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hostieIndépendance culinaire

Au lendemain de la dévaluation du franc Fcfa, l’inflation avait galopé de manière sévère, et il est apparu avec le président de la République d’alors, Nicéphore Soglo, la notion de « Consommons local ». Par note de service en date du 19 janvier 2018, le maire de Parakou, Charles Toko s’inscrit dans la logique de la « promotion de l’économie locale ».
Le maire Toko affirme l’indépendance culinaire en ces termes : « dans le cadre de la promotion de l’économie, il est porté à la connaissance des membres du cabinet et de personnel administratif qu’il ne sera utilisé lors des réceptions nécessitant restauration ou rafraîchissement que des produits locaux et, au mieux des cas, des produits identitaires de la commune de Parakou. Il s’agit entre autres : au titre des mets, de ceux dénommés Toubani, Watché, Wassa-Wassa, igname pilée, pâte… ; au titre des boissons : Tchoukoutou, jus naturels, eau conditionnée à Parakou. A cet effet, il est demandé aux services administratifs chargés de l’exécution des dépenses publiques de veiller à l’application de la présente mesure. »
Si on convient avec Bernard Dadié que « le travail assure l’indépendance », il faut reconnaître avec Joseph Ki-Zerbo que « sans identité, nous sommes un objet de l’histoire, un instrument utilisé par les autres, un ustensile. » Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire parlent de négritude et même d’ethnicité. Ce sont des concepts de conscientisation des Africains à se départir de complexes qui consistent à les aliéner intellectuellement et à consacrer leur dépendance des cultures occidentales. Les chawarma, répondant aux conditions climatiques libanaises et très déconseillés pour les pays tropicaux chauds, les salades russes, et autres mets des pays du Nord et de l’Est, n’auront plus droit de cité à Parakou. En tout cas, quand il s’agira d’une activité de la mairie, il n’y a plus de lignes budgétaires pour les repas et boissons importés. Là-dessus, Abdoulaye Bio Tchané, alors candidat à la présidentielle de 2011, en répondant à la question de « quel repas aimez-vous le plus ? », n’avait pas hésité à servir : « Pètè-pètè : c’est-à-dire le ragout d’igname ou de patate douce »
L’indépendance n’est pas que politique. Elle est intellectuelle, culturelle, économique, culinaire…Voilà pourquoi, il est apparu la notion de kulturkampf qui signifie « combat culturel ». C’est d’ailleurs tout le sens de l’existence de l’organisation internationale de la francophonie. Les pays du Nord ont compris de puis très longtemps que la culture et la civilisation sont des facteurs d’influence de l’humanité. L’art culinaire est identitaire et fait partie intégrante de la culture d’un peuple. En décidant de rompre avec la servitude et la complicité inconsciente d’expédier les ressources du contribuable de Parakou vers l’extérieur, le maire opte réellement pour une indépendance au sens large.
Il revient d’une part aux services compétents chargés de la mise en œuvre de cette décision de lui donner corps et vie. Il revient ensuite aux administrés de trouver la pertinente de cette réflexion et de ne pas croire qu’il leur est imposé des repas. Il revient à tous les citoyens béninois, non pas de renier les autres mets des pays voisins ou européens, mais de privilégier les mets de chez eux. Car, l’art culinaire est fondamentalement identitaire. Il imprime les habitudes alimentaires qui intègrent la dimension culturelle et la civilisation des peuples.

Jean-Claude Kouagou