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hostie..Assumer la défalcation

 « Qui n’a pas travaillé, n’a pas droit au salaire ». Cet adage populaire est bien connu de tous. Les magistrats ont adressé une motion de grève au Garde des sceaux, ministre de la justice l’informant de leur décision d’aller en grève illimitée, 5 jours sur 5. La nouvelle grève trouve son fondement dans les défalcations de salaire pour fait de grève. En décidant de barricader les portails du palais de justice, l’Union nationale des magistrats du Bénin, (Unamab) empiète sur le droit des justiciables.

Dans un pays fondé sur l’Etat de droit, il est inadmissible que certains corps de métiers abusent de leur position. Nul n’ignore les conséquences des faits de grève sur les citoyens pris individuellement d’une part et sur le fonctionnement général de l’appareil d’Etat d’autre part. La grève est l’ultime recours de la classe ouvrière pour revendiquer ses droits matériels, corporatistes et moraux auprès du patronat et de la classe bourgeoise. Mais lorsque la grève, au lieu d’être l’exception, devient systématique, lorsqu’elle se renouvelle indéfiniment par tacite reconduction, elle empoisonne le peuple qui a besoin des services de ses diverses administrations. Les élucubrations de l’ancien président Yayi Boni au sujet des grèves, dont nombre de Béninois, se souviennent encore, en disent long au sujet de l’usage abusif de ce droit des travailleurs. Dès lors, il urge de se conformer aux prescriptions du constituant qui a expressément signifié que « le droit de grève s’exerce dans des conditions définies par la loi ». L’absence d’un cadre légal spécifique n’a que fait du tort à tous les citoyens au lendemain de 1990.

« Cette démocratie faite de désordre et d’anarchie », d’après l’ex-président Yayi Boni, mérite que les pouvoirs publics évaluent le chemin parcouru en 28 ans pour tirer les conclusions qui s’imposent. Ailleurs, les grèves se font tout en étant au service. Les grèves ne paralysent pas l’administration et ne pénalisent pas le bas peuple. La grève, c’est une heure, ou demi-journée de cessation de travail, pour signifier au patronat qu’on n’est pas d’avis sur un fait. C’est aussi pour exprimer sa désapprobation et son mécontentement lorsqu’on estime que le pouvoir central commet des abus. Il est indéniable que les grèves aient des répercussions négatives sur la société.

En décidant d’aller en grève, les grévistes devraient s’attendre à ce que l’Exécutif utilise aussi son moyen pour leur faire entendre raison. Ce moyen est la défalcation. En cela, les grévistes devraient l’assumer comme conséquence de leur lutte. Il serait injuste que dans la même République, certains travaillent et que d’autres ne travaillent pas, puis à l’heure de la paye, que tous se retrouvent devant l’agent du trésor pour percevoir. Qui a créé la richesse qui doit être redistribuée avec tant de facilité ? Et le tort ou le préjudice causé aux citoyens du fait de la grève, comment le répare-t-on ?

En définitive, la grève est un droit constitutionnel qui doit être encadré par une loi spécifique qui corse les conditions de son recours, et fixe les conditions de sa jouissance, quoi que les revendications soient le plus souvent légitimes.

 Jean-Claude Kouagou