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hostieLes frasques de Hinnouho

 Hinnouho dans la culture Adja-Tado signifiait littéralement les informations de la famille ou de la Collectivité, donc frappées du sceau de la confidentialité. Le député Mohamed Atao compte dans son référentiel nominatif Hinnouho. Il est l’un des plus jeunes députés de la 7ème législature. On se  rappelle bien que, siégeant au bureau d’âge, il s’est fait distinguer en buttant inlassablement les mots à l’occasion de s’acquitter de sa tâche de secrétaire.

Mohamed Atao Hinnouho a coupé le pont avec ses avocats. Le député a pris la tangente, à la suite de la convocation qui lui a été adressée par la Sous-direction des affaires économiques et financières de la police judiciaire. Ladite convocation est consécutive à la découverte d’entrepôts de médicaments dont l’authenticité reste à prouver.

Depuis environ 8 ans, sous l’égide des présidents Jacques Chirac et Yayi Boni, le processus de lutte contre les faux médicaments a été enclenché avec l’appel de Cotonou. Depuis lors, le Bénin s’est engagé à doter le droit positif de normes lui permettant d’en découdre avec la prolifération et la vente illicite de médicaments contrefaits. Dans cette optique, le Bénin a souscrit à la Convention Médicrime et le gouvernement du président Patrice Talon a obtenu l’accord de l’Assemblée nationale pour ratifier cette Convention. Voilà pour ce qui est du cadre normatif qui ouvre la voie à la lutte implacable contre les médicaments d’origine douteuse. Tout contrevenant aux dispositions de la Convention s’expose dès lors à des sanctions régaliennes de l’Etat, tel que Joseph Midodjoho dit Oloyé, le champion béninois de la contrebande d’essence a subi la rigueur de la loi.

Mohamed Atao Hinnouho, présumé propriétaire des sites de stockage de faux médicaments tombe en disgrâce avec le régime du président Patrice Talon, décidé à mettre fin  aux pratiques qui n’honorent pas un Etat moderne. Le gouvernement de Patrice Talon, malgré lui, a entrepris de décimer les filières d’essence frelatée et de médicaments jugés impropres à la consommation et par ricochet dangereux pour la santé. A son corps défendant et au nom des principes cardinaux républicains, Patrice Talon touche aux intérêts du député Hinnouho, dont le secret familial devient celui de Polichinelle. « Il n’y aura pas de chasse aux sorcières », avait proclamé Patrice Talon dans l’entre-deux-tour de la présidentielle de 2016. Mais entre les vertus de la République et l’allié politique circonstanciel, le choix est vite fait. Déjà en novembre 2016, Talon affirmait à Parakou que « si publiquement les péchés deviennent des actions de gloire, c’est dangereux pour le pays. Il est important pour nous que, publiquement nous ayons au moins la mesure, le courage de ne pas faire l’apologie du péché, parce qu’après, il n’y a plus de repère ». Cette déclaration est un gouvernail pour l’homme d’Etat qui assume les plus hautes fonctions de la République. En cela pèsent sui lui des charges qui le contraignent à écouter une voix intérieure, celle de sa conscience. Alors, s’il faut, dans l’action publique, sacrifier les intérêts d’alliés qui se font des couilles en or sur le dos du peuple, le président n’a plus que ce choix de justice.

 Jean-Claude Kouagou