Spread the love

hostieEncadrer les grèves

 La liberté suppose la responsabilité. La grève est l’ultime recours de la classe ouvrière pour revendiquer ses droits matériels, corporatistes et moraux auprès du patronat et de la classe bourgeoise. Mais lorsque la grève, au lieu d’être l’exception, devient systématique, lorsqu’elle se renouvelle indéfiniment par tacite reconduction, elle empoisonne le peuple qui a besoin des services de ses diverses administrations. Les élucubrations de l’ancien président Yayi Boni dont nombre de Béninois, de partenaires sociaux et acteurs politiques se souviennent en disent long au sujet de l’usage abusif du droit de grève. Dès lors, il urge de se conformer aux prescriptions du constituant qui a expressément signifié que « le droit de grève s’exerce dans des conditions définies par la loi ». L’absence d’un cadre légal spécifique n’a que fait du tort à tous les citoyens au lendemain de 1990.

Il est important de rappeler que dans un système politique monolithique, de parti-Etat et de dictature, sous la bannière du socialisme scientifique et du marxisme léninisme, le bien-fondé de l’usage de la grève n’a que révélé ses exploits. En effet, les grèves généralisées, à partir de 1989, ont eu pour conséquence, la chute du régime militaro-marxiste du grand camarade de lutte Mathieu Kérékou. Celui dont la vie se résume comme n’étant « ni ange, ni démon », d’après l’analyse de Me Adrien Houngbédji, serait « le plus grand homme d’Etat post colonial » pour avoir convoqué la Conférence des forces vives, à la suite des pressions populaires. Il s’est fait grand homme en acceptant sans « défaitisme ni capitulation » les conclusions de ces assises historiques qui ont ouvert la voie d’une part, au multipartisme intégral, dont la classe politique réétudie actuellement le système partisan ; et d’autre part, à la liberté d’expression consacrée entre autres par « le droit de grève qui doit s’exercer dans les conditions définies par la loi » d’après l’article 31 de la Constitution du 11 décembre 1990.

« Cette démocratie faite de désordre et d’anarchie », d’après l’ex-président Yayi Boni, mérite que les pouvoirs publics évaluent le chemin parcouru en 28 ans pour tirer les conclusions qui s’imposent. Ailleurs, les grèves se font tout en étant au service. Les grèves ne paralysent pas l’administration et ne pénalisent pas le bas peuple. La grève, c’est une heure, ou demi-journée de cessation de travail.

Il est indéniable que les grèves aient des répercussions négatives sur la société. En effet, un candidat à une offre nationale ou internationale peut se faire éliminer pour défaut d’une pièce à produire par une administration. Un manque à gagner pour l’intéressé, pour sa famille et peut-être même pour le pays. D’innombrables cadres sont des produits des établissements scolaires publics. Aujourd’hui, ils sont obligés d’inscrire leurs progénitures dans les écoles privées qui leur coûtent des fortunes, pour se prémunir des grèves perlées qui ont presque toujours cours dans le secteur public. Pour ce corps de métier des formateurs, les plus nombreux des agents de l’Etat, il faut repenser leur façon de faire usage de la grève. Au préjudice subi par les parents du fait de la grève, on constate le niveau des apprenants baisse parce qu’aussi la grève a fait baisser le niveau de culture de l’enseignant.

En définitive, la grève est un droit constitutionnel qui doit être encadré par une loi spécifique qui corse les conditions de son recours, et fixe les conditions de sa jouissance, quoi que les revendications soient le plus souvent légitimes.

 Jean-Claude Kouagou