Spread the love

hostie..Les billets du Chu-Mel

 Enfants malades. Mamans malades. Femmes de toutes conditions ayant des ennuis de santé résidant à Cotonou et environs. Gardez-vous bien de vous rendre au centre hospitalier universitaire de la mère et de l’enfant lagune. Gardez-vous bien de vous y rendre si vous n’avez pas d’argent. Gardez-vous bien de vous y rendre si vous ne portez pas dans vos trousses des billets de banque de première main. A la caisse du centre hospitalier universitaire de la mère et de l’enfant lagune, on ne reçoit que des billets trébuchants. Des billets craquants. Des billets tout neuf. Il faut donc avoir un parent ou un ami à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) ou s’offrir les services d’un chef de caisse d’une banque commerciale afin d’échanger les vieux billets contre des billets neufs. Car le message est bien clair au Chu-Mel. Une affiche très lisible signale : « les billets tachetés, fatigués, troués, vieux, scotchés ne sont plus acceptés » C’est sans ambiguïté que cet hôpital de référence a désormais fait l’option de ne disposer dans sa caisse au moment des comptes journaliers, que de billets provenant fraichement des institutions émettrices de la monnaie.

C’est quand même curieux. D’abord, le Chu-Mel est un hôpital qui a vocation de traiter des patients ciblés. Il s’agit des couches les plus vulnérables. La mère, en état de grossesse, quoi que normal, est un organisme fragile. L’enfant qui est l’autre cible, est un être aussi fragile. Lorsque Chu-Mel exige de ses cibles vulnérables des billets sans taches, on s’étonne. Cette option de l’hôpital est suicidaire. Un malade s’attend à ce qu’on lui administre des soins. Même à crédit. Et quand il a des ressources financières, il ne se préoccupe pas de les échanger avant de se rendre dans une formation sanitaire.

Ensuite, les caisses de structures qui brassent beaucoup d’argent ne peuvent pas se substituer à la Bceao pour refuser des billets pour quelque motif que ce soit. C’est une aberration car le retrait de billets de banque ne relève pas de la compétence des hôpitaux. Tant que les billets ne sont pas faux, tant que toutes les inscriptions qui caractérisent le billet sont, même difficilement, lisibles, il n’est pas du ressort d’un hôpital de les refuser. Il revient à la Bceao, par le mécanisme de la circulation de la monnaie dans l’économie, de retirer les billets usés qui ne peuvent plus servir. Chu–Mel n’a certainement pas mesuré les conséquences de l’option qu’il est en train de faire.

 Jean- Claude Kouagou