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Le gouvernement Buhari a pris une décision, aux conséquences douloureuses pour le Bénin

Les Béninois ont appris, via les réseaux sociaux, hier mardi 06 décembre 2016, la prise d’une décision du Nigeria qui interdit l’importation des véhicules (neufs ou d’occasion) dans son pays par voie terrestre. A première vue, c’est une décision qui va davantage secouer l’économie béninoise, mais en réalité, elle a des fondements qu’il importe d’apprécier.     

La compréhension de la décision est simple. Aucun véhicule (à vendre), quelque soit son état, ne doit plus entrer au Nigeria par voie terrestre. Par les ports, oui. Cette décision concerne tous les pays qui entourent le Nigeria ; mais met en difficulté essentiellement deux pays à savoir le Cameroun et le Bénin. Ces derniers partagent des frontières maritimes avec lui. Parlant du cas du Bénin, il faut surtout comprendre de cette décision que dès le 1er janvier 2017, les promoteurs de parcs de regroupements et vendeurs véhicules d’occasion devront fermer ; car, la consommation par le voisin de l’Est en véhicules venus de France n’a rien de comparable à ce qui reste dans le pays. Certains transitaires intervenant dans le domaine n’ont pas hésité à nous confier, hier, que c’est à cause du Nigeria que la filière « véhicules d’occasion » marche au Bénin. Cette décision est comme un coup de massue reçu par les acteurs de la filière véhicule d’occasion. Tous ceux qui interviennent dans ce secteur devront s’apprêter pour une reconversion dès janvier 2017.
Les conséquences ne sont pas que celles évoquées plus haut. La douane béninoise va chômer davantage et verra ses recettes baissées. Il en sera de même pour la chaîne de structures qui interviennent au port de Cotonou. La décision va influencer négativement le trafic au niveau du port de Cotonou. Les sociétés intervenant sur la plate-forme portuaire recevront aussi le coup. Que ce soit le Conseil national des chargeurs du Bénin (déjà mourant à cause du retrait de la gestion du Besc) ; la Société béninoise des manutentions portuaires (en sérieuse difficulté à cause de la baisse considérable du trafic) ou même le port autonome de Cotonou, chacun en aura pour son compte. Les frais perçus sur chaque véhicule d’occasion pour le compte de ces sociétés vont considérablement chuter. En définitive, c’est l’Etat béninois qui va subir les conséquences car les différentes sociétés contribuent au budget national. Et à côté, ce sont des emplois qui s’en vont.
Cette décision vient s’ajouter aux difficultés nées dans ce secteur depuis la chute du Naira au Nigeria. Il y avait déjà une menace sur cette filière qui profitait à des milliers de Béninois.
Frontières fermées indirectement    
La méthode Buhari est peut-être douce. Mais elle parait plus dure pour le Bénin et ses opérateurs économiques. Le Président de la République fédérale du Nigeria semble infliger au Bénin, une sanction qui ne dit pas son nom. Il ne veut pas fermer les frontières au Bénin. Mais en réalité, les frontières sont plus que fermées. Avec cette décision, les échanges commerciaux entre le Bénin et son voisin de l’Est ont reçu un coup. Déjà en avril 2016, le Nigeria a interdit l’entrée sur son territoire, du riz importé en provenance du Bénin. Tous les opérateurs qui interviennent dans ce secteur sont en difficulté depuis plusieurs mois. Ceux qui sont dans les produits congelés savent par quels moyens ils opèrent, car dans le système douanier, il n’existe aucun code qui permet de dédouaner des produits congelés. Il en est de même pour les œufs. Et donc, cette décision du 5 décembre 2016 vient compliquer tout. Le sens du mouvement des échanges commerciaux a changé. Plus pratiquement rien ne quitte le Bénin pour le Nigeria. C’est plutôt le contraire, car aucune décision n’interdit l’entrée sur le territoire béninois, d’un produit nigérian ayant subi les formalités nécessaires. Au lieu que ce soit le Bénin qui vende au Nigeria, c’est maintenant le contraire.
Le Président Buhari avait prévenu
En début du mois d’Août dernier, lors d’une visite officielle du président Patrice Talon au Nigeria, son homologue ne lui avait pas caché ses intentions. Quand Patrice Talon annonçait un renforcement de la coopération énergétique entre les deux pays, Muhammadu Buhari insistait plutôt sur la coopération économique et annonçait des mesures pour lutter contre le trafic de marchandises venant du Bénin. Mesures qui devraient permettre, selon lui, de favoriser l’émergence d’une industrie locale. Deux jours après cette visite, c’est le Directeur général des douanes nigérianes qui est venu au Bénin. Le colonel Hameed Ibrahim Ali était venu échanger avec son homologue béninois sur les accords de coopération qui existent entre les deux institutions. « C’est un moment fort pour faire asseoir notre coopération sur une base solide et résoudre les problèmes qui entravent l’avancée des liens de coopération… », avait-il déclaré, à son arrivée.  Le colonel Tossou, patron des douanes béninoises l’avait rassuré et avait profité de l’occasion pour inviter les douaniers à changer de comportements.
En réalité, cette revue des accords est intervenue suite à des dysfonctionnements remarqués dans leur application par la partie béninoise. Un an plus tôt, ce même Nigeria a offert cinq véhicules aux douanes béninoises afin de lui permettre de faire normalement l’escorte de tout ce qui quitte le Bénin vers son voisin de l’Est. Le président Buhari, suite à la chute du Naira et surtout étant conscient de ce que le pétrole s’en va finir, veut miser sur la fiscalité à travers la sécurisation des frontières et des recettes douanières et aussi en encourageant le développement de l’industrie locale. Il veut finir avec l’importation pour permettre aux locaux d’écouler leurs productions. C’est-à-dire que même s’il devait revenir sur sa décision plus tard en autorisant à nouveau l’importation du riz ou l’entrée des véhicules d’occasion, ce serait par pitié pour le Bénin.
Félicien Fangnon