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hostieAffaire d’Etat

 Inclinaison et hommage au guide touristique Fiacre Gbédji, mort dans l’exercice de ses fonctions dans le parc de la Pendjari. Inclinaison et hommage aussi aux soldats Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, qui ont sauvé la vie à deux touristes français indélicats Laurent Lassimouillas et Patrick Picque, par qui des malheurs sont survenus dans le parc de la Pendjari au Bénin et sur le territoire du Burkina Faso. Mais comment en est-on arrivé à la thèse d’otages ? Thèse par laquelle le Bénin est déclaré,selon la France, pays exposé au terrorisme, conséquence de l’action politique du réformateur Patrice Talon. Et au bout du compte, on déplore des pertes en vies humaines. La prise d’otagesprésumés et les implications subséquentes constitueraient dans un troisième cycle universitaire, une thèse de doctorat avec pour problématique : « comment un guide expérimenté meurt-il seul dans un parc alors que ses hôtes se retrouvent sur le territoire du pays voisin ? » En imputant la mort de Fiacre à ses hôtes, il s’ouvre implicitement un conflit diplomatique entre le Bénin et la France. Un conflit qu’il faut éviter de manière stratégique en faisant porter le crime à de ravisseurs ségrégationnistes.

Selon Libération dans sa livraison du 12 mai 2019, « Laurent Lassimouillas, 46 ans, et son mari Patrick Picque, 51 ans, ont été enlevés le 1ermai alors qu’ils visitaient le parc animalier de Pendjari, dans le nord du Bénin, avec un guide béninois. Leurs ravisseurs les ont ensuite emmenés au Burkina-Faso voisin, d’où ils devaient être remis à un groupe de Djihadistes au Mali. C’est juste avant leur transfert au Mali que les forces françaises sont intervenues, dans la nuit du 9 au 10 mai, pour les libérer, deux militaires des forces spéciales françaises trouvant la mort lors de l’opération. » Comment Fiacre Gbédji est-il mort lui?

En attendant les résultats des enquêtes judiciaires, les Etats français et béninois se félicitent de leur collaboration ayant abouti à la libération des otages. Le président Emmanuel Macron s’est même empressé d’accueillir les ex-otages à leur arrivée sur le territoire français. Marine Le Pen s’en est indignée quand elle fustigeait l’«inconscience» du couple, et jugeait que «le président de la République n’avait pas à les accueillir un peu comme des héros». La veille, le maire de Toulon, Hubert Falco, avait utilisé quasiment les mêmes termes dans un tweet : « Nos seuls compatriotes qui méritent aujourd’hui l’hommage de la Nation, ce sont nos deux héros, Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, nos deux soldats varois morts au combat, pour sauver la vie de touristes inconscients ! Eux, et eux seuls, méritent d’être honorés par la Nation ! » N’en déplaise au Patron du Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian qui trouve que la frontière avec le Burkina avait été classée en rouge. Ce qui est évident, c’est que leur hôtel ne se trouvait pas en zone rouge, mais leur voiture et le corps du guide ont été retrouvés près de la frontière.L’hypothèse improbable serait que le chauffeur, Fiacre Gbédji, un guide expérimenté de 28 ans, les aurait emmenés lui-même près de la frontière, une zone classée dangereuse par la France mais dont l’accès n’est pas interdit, et où les agences locales continuaient à organiser des visites.

Du côté du Bénin, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme s’est saisie de l’affaire. Elle a ouvert une information judiciaire qui, on imagine, aboutirait à la création d’une commission rogatoire chargée d’élucider les zones d’ombre du dossier. Mais avant l’aboutissement des procédures judiciaires dans lesquelles les ex-otages pourraient être entendus, l’Etat béninois a rendu public le communiqué dont la teneur suit : « Le président de la République, le gouvernement et le peuple béninois se réjouissent de la libération des deux ressortissants français disparus le 1er mai 2019 à la frontière bénino-burkinabé. Ils se félicitent de la parfaite coopération entre les services béninois, burkinabé et français, qui a permis cet heureux aboutissement. Ils expriment leur solidarité à la France pour les deux soldats qui ont perdu la vie au cours de l’opération de libération.Enfin, ils saluent la mémoire du guide béninois tué, réaffirment leur compassion à sa famille, et l’assurent de leur soutien. »

La mort du guide béninois, la prise d’otage de touristes français inconscients et leur libération ont constitué une affaire d’Etat dans laquelle la Justice est appelée à dire le droit.

 Jean-Claude Kouagou