grand avocat a pu se laisse prendre dans ce piège pour être en train de trainer sa bosse devant des officiers de police judiciaire ayant l’âge de ses derniers enfants ? L’ancien Premier ministre sous la présidence de Mathieu Kérékou a fait partie de toutes les mandatures législatives. Docteur d’État en droit de la faculté de droit de Paris en 1967, major de l’École nationale de la magistrature française, la même année, il exerce brièvement en qualité de Procureur de la République près le Tribunal de Cotonou. Il s’inscrit au barreau de Cotonou dès 1968 où il dirige un important cabinet d’avocats.

En mars 1975, il est condamné à mort par un tribunal révolutionnaire pour avoir pris la défense d’un opposant au régime du Parti de la Révolution Populaire du Bénin (PRPB). Il s’évade de prison quelque temps après et s’exile en France, puis au Gabon où il exerce de nouveau sa profession. Auteur du livre « Il n’y a de richesse que d’hommes, éditions de l’Archipel, octobre 2005 », Houngbédji fait face à nouveau à une page sombre de son histoire. Pourra-t-il s’en sortir indemne ?

 Jean-Claude Kouagou