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hostieConvergence Tévoédjrè
 Depuis que le Renard de Djrègbé a trouvé refuge au quartier Nadjo à Porto-Novo, sa demeure est devenue un nouveau lieu de pèlerinage. Ceux qui n’ont rien à faire se défoulent chez le Vieux. Or, le bientôt nonagénaire a déjà fait ses « vœux pour toujours ». Il n’est plus dans les intrigues politiques. Il affirme d’ailleurs que la grâce que Dieu lui a faite, c’est de pouvoir « adhérer ou renoncer ».
Cependant, l’instinct animal qui caractérise Albert Tévoédjrè ne l’empêche pas, devant les sujets brûlants de l’actualité nationale, de « surgir, agir et disparaître ». Que dis-je ? « Surgir, agir et se retrancher » dans sa résidence d’où il inonde nuitamment les mails de personnalités de tout acabit et de toutes obédiences religieuses (chrétiens, laïcs, dignitaires et adeptes du Vodoun, sommités de l’Islam), hommes politiques, hommes des médias, personnalités diverses du monde entier. Il échange aussi avec les agences du système des Nations-Unies. Le carnet d’adresses du Vieux est très fourni. Dans le système électoral béninois, on lui reconnaît ses analyses pertinentes et on convient qu’il faut l’avoir avec soi que contre soi.
C’est cet homme qui n’appartient à « aucun réseau ou système mafieux», au regard perçant de l’aigle, qui devient le centre d’attraction du gotha politique national. Les images publiées sur les réseaux sociaux montrent que le frère Melchior, Albert Tévoédjrè, reçoit ses visiteurs dans le même décor.
Le Vieux, incrusté dans son divan dans la même position, a reçu Léonce Houngbadji, tout furieux, cherchant un exorciseur pour apaiser ses esprits ébranlés par une peur bleue. Nicéphore Soglo est allé lui aussi échangé avec son ‘’générationnaire’’. A sa suite, le démissionnaire du premier gouvernement du président Patrice Talon. Candide Azannaï, le philosophe de Jonquet, comme l’appelle Nicéphore Soglo, est allé lui aussi au refuge du frère Melchior et de la sœur Théophane. L’ancien président Yayi Boni, accompagné de ses fidèles compagnons Amos Elègbè et Alassani Tigri, n’a pu se garder de rendre visite au coordonnateur du projet africain, « La Paix par un autre chemin ». Beaucoup d’autres anonymes et clandestins de toutes sensibilités politiques et religieuses se succèdent aussi à la résidence de l’ex Renard de Djrègbé.
Alors, pourquoi une telle ruée chez Albert Tévoédjrè ? En dépit des imperfections humaines, il fait l’effort de prendre de la hauteur pour aborder les sujets. Ses fonctions antérieures de haute personnalité lui assurent un minimum social qui le met à l’abri du besoin. « Je n’ai pas de fortune, je n’ai pas de château. Mais je vis modestement», m’a-t-il fait savoir un jour au téléphone. Il sait que dans la vie, tout est vanité. Prenant conscience de « l’ancien qu’il est devenu », Tévoédjrè qui laisse une bibliographie modeste à la postérité, entend lui léguer les semences de la paix. Dès lors, il se consacre à la culture, à l’éducation pour la paix, sous fond de dialogue interreligieux.
L’inactivité politique de l’homme devient dès lors le ferment qui convoque les forces vives vers lui. Padre, bien à toi !
Jean-Claude Kouagou