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hostie...L’éveil Sankariste

 Thomas Sankara. Voilà un nom qui sonne, à la suite de Kwamé N’krumah  Amilca Cabral, Ahmed Sékou Touré, Gamal Abdel Nasser, comme un des grands noms du continent africain. Sans qu’il soit exagéré de le soutenir,  Thomas Sankara incarne, à lui seul, une doctrine philosophique à l’image de son frère d’arme, le général Charles de Gaulle qui a instauré le gaullisme dans l’Hexagone. Sankara était aussi mû par de fortes convictions politiques basées sur le socialisme. La doctrine philosophique de ce capitaine des Forces aériennes de l’ex Haute-Volta, est ce que d’aucuns appellent le Sankarisme. Ce courant de pensée tranchait avec l’impérialisme sous toutes ses formes et promouvait le nationalisme et le panafricanisme.

Il n’y a, pour s’en convaincre, qu’à écouter ses discours à l’occasion de grands sommets tels que : les sommets de l’OUA, sommets de l’ONU ou encore les sommets qui regroupent les Etats d’Afrique francophone autour de la puissance colonisatrice : la France. Thomas Sankara n’avait cure des formules diplomatiques lors de ses interventions. Il laissait exprimer son cœur sans langue de bois. Son style vestimentaire était celui du soldat qui renouvelait  son attachement au panafricanisme. En effet, lorsque Sankara n’était pas en treillis militaire, il arborait, en gentleman, un superbe habit sorti de l’artisanat voltaïque. Sankara était très désagréable vis-à-vis des puissances occidentales. Il dénonçait publiquement les mirages des aides au développement. Il était prêt à affronter les ennemis du continent africain, à lutter de toutes ses forces et sur tous les plans jusqu’au sacrifice suprême.

Dans cette logique, il avait posé les bases d’une réelle indépendance de son pays. Inflexible comme Staline, Thomas Sankara, né en 1949 au Burkina Faso, l’ancienne Haute-Volta, a fait carrière dans l’armée de son pays. En 1976, il a rejoint, écrit Joseph Ki-Zerbo, une organisation secrète de jeunes militaires, le Regroupement d’officiers communistes, à laquelle appartenait aussi Blaise Compaoré. Sankara est devenu secrétaire d’Etat à l’information en 1981. Mais, il a renoncé à ses fonctions l’année suivante. Après le coup d’Etat de 1982, il est nommé premier ministre, mais rapidement limogé. En 1983, après un nouveau coup d’Etat organisé par un groupe d’officiers, Sankara est devenu président et a changé de nom à la Haute-Volta qui est devenu Burkina-Faso. Son ambition était d’inculquer aux jeunes de son pays l’intégrité et la dignité. D’où l’appellation « Pays des hommes intègres”.

Thomas Sankara a gouverné le Burkina-Faso, selon une orientation socialiste et anti-impérialiste. Il a lutté contre la corruption et encouragé l’éducation, la promotion de l’environnement, l’agriculture et les droits de la femme. Son programme révolutionnaire a suscité une forte opposition de la part des pouvoirs traditionnels. C’est dans cette atmosphère que le 15 octobre 1987, il a péri dans un coup d’Etat militaire qui a porté au pouvoir son frère d’arme, Blaise Compaoré ; lequel a été contraint à quitter le pouvoir en octobre 2015 sous la pression populaire.

Trente ans après la disparition de Thomas Sankara, sa vision politique, son idéologie, et ses convictions sont toujours d’actualité. C’est l’ensemble de ces perceptions qu’on regroupe dans le  Sankarisme. Il ne s’agit ni d’intégrisme, ni de fondamentalisme encore moins de puéril nombrilisme. Il s’agit, comme le dirait Aimé Césaire, de l’affirmation de soi dans un monde devenu village planétaire en proie à des mutations rapides. L’éveil Sankariste, comme une luciole, illumine désormais la conscience des Africains qui entendent reconquérir leur place de berceau de l’humanité, de siège naturel des civilisations du monde, selon Cheikh Anta Diop, de connaissances scientifiques, d’après l’égyptologue Jean-Philippe Omotundé… L’Afrique s’éveille inéluctablement pour que le monde entier puisse se prosterner devant elle.

 

                                                                                                      Jean-Claude Kouagou