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hostieLe reflet du miroir

 Les Béninois sont à la croisée des chemins. Bientôt 60 ans que le pays est indépendant. Des noms de grande référence ont fini de poser le diagnostic à divers intervalles du temps depuis 1938. A l’image de ces mots de Mgr Nicodème Barrigah Benissan, évêque d’Atakpamé au Togo, ce qui revient chaque fois avec insistance dans la vie d’un homme, fait indubitablement partie de cet homme. C’est le reflet du miroir selon Stendhal. Le prélat togolais soutient : « Une victoire passagère peut n’être, après tout, qu’un coup de chance, un concours de circonstance inespéré dont on se réjouit. Mais un succès répété est plutôt une preuve de maturité, de responsabilité, de persévérance et de dignité. »

Si le Bénin peut se flatter de ses efforts au plan démocratique, il doit souffrir qu’on lui révèle le mal qui le ronge et l’appauvrit : le principe du nivellement par le bas qui forge l’âme de ce citoyen d’Afrique. Paul Hazoumè énumérait les traits de caractère qui donnent forme à « la béninoiserie » et qui se manifestent à travers : calomnie, complots, coups bas, crocs-en jambes, diffamation, égoïsme, envoutement, escroquerie, médisance, mensonge, nuisance, pratiques occultes, sorcellerie, trahison, usurpation, etc. Cet écrivain est l’un des tout premiers intellectuels à exprimer cette triste réalité en 1938 dans son ouvrage Diguicimi : « Les Daxomènou feraient de rapides progrès dans la voie du perfectionnement, s’ils pouvaient comprendre  qu’ils doivent s’efforcer d’égaler au lieu d’égaliser. »

En 1948, le philosophe français, Emmanuel Mounier constatera que « le Dahomey est le quartier latin de l’Afrique. Mais cet intellectualisme fait de méchanceté et de mesquinerie est de nature à retarder le pays. » Avant Mounier, Victor Hugo dans le tome 2 des Misérables avait bien mis en exergue ce sens où l’on voit une petite clique d’intellectuels qui se réunissaient pour discuter inutilement au « quartier latin » exactement comme pour « tenir des querelles byzantines » qui évoquent ce grand rendez-vous religieux de Byzance, pendant lequel des théologiens continuaient de se chamailler au sujet de sexe des anges, alors que l’on avait annoncé l’assaut final des conquérants pour la chute de la cité. Au quartier latin, on n’est plus en phase avec la réalité. S’appuyant sur les traits qui forgent l’âme du Dahoméen, selon Paul Hazoumè, maître Robert Dossou, popularisera « la béninoiserie » à la Conférence nationale de février 1990.

Ces descriptions sont une camisole qui sied à la plupart des Béninois d’aujourd’hui et qui donnent raison à Stendhal qui estime que « le roman, c’est un miroir que l’on promène le long du chemin. » Les thèses de Paul Hazoumè, Emmanuel Mounier, Robert Dossou et même Victor Topanou qui décrit l’état de nature du Béninois, convergent sur l’image dont parle Stendhal qui inspire tant d’auteurs sur le Béninois. C’est l’heure de s’auto examiner, d’évaluer le chemin parcouru depuis les indépendances, d’élaguer les tares qui façonnent la pensée négative et d’amorcer le développement du pays. Mgr Isidore de Souza disait à la Conférence nationale, il ne faut retenir dans l’intervention des uns et des autres que ce qui est utile et constructif. Les dirigeants, d’hier à aujourd’hui, ont toujours eu de bonnes intentions de progrès du pays. Les méthodes pour y parvenir peuvent être fâcheuses. Mais, il faut veiller à ne pas jeter l’enfant avec l’eau de bain.

 Jean-Claude Kouagou