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albertL’ancien médiateur de la République n’approuve pas le processus de désignation de Lionel Zinsou comme candidat des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) pour succéder à Yayi Boni. Au cours de la concertation des forces politiques initiée par le président Nicéphore Soglo le 5 janvier 2016 au Chant d’oiseau à Cotonou,  Albert Tévoédjrè a partagé ses récriminations. Lire sa déclaration ci-dessous publiée.   
Déclaration de Albert Tévoèdjrè
 
Je voudrais remercier très sincèrement le président Nicéphore Soglo de son souci permanent pour le devenir de ce pays. Pour avoir été le président élu de la première République issue de ce temps privilégié, son nom est à jamais lié au Renouveau démocratique. L’homme du consensus issu de la Conférence nationale a raison de s’indigner et d’élever la voix pour se faire entendre dans ce tourbillon où l’argent et les intérêts personnels semblent tout emporter dans leurs flots y compris les fondements éthiques de notre société.
La vie politique n’est pas figée. Elle est dynamique, faite de détours, de voltes faces soudaines, de convergences et de recoupements avec des intersections où les destins se croisent. Aujourd’hui, le président Nicéphore Dieudonné Soglo me fait l’honneur de m’associer, en tant qu’ancien, à la concertation qu’il a décidé de susciter parce qu’il a estimé que les circonstances nous obligent à parler d’une même voix pour crier notre indignation face aux dérives constatées. Je lui en suis infiniment reconnaissant. C’est en cela qu’il est heureux que, sortant du climat de la rancœur permanente dans lequel certains aveuglément s’enferment, des hommes de différentes obédiences, malgré le poids de l’âge, mais mus exclusivement par leur fibre patriotique crient ensemble leur indignation face à un pays devenu soudain sans boussole et qui, comme une machine rétive, semble avoir pris le parti de l’abîme. Je voudrais saluer au passage, cher président Nicéphore Soglo un artisan discret et efficace de la jonction qui a permis l’événement de ce jour, le regretté Marius Francisco, qui a œuvré pour que nous fédérions nos forces, face au péril collectif.
 
Une forme de dévolution du pouvoir
 
Il y a quelques années et plus précisément en novembre 2010, le Bénin, à l’instar de tous les pays africains issus du système colonial français, a célébré le cinquantenaire des indépendances africaines en organisant un symposium international sanctionné par un Manifeste qui affirme que «L’audace unique défi pour une Afrique nouvelle». En d’autres termes, ce Manifeste invite, à une rupture avec le pacte colonial et à un renforcement de notre culture qui est agriculture.
Les élections prochaines, de ce point de vue, sont une période de tous les dangers pour notre jeune démocratie qui continue de chercher ses marques. Elles doivent être l’occasion de nous affirmer et de conforter cette position, au risque d’opérer un recul qui serait synonyme de reniement de soi-même.
Tout se passe comme si on invente pour nous une forme de dévolution du pouvoir en imposant un candidat officiel. C’est le Vice-premier ministre, François Abiola, qui nous apprend dans une déclaration publique : « Le Premier ministre n’est pas le candidat que nous avons choisi. C’est le candidat désigné par le chef de l’Etat »   Ceci nous renvoie aux simulacres des élections coloniales gérées par les gouverneurs corses ! – les Colombani et autres Biasini que nous avons bien connus-!
Cher président Soglo, je suis à votre disposition pour que nous écrivions officiellement à Ban Ki Moon, et à toutes institutions compétentes en Afrique et sur le plan mondial pour que l’usage illégal des institutions, du personnel, des moyens de transport et des biens de l’Etat au bénéfice d’un pseudo candidat officiel soit proscrit et les voix portées sur lui dans ces conditions soient purement et simplement annulées !
 
Un pays qui n’est pas gouverné par ses fils est informe et absurde
 
Par rapport à notre situation géographique en Afrique de l’Ouest, c’est l’occasion plus que jamais de consolider notre rôle de tête de pont de l’intégration régionale, au sein de la Cedeao, notre seule planche de salut, dans une mondialisation où le salut n’est plus individuel mais collectif. Elles doivent nous permettre de conforter également les constats faits par Kwame N’Krumah et qui continuent d’être d’actualité : « un pays qui n’est pas gouverné par ses fils est informe et absurde » Un pays qui n’affirme pas sa souveraineté dans une monnaie propre qui valorise sa productivité à travers des échanges dynamiques, dans un environnement qui est son espace de vie est condamné au suicide. De ce point de vue, il y a risque à faire prendre en charge, en l’état, ce pays par un candidat sans doute de bonne foi, mais qui doit réaliser que ne parlant aucune langue du terroir, il est déconnecté du vécu social, exposé en permanence aux manipulations et au ridicule. Cette machination, dernière trouvaille d’aventuriers en perte de vitesse et caractéristique d’une irresponsabilité majeure, ne saurait prospérer face au front du refus massif qui se dresse sur son chemin. Une manœuvre consistant à faire débarquer un marsien sur la terre pour la régenter ne saurait prospérer.
Une seule illustration : l’accident ou l’incident du crash d’hélicoptère du 26 décembre dernier à Djougou est un signe prémonitoire dont le Bénin devrait apprendre à tirer toutes les leçons qui s’imposent et ouvrir les yeux sur ce que nous sommes en vue d’un examen de conscience conduisant à une renaissance de tous.  Le ministre des Transports dans son point de presse a imputé ce crash à une erreur humaine ; ce qui est très grave et symptomatique du mal dont souffre la gouvernance actuelle. Depuis 12 jours c’est l’une des nouvelles en première page de l’Agence Africatime sur le Bénin ! Ceci doit nous alerter.
 
Un engrenage pernicieux
 
Dans l’erreur humaine, il y a manque de concentration, la précipitation, l’improvisation, l’erreur d’appréciation ; dans l’erreur humaine, il y a confusion des intérêts personnels avec les intérêts de la Nation. L’erreur humaine, c’est l’incompétence, c’est la promotion de la médiocrité. C’est aussi la puanteur suffocante des concours frauduleux qui n’augurent rien de bon pour le devenir de ce pays. Voilà ce qui aurait pu nous conduire malheureusement à deux obsèques nationales en un mois !-aux obsèques du Premier ministre, un homme probablement de bonne foi mais pris dans un engrenage pernicieux à même de le broyer tôt ou tard et dont il ne s’aperçoit peut-être pas pour le moment ! Mon souhait le plus ardent en ce début d’année est que notre cher Premier ministre soit rapidement exfiltré du guêpier de l’irresponsabilité ignorante, arrogante et prétentieuse où il s’est malencontreusement fourvoyé.
Cela dit, je voudrais ajouter un mot avant de conclure. Je l’emprunte à Aimé Césaire que vous avez rappelé en nous adressant votre carte d’invitation «  L’heure de nous mêmes a sonné ». Je voudrais relancer cet avertissement du même Césaire : « « Haiti a moins à craindre des français que d’elle-même. L’ennemi de ce peuple est son indolence, son effronterie, sa haine de la discipline, l’esprit de jouissance et de torpeur » (La Tragédie du Roi Christophe)
….. C’est pour dire que si nous rejetons le pacte colonial,  nous sommes partisans et amis de la France des valeurs universelles, celle de Stéphane Hessel qui nous invite à nous indigner. Nous voulons à la suite d’un général de Gaulle « Résister » et comme lui avoir pour boussole, « l’honneur, le bon sens et l’intérêt supérieur de la patrie »
Ressaisissons-nous donc en un sursaut patriotique exprimé en temps opportun dans un « forum de vérité » autour d’un Projet de société crédible -base de discussion et de convergence. Celui de la « Nouvelle conscience «  que nous venons de recevoir, ce jour même, nous en donne la chance
Merci vraiment, cher président Soglo ! Ce jour est un jour béni !
 
Alléluia pour le Bénin !
 
Albert Tevoédjrè