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Yayi-BoniA l’occasion de son dernier discours du 1er août, le président Yayi Boni a abordé la question cruciale de la corruption. L’impunité reste et demeure une réalité sous son régime. Et pourtant, il avait promis d’en découdre avec ce fléau.

« Le phénomène de la corruption s’est généralisé à cause de l’impunité. Nous devons renforcer les capacités et l’indépendance de notre appareil judiciaire qui participe pour une large part de la lutte contre la corruption.», déclare impuissant le président de la République, Yayi Boni. C’est en homme averti, qu’en voulant solliciter les suffrages du peuple béninois, Yayi Boni avait articulé son thème de campagne autour de « ça peut changer ; ça va changer ; ça doit changer ». Dix ans après, à l’occasion de la fête de l’indépendance, il fait l’aveu d’échec. C’est seulement à 8 mois de la fin de son mandat, qu’il réalise qu’il faut « une union sacrée contre l’impunité ».Le président de la République ajoute qu’il envisage « organiser une journée de réflexion pour remédier à ce fléau et mettre en place les réformes structurelles, institutionnelles de la maison Justice ». Or à maintes occasions, il a tenté d’instrumentaliser la justice, à travers des nominations fantaisistes des magistrats et à travers des interférences en violation des principes cardinaux qui régissent cecorps de métier. C’est cette volonté du président Yayi Boni, de vouloir caporaliser toutes les institutions républicaines, au mépris des règles de séparation de pouvoir, indispensables au bon fonctionnement d’un régime démocratique, qui a constitué le terreau ayant facilité la grande corruption à partir de 2006.

 Kassa et Elègbè avaient raison

 Le président Bruno Amoussou, dans les métaphores humoristiques qu’on lui connaît, avait stigmatisé le fait que sous le président Yayi Boni, « les gens mangent avec la louche », alors que sous le régime de Mathieu Kérékou, « ils mangeaient avec la cuillère ». Dans un tel environnement propice à toutes sortes de déviances, il n’est pas étonnant que les scandales se soient multipliés de façon exponentielle. C’est le régime de Yayi Boni qui a battu le record de tous les scandales financiers. C’est sous ce régime que les personnalités politiques, les administratifs, les hommes en uniformes sont tenus au lendemain de leur nomination, d’organiser des marches de soutien, des prières à coups de billets de banque. Une telle déviance érigée en pratique coutumière sous le régime du Changement, est caractéristique de perte de valeurs morale et de respect du bien public. En définitive, ces scandales sont le témoignage de l’écroulement d’un système. Et Barthélémy Kassa et Amos Elègbè avaient certainement raison de douter de la capacité de Yayi Boni à conduire les destinés du Bénin.

 Et pourtant !

 En juillet 2006, le ministre Collette Houéto, en charge des Enseignements maternel et primaire est éjecté de son premier gouvernement. Yayi Boni annonce le retour au respect des bonnes pratiques citoyennes et républicaines. Le salut des couleurs nationales est une obligation. Dans l’opinion publique, le président Yayi Boni gagne en popularité. Mais, ces actions, n’ont eu qu’une vie d’un feu de paille. L’obsession pour le pouvoir s’empare du nouveau président qui ravise très vite sa position. Le président, au lieu de se concentrer sur les dossiers au bureau, se balade dans les communes et ignore tout de ce qui allait devenir des scandales. Il s’engage personnellement dans les élections pour disposer de majorité dans toutes les assemblées aussi bien au Parlement qu’au niveau des collectivités territoriales. A partir des législatives de mars 2007, le président se substitue aux candidats à la députation des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) et bat campagne à leur place. En 2008, il fait de même pour les communales et municipales. Il distribue de l’argent partout où il passe. Beaucoup se posent la question de savoir, où le chef de l’Etat trouve l’argent qu’il distribue dans les communes. Par ces actes, Yayi Boni avait fini avec « ça va changer, ça peut changer, ça doit changer ». La leçon est bien sue par son entourage. Le vol et le pillage systématique sont permis par la Haute autorité. Le lit est ainsi dressé à la corruption à haute échelle. En dépit des luttes syndicales de l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab), c’est seulement maintenant que le président « félicite les magistrats qui se battent pour que la noblesse de leur métier soit de mise et qui souffrent de l’image ternie à cause de ces pratiques peu recommandables … »Au lendemain du 06 avril 2016, le président Yayi peut déjà faire son propre bilan pour en dégager s’il a comblé les attentes ou non. En cas de parjure, et pour donner le bon exemple à Barthélémy Kassa, il peut se rendre à la Haute cour de justice, conformément aux termes de son serment.

 Jean-Claude Kouagou