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hostie...Le monstre … étranglé

 « Le Dahomey est le quartier latin de l’Afrique. Mais cet intellectualisme fait de méchanceté et de mesquinerie est de nature à retarder le développement du pays ». Tel était le diagnostic posé par l’administrateur Emmanuel Mounier au lendemain des indépendances africaines. Ce diagnostic résulte du constat implicitement contenu dans son assertion. C’est bien ce qui s’est traduit dans les faits avec la succession de coups d’Etat au cours de la première décennie de l’indépendance du Dahomey. 

En effet, entre août 1963 et mai 1972, le pays a connu 9 présidents de la République.  Ce sont : Hubert Maga, Christophe Soglo, Marcellin Sourou-Migan Apithy, Justin Ahomadégbé, Tahirou Congacou, Maurice Iropa Kouandété, Alphonse Alley, Emile Derlin Zinsou, Paul-Emile de Souza. Parmi eux, Hubert Maga et le général Christophe Soglo ont exercé deux fois les fonctions de chef d’Etat. Pour la seconde fois, Hubert Maga est président de la République dans un système de triumvirat. Ainsi l’entente entre Sourou-Migan Apithy, Justin Tomètin Ahomadégbé et Hubert Maga porte ce dernier à la tête du pays pour un mandat de deux ans qui court du 7 mai 1970 au 7 mai 1972. Ahomadégbé lui succéda en mai suivant les conclusions du Conseil présidentiel. Il n’eut pas le temps de changer le gouvernement hérité de Hubert Maga, quand le 26 octobre 1972, tout bascula.

Ce jour-là marque un nouveau tournant dans la vie politique du Dahomey. Dans le discours qu’il a prononcé, le chef de bataillon d’alors, Mathieu Kérékou, rappelle les conditions qui ont sous-tendu la prise du pouvoir par le Gouvernement militaire révolutionnaire.  On se souvient toujours de cette séquence du discours où il affirme : «  un corps à trois têtes est un véritable monstre ». Il poursuit : « nous affirmons notre ferme volonté de réaliser l’unité nationale, de réconcilier les fils de ce pays et d’assurer à notre commune patrie la stabilité nécessaire et indispensable à son développement économique et social. » Avec le discours du 26 Octobre 1972, le monstre à trois têtes venait d’être décapité et ses acteurs gardés dans les locaux du Conseil de l’entente sous surveillance.

Puis l’exercice du pouvoir sous le régime du Gouvernement militaire révolutionnaire a consisté entre autres en une restructuration de l’appareil de l’Etat. Le premier acte fut le discours-programme du 30 novembre 1972. Ensuite le 30 novembre 1974, le marxisme léninisme est retenu comme la philosophie et guide de l’action révolutionnaire. Le 30 novembre 1975, enfin, le pays est débaptisé en République populaire du Bénin avec un changement du drapeau national du Vert-Jaune-Rouge au Vert frappé d’une étoile rouge à 5 branches régulières. Il est annoncé la création du Parti de la Révolution populaire du Bénin (Prpb) qui fonctionne comme un parti-Etat.  On nationalise plusieurs sociétés héritées du colon, on en crée de nouvelles dans l’optique qu’il fera « bon vivre pour chacun et pour tous ».

Mais une fois encore, l’assertion de Mounier se traduit dans les actes et la révolution du 26 octobre 1972, commence par enregistrer ses difficultés. Les premières commencent à la fin de 1975 avec une brouille entre membres du Gmr sous fond de scandale dans l’affaire « Kovacs ». A partir de 1981 les éclairés ne supportent plus la pensée unique et la transformation du camp militaire de Ségbana en un archipel de goulag. Les efforts de Mathieu Kérékou et de ses gouvernements sont vains face à la détermination des masses populaires qui aspirent à plus de démocratie.

Les crises s’accentuent entre 1986 et 1989 avec une paralysie générale de l’administration et une faillite des banques. C’est dans ce contexte qu’en décembre la session conjointe du Conseil exécutif national et du Comité central du Prpb décident de l’organisation courant le premier trimestre de 1990 de la Conférence nationale des forces vives. Elle met fin à la révolution du 26 octobre qui a terrassé le monstre à 3 têtes, il y a 45 ans.

Jean-Claude Kouagou