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iciC’est au cours du troisième trimestre de l’année 2015 qu’il s’est révélé à ses compatriotes. C’est au travers d’une mémorable interview que M. Patrice Talon a fait connaître ses ambitions politiques. Celles d’être candidat aux élections présidentielles de mars 2016. Dans cette interview, ce fils de Cheminot a fait savoir qu’il a bien l’intention, une fois élu, de faire un seul mandat à la tête de son pays. Pour ce faire, il a prôné l’instauration d’un mandat présidentiel unique à la tête de la République du Bénin. Mais, pour y parvenir, il faudra forcément toucher à la Loi fondamentale. C’est-à-dire qu’il faudra faire réviser la Constitution du Bénin. C’est dans cette logique que son projet de société dénommé « Le Nouveau départ » a pris en compte des réformes institutionnelles dont la plus phare est la révision constitutionnelle.
Au terme de la compétition électorale, M. Patrice Talon est sorti victorieux et a prêté serment, le 06 avril 2016 au Stade Charles de Gaulle de Porto-Novo. C’était l’apothéose !  Le pari est fait et sera tenu lors de son mandat. Douze mois après sa prestation de serment, le nouveau Chef de l’Etat béninois, M. Patrice Talon a tenu à honorer sa promesse de révision constitutionnelle. Après avoir fait installer une Commission technique chargée de proposition de réformes, le Président Talon a introduit à l’Assemblée nationale, conformément à l’article 154 de l’actuelle Constitution, un projet de révision constitutionnelle. Dans ce cadre, et conformément aux dispositions constitutionnelles, il lui faudrait d’abord avoir le vote des ¾ des membres de l’Assemblée nationale pour que le projet de texte soit recevable par les parlementaires. Mais au terme de débats houleux animés par des constitutionnalistes, des politologues, des politiciens, des animateurs de la Société Civile, de bonne ou de mauvaise foi, le Parlement béninois a rejeté la prise en compte du projet de révision du chef de l’Etat, M. Patrice Talon par 60 voix pour, 22 voix contre et 1 abstention. Désormais, le vain est tiré. Il ne reste qu’à le boire. C’est ce que le Chef de l’Etat a compris et l’a affirmé à l’occasion de l’émission télévisuelle : « A bâtons rompus » du samedi dernier en synchronisation sur trois chaînes de télévision.
Si le projet de révision constitutionnelle du Pdt Patrice Talon est rejeté par les députés et donc, les représentants de la nation béninoise, ceci ne signifie-t-il pas que les populations du Bénin qui l’ont élu à plus de 60% le 20 mars 2016, ont renoncé à l’idée du mandat unique que prône leur actuel Président de la République ? Le peuple béninois, à travers ses représentants à l’Assemblée nationale, ne veut-t-il que le président Talon révise sa Constitution aux fins d’y introduire le mandat présidentiel unique de 6 ans tel que proposé par le Chef de l’Etat ? Patrice Talon n’est-il pas désormais libéré de cet engagement vis-à-vis de son peuple ? Le Président Talon ne doit-il pas, lui-même, commencer par jeter aux oubliettes cette promesse faite à ses mandants ?
Par ce projet de révision constitutionnelle, le Président Patrice Talon a voulu se lier la main par le respect de cet engagement à introduire dès maintenant dans la Constitution afin que cela s’impose à lui et surtout à ses successeurs. Mais voilà que les députés, représentants des populations béninoises, le lui ont refusé en rejetant la prise en compte de son texte de révision. C’est-à-dire, le peuple pour lequel le président Talon travaille a refusé que quiconque touche à une virgule de sa Constitution actuelle. Dès lors, ce qui reste immuable,  ce sont les dispositions de l’actuelle Constitution qui seront en vigueur et applicables en l’état à tous. En d’autres termes, si l’actuelle Constitution a prévu un mandat présidentiel de 5 ans renouvelable une fois, cette disposition sera applicable à tout Béninois qui n’est pas déchu de ses droits politiques. Patrice Talon ne peut donc plus se voir opposer sa parole de vouloir faire un seul mandat présidentiel. Il est désormais loisible de se faire renouveler son mandat présidentiel aux échéances de mars 2021. C’est le libre arbitre. C’est à lui qu’il revient de choisir ou non de se faire présenter à nouveau devant ses compatriotes pour quêter leurs suffrages pour un second et dernier mandat tel que prévu par l’actuelle Constitution. Car, il est une lapalissade que dès lors que l’on pose un acte de haute portée, on accepte d’en subir les conséquences ou d’en tirer les leçons.
Patrice Talon vient de tirer leçon du rejet de projet de révision constitutionnelle lorsqu’en répondant à la question des journalistes sur l’émission télévisuelle : « A bâtons rompus » qui lui demandaient s’il sera encore candidat à la présidentielle de mars 2021, il répondit : « …en 2021, j’aviserai ». C’est une réponse qui a son essence du rejet de son projet de révision constitutionnelle. Si le peuple veut que les dispositions constitutionnelles soient appliquées dans leur entièreté, ce n’est pas à Patrice Talon, fut-il Président de la République, de faire le contraire. Il l’a bien compris au point que lui-même reconnait que le Bénin ne lui appartient pas et que c’est plutôt lui qui appartient au Bénin qu’il sert loyalement. Il est une vérité qu’on ne peut pas vouloir une chose et son contraire à la fois. On ne peut pas être à la fenêtre et se voit en même temps passer dans la rue. De deux choses, l’une. Si le mandat présidentiel de 5 ans renouvelable une fois est applicable à de potentiels successeurs de Patrice Talon, cette disposition contenue dans notre Constitution du 11 décembre 1990 devenue notre fétiche, cette même règle devra être applicable à l’actuel Chef de l’Etat si tant est que nous sommes dans un Etat de droit depuis, le 28 février 1990. Patrice Talon est donc désormais libre de tout engagement ou de toute promesse vis-à-vis de son peuple qui, le mardi 4 avril dernier, à travers leurs représentants au Parlement, lui a dit à peu près ceci : « …Président Patrice Talon, nous peuple Béninois, nous voulons d’un mandat présidentiel de 5 ans renouvelable une fois à notre Chef de l’Etat ». Et à moi de demander au Chef de l’Etat : « … Président Patrice Talon, vous êtes qui pour vous opposer à la volonté de votre peuple ? ». Au travail pour le bilan en mars 2021.
Je reste Apol.