Spread the love

hostieAvant-gardiste indiscret

Nicéphore Dieudonné Soglo ! Un nom. Une longue histoire collée au Dahomey des années 60 et à la République du Bénin de l’ère du Renouveau démocratique. Mais aussi administrateur de la Banque mondiale dont il ne cesse de scander à chaque fois qu’il a l’occasion d’emboucher la trompette.
Un homme. Une histoire. Une gloire. Des mérites… Il est difficile de coller à Nicéphore Soglo les affaires qui éclaboussent les hommes d’Etat. A contrario, il en détient à profusion sur les principales figures politiques du pays au point d’attribuer, dans un style humoristique, des pseudonymes à certains. Soglo, le beau gars, selon des Ivoiriens, Soglo, l’infatigable travailleur dénommé Hercule, Soglo, l’ami des producteurs agricoles qui lui reconnaissent les qualités d’homme d’Etat à qui certains doivent leur baptême de l’air dans le cadre de la fête des paysans… Soglo est bien un grand homme.
Malgré cet avantage comparatif, des Béninois ont de l’aversion pour les Soglo dont la figure emblématique est bien Nicéphore. Digne prince du roi Houégbadja, Nicéphore apparaît aux yeux de certains, un homme trop imbu de sa personne, conséquence de son échec à la présidentielle de 1996. Les Soglo seraient, depuis des décennies, aux bons soins de la République par une stratégie de répartition des membres de la famille entre les acteurs politiques. C’est, pour reprendre une vieille titraille la face cachée de cette famille et qui entame son honneur et par ricochet l’honneur de la figure emblématique Nicéphore.
L’idole du professeur Joël Aïvo, admiratif de plusieurs jeunes, à plus de 80 ans ne réalise-t-il pas, à l’instar du professeur Albert Tévoédjrè, qu’il est devenu ancien et est à la veille de dire « au revoir » au peuple qu’il a eu le privilège de diriger en tant que président de la République ? Il faut absolument savoir quitter les choses avant qu’elles ne vous quittent. C’est cela l’expression du beau synonyme de vérité prônée par Léopold Sédar Senghor pour qui, « la raison est hellène et l’émotion est nègre ». A plus de 80 ans, on n’est plus passionné, on n’est plus émotionné, au risque de subir les diatribes de l’ancien ministre Aboubacar Yaya contre Tévoédjrè : « Vous savez, moi, je viens de quelque part où on dit qu’un grand ne parle pas avec toute la bouche. Quand il parle avec toute la bouche, les enfants transforment sa barbe en balançoire. »
C’est dire qu’il faut savoir s’abstenir devant certaines situations qui provoquent et convoquent même à la réaction. Attaché aux valeurs démocratiques, l’avant-gardiste Nicéphore Soglo doit résister aux marches, aux manifestations de la rue qui relèvent encore de la compétence des Candide Azannaï, des figures de proue des centrales syndicales, des jeunes parlementaires…
Le statut de Nicéphore Soglo est celui du roi qui peut disposer de sbires pour les sales et basses besognes. Nicéphore Soglo est un Baobab, de par sa posture physique, de par la somme respectable de son niveau de culture et doit, au soir de sa vie, se garder des actions qui ternissent ses bonnes œuvres. Nicéphore Soglo l’ami littéraire, comme Albert Tévoédjrè, doit se montrer discret. Car à force de toujours s’exhiber comme un trophée, le mythe Nicéphore tombera devant les forces de l’ordre découvrant le pot aux roses faux médicaments …

Jean-Claude Kouagou