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kabibouUne femme sur deux se plaint de douleurs dans le bas ventre ou dans les reins au moment des règles: on parle de dysménorrhée ou de règles douloureuses. Souvent sans conséquences majeures sur la santé de la femme, ces atroces douleurs lors de la menstruation peuvent être le signe d’une maladie des organes génitaux qui peuvent entraîner des problèmes de stérilité. Une descente dans le bureau du gynécologue obstétricien SALIFOU Kabibou au Centre Hospitalier Départemental du Borgou (CHD/Borgou), nous a permis de déchirer le voile. Lisez plutôt.

Rédaction Web Matinal : Bonjour M. le Docteur, présentez vous à  nos lecteurs.

Dr SALIFOU: Je suis le Docteur SALIFOU Kabibou. Je suis gynécologue obstétricien à la maternité du Centre Hospitalier Départemental du Borgou (CHD\Borgou).

 Les règles chez les femmes, qu’est ce c’est?

Les règles sont les écoulements sanglants, cycliques qui interviennent tous les mois chez les femmes au cours de leur vie génitale c’est à dire après la puberté et avant la ménopause.

 Pourquoi y-a-t-il des douleurs lors des règles chez la femme?

 Les douleurs au cours des règles chez les femmes peuvent s’expliquer par les contractions utérines qui interviennent pour aider à expulser le sang contenu dans l’utérus de la femme.

 Certaines femmes se plaignent de ce qu’elles ont des règles trop abondantes, comment expliquez-vous cet état de chose?

Les règles trop abondantes peuvent avoir plusieurs causes. Elles peuvent être d’origine fonctionnelle c’est à dire l’endomètre  qui a trop poussé et qui au terme du cycle menstruel aboutit à des règles abondantes. Les règles abondantes peuvent être aussi l’expression de certaines pathologies ou maladies. On constate par exemple chez certaines femmes qui ont ce que nous appelons les endométrioses qu’elles peuvent saigner abondamment au cours des règles. En dehors de cela, les règles abondantes peuvent être l’expression de certaines maladies telles que les fibromes endocavitaires c’est à dire qui sont situées dans la cavité utérine. Toujours dans le cadre des maladies de l’endomètre, les polypes qui sont des formes particulières de fibrome peuvent conduire à des règles abondantes. Vers la fin de la vie génitale de la femme c’est à dire à l’approche de la ménopause surtout la période qu’on appelle premenopausique, la femme peut être amenée à beaucoup saigner au cours des règles. Donc il y a des causes physiologiques et des causes pathologiques.

Quelles sont les causes des règles douloureuses?

Les règles douloureuses constituent une autre entité. Les règles douloureuses sont des règles qui sont soit précédées de douleurs soit accompagnées de douleurs. En un mot, ce sont les douleurs qui entourent ces règles là encore appelées les dysménorrhées ou encore algomenorrhées. Il faut comprendre que les règles douloureuses sont regroupées en deux entités. Il y a ce qu’on appelle les dysménorrhées primaires c’est à dire la jeune fille lorsqu’elle commence les règles, elle commence avec des douleurs ou tout simplement, c’est une jeune fille qui les 18 mois qui précédent le début des règles a des douleurs. A côte des dysménorrhées primaires, on a les dysménorrhées secondaires. Les dysménorrhées secondaires se retrouvent chez les femmes qui après une longue période de règle, connaissent des règles sans douleur, et c’est après 18 mois ou même parfois après le premier accouchement qu’apparaissent les règles douloureuses. Il faut savoir que ces dysménorrhées ont plusieurs facteurs. Tout d’abord, il est important de savoir que chez toutes les femmes les règles s’accompagnent plus ou moins de douleurs. Mais ces douleurs peuvent être supportables comme elles peuvent insupportables. Dans certains cas, on cherche le plus souvent mais on ne trouve aucune cause. C’est ce qu’on appelle les dysménorrhées essentielles. A côte de cela, il y a certaines causes qu’on retrouve notamment en cas de dysménorrhée primaire. En cas de dysménorrhée primaire, il ya certaines malformations de l’appareil génital de la femme qui rendent difficile l’évacuation des règles. C’est le cas par exemple des hypoplasies de l’utérus, c’est à dire l’utérus qui ne se développe pas correctement. On a aussi certaines maladies telles que la tuberculose génitale, des malformations au niveau du col de l’utérus qui n’est pas perméable, qui entraine la cumulation des règles et qui peuvent causer des douleurs. Pour les dysménorrhées secondaires, on constate le plus souvent que c’est un certain nombre de maladies infectieuses qui sont à la base. Certaines femmes ont eu des antécédents d‘infections qu’elles ont laissé trainer et qui sont passées à la chronicité; les salpingites c’est à dire l’infection des trompes, les endométrites de l’utérus et même l’endométriose qui est une cause fondamentale de dysménorrhée chez les femmes. Lorsque la femme fait les règles douloureuses et qu’à la fin des règles les douleurs se poursuivent pendant un certain temps, dans ce cas il faut penser à une dysménorrhée due à une endométriose. Voila donc les causes des règles douloureuses. Je voudrais aussi ajouter que toutes les femmes peuvent en souffrir mais il y a des facteurs qui déterminent chez certaines femmes le profil de dysménorrhéique. C’est le cas d’une femme qui a eu une mère ou une sœur qui a souffert d’une dysménorrhée et qui a plus de chance de faire des règles douloureuses plus que d’autres. Les femmes qui sont un peu obèse, qui ont un surpoids peuvent être classées dans ce groupe. Mais aussi, il y a des femmes qui ont des conditions psychologiques difficiles, les femmes stressées de façon permanente. Certaines habitudes de vie peuvent amener certaines à développer une dysménorrhée. C’est le cas des femmes qui fument, des femmes qui ne font d’exercices physiques et qui sont toujours surplace, les femmes qui ont l’habitude de prendre de l’alcool, les femmes qui sont anxieuses et souvent en détresse psychologique ont plus de chance d’avoir les règles douloureuses pendant la menstruation. On incrimine aussi les femmes qui ont des dispositifs intra-utérins dotés de cuivre. Mais on sait aujourd’hui que les stérilets qui contiennent des progestatifs peuvent protéger les femmes contre les dysménorrhées. Voila autant de facteurs qui peuvent exposer beaucoup de femmes à réaliser une dysménorrhée.

 Les règles douloureuses ont-elles des conséquences sur la fertilité de la femme?

 Oui! Comme je vous l’ai dit, il y a un certain nombre de groupes de causes. Donc si nous rentrons dans le cadre des dysménorrhées primaires, il y a des malformations qui peuvent permettre à la femme de tomber enceinte. Mais aussi, il y a des malformations qui peuvent entrainer soit des avortements à répétitions ou carrément empêcher la survenue d’une grossesse. Dans ces cas, c’est possible que la femme ait une difficulté de conception. En ce qui concerne les dysménorrhées secondaires, j’ai évoqué la part importante qui revient aux infections, parce que lorsque vous avez une infection génitale chronique, cela peut entrainer des obstructions au niveau des trompes, des accolements des parois de l’utérus, toutes choses qui sont susceptibles d’empêcher la conception. C’est dire donc que la dysménorrhée peut être à l’ origine d’infertilité.

 Dans votre intervention, Docteur, vous avez parlé de l’endométriose, parlez nous en un peu plus largement.

 Dans l’utérus, il y a plusieurs couches de l’extérieur vers l’intérieur. Il y a d’abord une membrane qui recouvre l’utérus qu’on appelle la cereuse. En dessous de cette membrane, il y a un muscle qu’on appelle la musculeuse ou le muscle utérin et a l’intérieur de ce muscle, il y a tapis qu’on appelle l’endomètre. Chaque mois, c’est cet endomètre qui pousse et prépare l’utérus à recevoir l’enfant. L’endomètre est comme la terre arable qui a été rassemblée et donc quand l’embryon vient, c’est à ce niveau que l’embryon va nicher pour se développer. Donc la place de l’endomètre est dans la cavité utérine mais pour des raisons qui ne sont pas toujours claires jusqu’ici, on a pu constate que l’endomètre peut aller se localiser en dehors de la cavité de l’utérus, par exemple dans la cavité pelvienne, au niveau des ovaires, de la trompe ou parfois  infiltré le muscle utérin. C’est donc cette localisation de l’endomètre en dehors de la cavité utérine qu’on appelle l’endométriose.

Avez-vous déjà diagnostiqué des patientes qui ont perdu leur fertilité suite aux règles douloureuses?

 Bien sûr, il y a des femmes qui ont été vues pour des règles douloureuses atroces et après les investigations, j’ai constaté qu’il s’agit d’une endométriose et d’une endométriose sévère qui, ma foi, a pris tout le pelvis et même les trompes et donc à l’origine d’infertilité.

 Que faut-il faire pour prévenir ou guérir les règles douloureuses?

 Pour les femmes qui présentent des facteurs de risque, on peut leur proposer certaines démarches. Une femme par exemple qui a un surpoids, on va lui dire d’essayer de faire un peu le sport. Celle qui fume, je lui dirai d’arrêter de fumer ; celle qui prend de l’alcool, d’éviter la consommation de l’alcool. C’est dire donc qu’on peut aider les femmes qui ont les profils précités. Mais pour les femmes qui ont des malformations de l’appareil génital, il y en a qui peuvent être traitées et malheureusement, il y en a qui ne peuvent pas être traitées. Dans ces derniers cas, on ne peut donc rien encore faut il diagnostiquer et s’assurer que c’est à cause de ces anomalies irréparables que les femmes ont cette dysménorrhée. Pour les dysménorrhées secondaires par contre, j’ai dit que les infections en sont responsables. Il suffit simplement pour les femmes d’abord de faire attention et de prendre au sérieux toutes les manifestations d’infection au niveau de l’appareil génital à commencer par les pertes génitales, de s’approcher des agents de santé telles que les sages femmes el les gynécologues pour les dépister et les traiter correctement avec des médicaments qu’il faut pendant la durée recommandée et les éradiquer parce que mal traitées ou non traitées, elles peuvent passer à la chronicité et c’est vraiment difficile à traiter en ce moment.

Voulez vous dire qu’on ne peut pas guérir des règles douloureuses?

 On peut en guérir si on trouve la cause et qu’on la traite. On ne peut pas en guérir si on n’a pas trouvé de cause. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a certaines dysménorrhées primaires par exemple qui après le premier accouchement disparaissent spontanément et il s’agit là bien sûr de cas ou on n’a pas trouvé de cause.

 Quels conseils avez-vous à donner à toutes ces femmes qui souffrent des règles douloureuses?

Comme je l’ai dit au départ, il y a des règles qui sont supportables et il y en a qui ne sont pas supportables. Les règles douloureuses qui n’entrainent pas de manifestations invalidantes et pour lesquelles on n’a aucune cause, ce n’est pas la peine de s’arracher les cheveux parce que ce sont des manifestations qu’on retrouve chez toutes les femmes. Il suffit de savoir que vous êtes nées comme ça, que vous êtes faites comme ça et que vous êtes obligées de supporter cela et de vivre avec. Lorsque ça devient un peu gênant, un peu de paracétamol peut arranger les choses. Mais lorsque la dysménorrhée devient invalidante, c’est-à-dire lorsque la douleur devient insupportable et que vous êtes obligée d’arrêter tout travail ou parfois lorsqu’elle s’accompagne de saignements abondants, dans ce cas vous êtes obligée de vous référer à un médecin qui va essayer de retrouver la cause et de la traiter. Ensuite, il y a les conseils hygiéno-diététiques: se reposer et dormir suffisamment en période de menstruation, faire d’exercice physique en vue d’éviter le surpoids, éviter de fumer ou de prendre de l’alcool. Tout cela participe à une meilleure vie génitale. Vous voyez, tous ces aliments qui sont incriminés tels que l’alcool, le tabac sont en fait des aliments qui vont entrainer localement la surproduction des prostaglandines qui vont rendre plus intense les contractions utérines et par conséquent intensifier les douleurs pelviennes.

La consultation est elle indispensable pour les femmes qui ont des règles douloureuses?

 La consultation est indispensable seulement lorsque les règles douloureuses sont invalidantes ou bien s’accompagnent de manifestations graves telles que les saignements abondants. Cependant, les endolorissements ou les petites piqures du pelvis, de la hanche font parti du processus des règles qu’il faut comprendre, qu’il faut supporter et parfois quand vous êtes habituée, ça passe inaperçu.

 Quel est votre mot de fin?

 Les règles douloureuses sont fréquentes et c’est seulement 5 a 15% des cas qui sont invalidantes. C’est seulement 5 à 15% des règles douloureuses qui méritent d’être vues par les médecins et qui méritent d’être traitées. Les règles douloureuses ne veulent pas dire stérilité chez la femme. Les règles douloureuses ne veulent pas toujours dire difficultés de conception. Donc ce n’est pas la peine de s’arracher les cheveux ou dire que c’est fini pour moi.

Propos recueillis par Faradj ALI YAROU