Spread the love
Houdou
Houdou Ali diagnostique le mal dont souffre le Bénin

Plus la fin du dernier mandat de Yayi Boni approche, plus ceux qui le connaissent le mieux sortent du silence. Au micro d’océan Fm le dimanche 29 mars 2015, l’ancien ministre Houdou Ali, n’a pas du tout été tendre avec Yayi Boni. Candidat sur la liste de l’Alliance Caméléon aux législatives du 26 avril 2015, Houdou Ali met en garde Yayi Boni et sa clique contre les velléités révisionniste de la Constitution du 11 décembre 1990. Lire l’entretien.

Océan Fm : Vous êtes le président du Parti socialiste du Bénin (Psd Banitè), candidat et titulaire en 3ème position sur la liste de l’Alliance Caméléon dans la 3ème circonscription électorale pour les législatives du 26 avril prochain. Vous avez servi sous le président Kérékou. Pourquoi vous restez attachée à la même idéologie ?

 Houdou Ali : Quelqu’un qui agit sans conviction est en train de pécher. Notre pays souffre de ce manque d’idéologie. Raison pour laquelle la gouvernance actuelle est « ventilateur ». Nous nous réclamons les héritiers du général Kérékou en ce qui concerne la sauvegarde et la préservation de l’unité nationale et de la paix sociale. C’est une tradition et un héritage. Dans un système de pluralisme politique. Il faut éviter le pluralisme du ventre. IL faut un gouvernement du peuple par le peuple. Or, nous sommes en face d’une mascarade, et une supercherie. Le renouveau démocratique a galvaudé la démocratie, avec la distribution des 500 f, et les sacs de riz. A notre époque, l’époque révolutionnaire, le pouvoir démocratique du peuple venait du comité révolution local du village, avec 13 jeunes, 5 femmes et 5 anciens. Aujourd’hui, où se trouve le peuple ? Au sommet, c’est la catastrophe. Tout le monde était représenté, même la bourgeoisie nationale. Dans les 83 députés que nous avons, où sont les paysans ? Où sont les ouvriers ? Le choix se fait comment aujourd’hui ? Avant pour être conseiller, il faut monter sur la table, si tu es voleur de poulet, on te le dit. Si tu n’as pas l’argent aujourd’hui tu ne peux pas être député, malgré tes qualités.

 On peut reprocher à l’Assemblée de l’époque d’être une caisse de résonance.

 Ce n’est pas vrai. Le 4 décembre 1982, je disais que la Révolution a échoué. J’ai fait une déclaration publique pour dénoncer le fait. J’ai été interpellé par le Bureau politique. Marcel Dégbé a été accusé, d’être en trai de préparer un coup de d’Etat. Malgré le fait que je suis le président de la jeunesse du parti.

 Selon vous, comment le président Kérékou ressent-il tout ce qui se passe aujourd’hui ?

 IL a écrit et signé au point 9 du plan d’actions de la Fondation Kérékou, il propose la tenue d’un séminaire national pour un quinquennat de transition qui va nous amener la paix sociale, et une gouvernance apaisée, parce que depuis 2006, on fait du tort à beaucoup de personnes. C’est écrit et signé. IL faut que d’autres prennent leurs responsabilités. C’est ce que nous essayons de faire à travers la « Coalition Camélon ». Les jeunes et les femmes doivent prendre la relève. Notre pays est malade du messianisme de son chef . Il est malade de l’ingratitude de son chef, et de l’opportunisme et de l’infantilisme de sa classe politique. Le pays est malade de l’ignorance et de la misère de son peuple. Il est également malade de ma complicité, puisque, moi-même, j’ai participé à tout. Depuis, j’ai participé à l’avènement du Changement. J’ai été voir à l’époque le ministre Bio Tchané dans son bureau, en compagnie de Issa Salifou. Ensuite, j’ai été voir Yayi Boni dans son bureau. Nous leur avions dit que nous devrions préparer le changement. Le peuple doit savoir tout cela, pour assumer ses responsabilités. Jefferson disait que s’il avait à choisir entre le peuple, le gouvernement et la presse, il choisirait la presse. Parce que mieux le peuple est informé, mieux il est gouvernable. Il faut donc que le peuple connaisse la vérité. Celui qui à l’époque a montré son engagement et sa détermination, c’est Abdoulaye Tchané. J’ai eu du mal à convaincre Yayi Boni, puisqu’il me répétait tout le temps qu’il voulait être « pasteur ». J’ai cru tellement en lui, que j’ai été le premier à réagir, quand on voulait empêcher Yayi Boni en agitant le critère de résidence. Le ministre Houdé était Mcri en ce moment-là. Il nous a rassuré que notre action a porté. Malgré les doutes qui persistaient, j’ai foncé. Croyant tellement en la mission de celui qui devenu un messie maintenant, je me suis dit qu’un bon stratège doit toujours prévoir un plan B. Moi je ne suis pas un courtisan. J’ai exigé qu’on nomme à Yayi un directeur de campagne du Sud. Le Général Kérékou ne nous a pas appris le régionalisme. J’ai pris beaucoup de risques. Et je pense qu’on doit aussi rendre un hommage au général.

 Dans votre projet de société, vous dites qu’il faut en finir avec l’administration budgétivore et stérile. Vous proposez également un nouveau redécoupage. Pourquoi ?

 IL s’agit de faire un aménagement territorial sur une base sociologique, géographique et économique. C’est la condition d’un développement durable. Nous proposons 22 entités territoriales. L’étude a montré qu’il y a non seulement des affinités linguistiques et sociologiques, mais également des atouts économiques. Dès que ceux qui nous dirigent ont vu çà, ils ont parlé de 22 préfectures. Cela veut dire pour eux, 22 nouvelles voitures, salons de commandements, et 22 frigidaires. C’est tout. Or, nous basant sur la proposition de la coopération suisse, nous, nous voulons un développement autocentré, avec 6 régions économiques. IL faut mettre les paysans et l’agriculture au centre du développement économique. C’est une honte pour nous de rester dans le sous-développement, avec tout ce que le Bénin a dans son sous-sol. Il faut oser le développement autocentré. Rien qu’avec notre proposition, on aura 25 000 emplois fixes. C’est de cela qu’il s’agit, en lieu et place du débat honteux sur la révision de la Constitution. Une Constitution que les gens ne connaissent même pas. L’article 40 recommande de traduire la Constitution dans les langues nationales. Quel gouvernement a fait cela ? C’est une honte. C’est une supercherie. Quand Yayi dit qu’il va réviser, je l’ai interpelé. Je lui ai dit qu’il doit traduire la Constitution dans les langues nationales, avant de tenter de réviser. Sinon, 20 % seulement de la population seront intéressé par le débat. Quand le peuple n’est pas informé de ses droits, le président devient un « messie ». Nous rentrons alors dans le mensonge. Voilà quelqu’un qui a été élu avec plus de 70%, mais qui gouverne avec moins de 30 %. C’est déjà une ingratitude par rapport à ceux qui l’ont élu. Tous ceux qui l’ont élu se sont retrouvés, avec le président Soglo à son siège de campagne pour lui rédiger le projet du quinquennat.

 Vous êtes candidat sur la liste de l’Alliance Caméléon. Pourquoi avoir choisi la 3ème position ?

 Je participe d’abord pour faire valoir un idéal. J’ai été préfet adjoint très tôt. Et vous connaissez la suite de mon parcours politique. La jeunesse peut aussi beaucoup, c’est pourquoi en tête de liste il y a l’Imam de Cadjèhoun. Comme suppléant , il y a Franck Tonoukouin. Ils ont la bénédiction du Clergé. De nous jours, ils jurent devant Dieu pour faire après des œuvres sataniques. Quand tu signes des contrats avec des gens que tu n’honores pas, c’est satanique. Ensuite, il faut dire que le sectarisme, et le régionalisme, c’est l’idéologie des incapables. Quand quelqu’un ne peut rien, il se réfugie dans les « siens », et les autres. C’est quoi, les siens et les autres. C’est une ignorance sociologique de parler comme cela.

 La réaction du Général en face de tout cela, c’est quoi ?

 Il m’a appelé le 28 décembre 2012, et m’a fait part de son analyse. Le président Kérékou ne peut pas supporter cela. En même temps je félicite Yayi Boni, pour avoir honoré la mémoire de Abdoulaye Issa et Ignace Adjo Boco, je n’accepte pas, que 8 ans après il n’ait rien fait pour honorer Kérékou et Mgr de Souza. Il n’est pas encore tard. Le peuple béninois doit à ces deux. Dieu aime le Bénin, mais c’est à travers des hommes. C’est un devoir spirituel et moral de leur rendre cet hommage. J’ai écrit 3 articles dans le journal Ehuzu : Plus rien ne sera comme avant, la mort du singe féodal et, Peut-on dire que le marxisme a échoué ? Le président Kérékou était encore au pouvoir. Un ministre doit avoir le courage à son chef. Le peuple n’est pas bête, il a de la mémoire. Si tu changes et danses à sa gloire, alors qu’il se trompe, tu répondras demain. Je me rappelle avoir écrit les documents fondamentaux de la Majorité présidentielle plurielle.

 Il y a quand même de grosses cylindrées dans la 16ème circonscription électorale. Comment vont réagir vos jeunes en face de tout cela ?

 Je suis là pour pousser ces jeunes. Il faut organiser un débat contradictoire entre eux et nous pour animer la campagne. Il n’y a pas que l’argent dans la politique. Il faut les idées et l’expérience. J’en profite pour souhaiter du courage au fils du Chef de l’Etat. Je lui demande seulement de demander à son père qui est Houdou Ali. Nous              avons une classe politique inoffensive. Il y un gâchis de 12 milliards dans le dossier de construction du siège de l’Assemblée nationale. Avec 12 milliards, les Ivoiriens ont construit un joyau. Nos compatriotes qui ne sont pas des imbéciles, ont fait circuler les photos des deux parlements sur les réseaux sociaux. C’est une honte absolue. Il faut faire ces débats-là, plutôt que de parler de révision de la Constitution. Attention ! Il faut que les gens sachent que, ce n’est pas parce que vous avez nommez plein de généraux, qu’ils sont avec vous. D’ailleurs, le Colonel Tawès m’a appelé hier, pour me dire qu’il rentre dans la coalition. Lorsque le Colonel Tawès et son groupe ont décidé d’attaquer Cotonou, c’est moi qui les avais arrêtés. Nazaire Dossa est là pour témoigner. Je savais que s’il attaquait, Soglo va prendre son avion et partir. C’est de la même façon que j’ai réglé le problème des émeutes de Parakou.

 Vous mettez donc en garde le président Yayi Boni ?

 C’est clair ! J’ai dit cela à l’Alliance Soleil. Combien de personnes ont mis en fuite l’Armée nigériane ? Sékou Touré a dit que 10 personnes politiquement convaincues et bien organisées, sont supérieures à 100 personnes en divagation. C’est ce qui s’est passé au Nigeria. Ils ne vont intimider personne avec la nomination intempestive des généraux.

 D’aucuns estiment que Yayi Boni est déjà en campagne. Qu’en pensez-vous ?

 Effectivement ! C’est un programme qui est en train d’être défendu. Ils ont promis partager 2000 motopompes. Un peuple a les dirigeants qu’il mérite. Si malgré toutes ses souffrances, notre peuple va encore dans ce sens. Ce serait à ses dépends. Yayi Boni est mon frère. Je lui ai laissé ma craie, le tableau et les élèves à Kandi. C’est pourquoi on croyait si tant en lui, pour l’accompagner. Il a voulu être un messie, mais voilà les conséquences. Si éventuellement, le camp Yayi remporte les législatives nous serions là pour les combattre. Moi, je suis un guerrier, et le général Kérékou en sait quelque chose. Surtout si le thème de la révision réapparaît, ils nous trouverons sur leur chemin.

 Codjo Alofa, le présumé assassin de Dangnivo serait ramené de Lomé. Votre réaction

 Je suis heureux, parce qu’enfin on peut s’attendre à la vérité. Mais les journalistes ont fait un travail remarquable. L’ancien COdjo Alofa et le nouveau, ne se ressemblent pas. Cela veut dire ce que cela veut dire. Pourvu que la vérité éclate. Tout ce qui se passe aujourd’hui, c’est à image de ce que notre classe politique renvoie aux populations. Les jeunes retrouvés avec les munitions, c’est un exemple. Il a aussi des fous du roi, qu’on appelle exaltés. On apprend que les gens vont émarger 5000 f Cfa au Port par véhicule. Ce sont les fous du roi. Moi, je suis fou de Dieu pour faire triompher Dieu, ou quoi qu’en soit les conséquences. Le gouvernement ne dit rien. Cela veut que ces fous ne sont pas fous, ce sont de vrais calculateurs. S’il y avait lutte contre corruption, on devrait mettre fin à cela depuis. C’est une menace. Moi-même, j’étais agressé.

 Votre comparaison des 10 ans de Kérékou 2, et des 9 ans de Yayi Boni

 On aura l’occasion de faire le point des réalisations. Les chefs d’Etat doivent savoir que, tant qu’on est au pouvoir, on est acclamé. Mais, la vraie popularité se mesure après le pouvoir, quand il n’y aura pas les sirènes. Il serait sot de dire que Yayi Boni n’a pas montré de volontarisme de travailler. Mais, il a écarté toutes les intelligences qui devraient travailler avec lui. Regardez ce qu’il a fait de Talon, da Silva. Or, ce sont ces gens qui l’ont porté au pouvoir. Mais, il y a une manière de les traiter. Ne serait-ce par respect pour Dieu, c’est de l’ingratitude. il y a une limite à ne pas dépasser.

 Transcription :Wilfrid Noubadan