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hostie...Décentralisation déconcentrée

 Une annexe d’une mairie sur le territoire d’une autre commune. Cela n’a jamais été imaginé depuis 2003 où la décentralisation a pris corps au Bénin. Depuis samedi 07 octobre 2017, la mairie de Parakou fait cette expérience très novatrice qui combine deux concepts proches : la décentralisation et la déconcentration.

D’après la 3ème édition du    »Lexique de science politique » de la collection Dalloz, la décentralisation est un «  processus par lequel l’Etat central confie des compétences et des moyens d’action publique à des collectivités locales jouissant d’une légitimité démocratique. » Dans cet esprit, la loi 97-028 du 15 janvier 1999 portant organisation de l’administration territoriale de la République du Bénin établit en ses articles 21 et 22 qu’il est «  institué dans la structure de l’administration territoriale de la République, des collectivités territoriales décentralisées dotées de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Les collectivités territoriales décentralisées prennent la dénomination de commune ». Suivant le   » Lexique de science politique », la déconcentration quant à elle, est «  une délégation de pouvoirs, effectuée par une autorité centrale à une autorité qui lui est soumise hiérarchiquement ». Il ressort de ces notions qua la décentralisation est caractérisée par la légitimité démocratique (élection des membres des conseils communaux), l’existence de personnalité juridique et l’autonomie financière. A l’inverse, la déconcentration n’admet aucune de ces caractéristiques. La déconcentration obéit plutôt au principe de la subordination par le mécanisme de la hiérarchie.

Ces préalables permettent de comprendre que l’inauguration d’une représentation de la mairie de Parakou à Cotonou (à plus de 400 Km) s’inscrit dans un contexte de décentralisation déconcentrée. En effet, la municipalité de Parakou est une collectivité décentralisée. Au regard des nécessités de service et, assurément  du besoin de rapprocher son administration de ses concitoyens habitant à Cotonou, il est apparu nécessaire pour l’administration du bourgmestre Charles Toko, d’implanter à Cotonou une annexe. Comme il est aisé de l’entrevoir,  l’annexe de la mairie de Parakou à Cotonou n’a pas les caractéristiques d’une décentralisation. Elle a plutôt les caractéristiques d’une déconcentration. L’annexe installée à Cotonou obéit aux ordres de Parakou. L’utilité de cette ingéniosité a été portée à la connaissance du public le jour de l’inauguration.

Pour l’essentiel, l’annexe de la mairie de Parakou à Cotonou offre des prestations du  » Service état civil et populations”. Ceux dont les actes de naissance sont établis à Parakou et qui résident à Cotonou et environs ne sont plus obligés de voyager pour solliciter des extraits. Les demandes de souche, indispensable depuis pratiquement une décennie, pour la délivrance de la carte nationale d’identité ou du passeport, peuvent se faire sur-place. Si l’expérience s’avère fructueuse et comble totalement les attentes de l’autorité municipale de Parakou, les attributions de l’annexe pourraient être renforcées. Elle peut aussi donner lieu à la création d’une autre annexe dans une autre ville où la diaspora de Parakou est assez représentée. Elle peut enfin faire école auprès d’autres communes. Il ne faut pas perdre de vue que l’expérience de la déconcentration de la mairie de Parakou doit prouver son efficience, contribuer à accroître les recettes de la mairie, pour être pérennisée. Au cas où elle ne serait pas rentable pour la mairie, pour défaut de fréquentation, elle sera malheureusement stoppée. Sans état d’âme. La balle est donc dans le camp des usagers au profit de qui l’administration s’est rapprochée.

 Jean-Claude Kouagou