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hostieLe sens du 10 janvier

 Le 10 janvier au Bénin est désormais un jour férié depuis 1992 où le président de la République, Nicéphore Soglo, l’a décrété. Ce jour prend le nom de « fête du Vodoun » en langue Fon « fête des religions endogènes » en langue de travail. Au plan spirituel, c’est tout simplement le jour pour reconnaître avec Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Cheikh Anta Diop, notre Négritude ou notre Africanité afin d’être en adéquation avec Kuwamé N’Krumah, Amilcar Cabral, Nelson Manda et bien d’autres figures emblématiques du continent noir.

La fête du 10 janvier au Bénin, est la fête de « nous-mêmes ». Le 10 janvier n’est pas une fête de mystification. C’est une fête de la spiritualité authentique de l’Afrique. Cheikh Anta Diop l’a si très bien démontré dans son ouvrage “Nations nègres et Culture”. Le socio-anthropologue égyptologue soutient que « Hérodote, ayant affirmé que les Egyptiens n’étaient primitivement qu’une colonie des Ethiopiens ; Diodore de Sicile ayant répété la même chose et aggravé son cas en portraiturant les Ethiopiens de manière à ne pouvoir s’y méprendre, il importait au plus haut point de combattre » les historiens de la colonisation, pour qui, l’Africain n’a pas d’âme. Cela étant admis, et presque tous les savants occidentaux s’étant délibérément fixés pour but de ravir l’Egypte à l’Afrique.

Le 10 janvier, c’est la fête de la réhabilitation spirituelle de l’Afrique dont les habitants, sous les effets de la colonisation, ont adopté de nouvelles croyances, notamment le christianisme, véritable organisation mondiale de la foi, et l’islam taxés de religions modernes et monothéistes. A ce propos, Aimé Césaire rappelle que la « Négritude, n’est pas une métaphysique. Elle n’est non plus une prétentieuse conception de l’univers. C’est une manière de vivre l’histoire dans l’histoire : l’histoire d’une communauté dont l’expérience apparaît, à vrai dire, singulière avec ses déportations de populations, ses transferts d’hommes d’un continent à l’autre, les souvenirs de croyances lointaines, ses débris de cultures assassinées. »

Le 10 janvier, c’est la fête de la Négritude qui se définit comme étant l’identité. Et quand Césaire parle d’identité, il pense à « une identité non pas archaïsante dévoreuse de soi-même, mais dévorante du monde, c’est-à-dire faisant main basse sur tout le présent pour mieux réévaluer le passé et, plus encore, pour préparer le futur. » Combien sont-ils les Africains qui passent le clair de leur temps dans les chapelles et les mosquées le jour, et se retrouvent nuitamment dans les couvents et temples des religions endogènes, ainsi que l’a dénoncé le groupe musical Panthère noire ? Il est connu de tous que le syncrétisme religieux est une pratique courante et très répandue dans les sociétés africaines. Ce syncrétisme est le refus de l’Africain d’assumer sa Négritude ou son Africanité.

En définitive, la journée du 10 janvier doit être considérée au plan africain comme étant la journée de la spiritualité africaine. Autant dans le christianisme, il existe des courants de pensées doctrinaux ou théologiques, qu’il en est de même dans l’islam, autant il existe dans la spiritualité africaine, des divinités qui sont l’expression plurielle de la religion des peuples noirs. Au-delà du Bénin, désormais le 10 janvier, fête des religions endogènes doit devenir la fête de l’espace Uemoa, de l’espace Cedeao et de l’Union africaine.

Jean-Claude Kouagou