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hostie..Cette Constitution-là !

La Constitution béninoise est comme un béton armé difficile à dynamiter. Elle est un socle stalinien sur lequel se dresse majestueusement l’édifice de la République. A maintes reprises, les essais de sa modernisation ou de son remodelage n’ont pas prospéré. Ils ont buté contre de farouches résistances. Déjà en 2010, à l’occasion de ses 20 ans, le professeur Joël Frédéric Aïvo qualifiait cette Constitution de celle de « tous les records en Afrique ». A 28 ans, elle résiste encore au toilettage. Et pourtant, elle a prévu en son article 154, les mécanismes de sa révision. Et pourquoi ne prospère-t-elle jamais jusque-là ?
A l’analyse, le peuple béninois a scellé un pacte avec sa Constitution. Le président Patrice Talon l’a si très bien compris qu’en voulant introduire l’an dernier le projet de loi portant révision de la Constitution, il a expressément signifié qu’il est inopportun de changer l’immatriculation de la loi fonda-mentale. En d’autres termes, le président avait souhaité que le Parlement intègre les amendements et maintienne l’intitulé « loi 90-032 du 11 décembre 1990 ». Le pacte que le peuple a scellé avec sa Constitution est traduit dans le préambule et qui fait que la République peut tanguer, mais, ne va jamais chavirer. Le peuple reconnaissant les défauts de sa Constitution, célèbre ce-pendant un parfait amour avec cette dernière.
Au référendum constituant du 02 décembre 1990, plus de 90% des votants avaient marqué leur accord pour son contenu. Le préambule de cette Constitution, rappelle en premier lieu l’histoire tumultueuse du pays. Puis il rap-pelle que : « Les changements successifs de régimes politiques et de gouvernements n’ont pas émoussé la détermination du Peuple béninois à rechercher dans son génie propre, les valeurs de civilisation culturelles, philosophiques et spirituelles qui animent les formes de son patriotisme. »
Le préambule rend hommage aux délégués des assises nationales en ces termes : « La Conférence des forces vives de la Nation, tenue à Cotonou du 19 au 28 février 1990, en redonnant confiance au peuple, a permis la réconciliation nationale et l’avènement d’une ère de Renouveau démocratique. » Le peuple à travers le préambule de sa Constitution marque son « opposition fondamentale » à toutes les formes de déviances. Le peuple exprime sa ferme volonté de défendre et de sauvegarder sa dignité aux yeux du monde et de retrouver la place et le rôle de pionnier de la démocratie et de la défense des droits de l’Homme qui furent naguère les siens. Le peuple affirme solennellement sa détermination par cette Constitution de créer un Etat de droit et de démocratie pluraliste, dans lequel les droits fondamentaux de l’Homme, les libertés publiques, la dignité de la personne humaine et la justice sont garantis, protégés et promus  comme la condition nécessaire au développement véritable et harmonieux de chaque Béninois, tant dans sa dimension temporelle, culturelle, que spirituelle.
Ce « peuple véto » réaffirme son attachement à un certain nombre de valeurs avant de confesser ce qui suit : « Adoptons solennellement la présente Constitution, qui est la Loi Suprême de l’Etat et à laquelle nous jurons loyalisme, fidélité et respect. » Autant « les changements successifs de régimes poli-tiques et de gouvernements n’ont pas émoussé la détermination du Peuple béninois à rechercher dans son génie propre, les valeurs de civilisation culturelles, philosophiques et spirituelles qui animent les formes de son patriotisme », autant la dernière phrase du préambule est aussi forte de sens que celle précédente dans la mesure où le peuple voue une terrible considération à cette Constitution en laquelle, il « jure loyalisme, fidélité et respect ». On comprend dès lors, le fait que tous les Béninois soient devenus des juristes spécialistes des questions constitutionnelles.

Jean-Claude Kouagou