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Yayi tristeMort ou vivant ? On ne saurait dire à l’heure actuelle, ce qu’est devenu le présumé assassin de Urbain Dangnivo depuis que son évasion de la prison civile d’Akpro-Missérété a été annoncée. L’évasion, c’est le morceau qui est servi à tout le peuple. Mais devrait-on se résigner à le croire dans un dossier où, les agissements des uns et des autres révèlent tout et confortent les positions qui évoquent l’arrestation en septembre 2010 de Codjo Alofa comme une machination.

Avec le scandale Dangnivo, ce sont près d’une dizaine de personnes arrêtées avec comme présumé assassin Codjo Alofa. Ils sont accusés d’association de malfaiteurs, d’assassinat organisé en bande. Mais depuis trois jours, Codjo Alofa n’est plus dans sa cellule à la prison civile d’Akpro-missérété. Plusieurs sources officielles ont confié que le détenu s’est évadé. Présumé assassin de Urbain Dangnivo, précédemment fonctionnaire au ministère de l’Economie et des finances disparu mystérieusement en août 2010, il fait partie d’une dizaine de suspects arrêtés au mois de septembre de la même année dans le cadre de l’enquête ouverte par la Gendarmerie nationale. Alors que le dossier est toujours en instruction au 1er cabinet du Tribunal de première instance de Cotonou, le principal mis en cause est introuvable, après sa mystérieuse évasion de la prison civile d’Akpro Missérété. La promesse du gouvernement de Yayi Boni de permettre à la justice de juger l’intéressé et ses présumés complices devient illusoire, à moins que l’évadé soit retrouvé pour répondre de ses actes, s’il est établi qu’il est le véritable bourreau de Pierre Urbain Dangnivo. Présenté dans cette affaire comme l’enleveur du fonctionnaire qu’il a tué avant d’enterrer son corps dans son arrière cour à Womey, un quartier d’Abomey-Calavi, Codjo Alofa aurait reconnu les faits devant les gendarmes. Mais, il revenait à la justice d’élucider cette affaire, afin qu’on puisse dissiper les doutes, malgré l’aveu du présumé assassin.

De profondes interrogations

Sa disparition, un peu comme sa supposée victime Urbain Dangnivo suscite de profondes interrogations. Qu’un homme qui se faisait passer pour un féticheur décide de donner la mort à une vie sans aucune autre forme de procès, qu’il enterre le corps dans sa maison, qu’il accepte aussi facilement son crime, qu’on exhume le cadavre sans constater aucune amputation d’organe, ni de sacrifice sur le corps, sonne déjà très mal. Cela pose un vrai problème de logique et apparaît comme un écheveau difficile à démêler. Aujourd’hui, ça sonne encore plus mal de savoir que c’est le même personnage dans ce film qui réussit à s’évader au moyen d’une corde de la prison d’Akpro-Missérété qui accueille même des détenus condamnés par la justice d’autres pays. Si les conditions de sécurité n’étaient pas réunies, aucune justice étrangère n’acceptera y envoyer des pensionnaires. Dans ce contexte, on ne saurait avaler des couleuvres quand on veut faire croire que c’est le système de sécurité qui est défaillant. Pire, comment comprendre qu’un homme qui a avoué sa faute, attend son jugement, et subitement sans même que son procès ne soit encore programmé, commence à menacer de faire des révélations. Les menaces de Codjo Alofa étaient connues des autorités pénitentiaires et même font écho dans les milieux de la justice. Cela n’est-il pas suffisant pour renforcer la sécurité autour de lui? Une telle précaution n’a pas été prise. Sans doute sciemment. Souvent en pareilles circonstances, on n’attend pas que midi arrive pour prendre des sanctions -allant jusqu’au limogeage- à l’encontre des autorités de la prison. Le ministre de la Justice, Valentin Djènontin, protège-t-il des responsables? Ce nouvel épisode loin de focaliser l’attention sur une certaine défaillance du système de sécurité dans la prison civile, offre un indice très sérieux pour montrer du doigt les commanditaires de la disparition de Urbain Dangnivo.

Codjo Alofa «poussé» de la prison

Si l’on ne se trompe, Codjo Alofa est sorti de prison aidé par des personnes qu’on peut deviner. Quoi qu’on dira, on n’empêchera personne de soupçonner qu’il y a eu des complicités dans ce coup. Si le gouvernement est convaincu qu’il a recherché et retrouvé l’assassin de Urbain Dangnivo, s’il est sûr de lui-même d’avoir eu recours à des médecins légistes pour confirmer que le corps exhumé à Womey chez Codjo Alofa est celui recherché, pourquoi n’a-t-il pas œuvré avec le même sérieux et détermination pour maintenir le suspect présenté dans des conditions requises, afin d’éviter ce qui est arrivé. Codjo Alofa était sans doute un prisonnier «libre» de ses mouvements, qui bénéficiait des conditions de détention vraiment souples. Pour un présumé assassin dont la responsabilité du crime a été portée à tort ou à raison au chef de l’Etat, les autorités pénitentiaires devraient se montrer intraitables envers lui. Or, si la thèse de l’évasion est avancée, cela veut dire qu’il n’était pas surveillé comme du lait sur le feu. C’est supposer que les gardes ont été instruits à ne pas faire la misère au détenu. Mais qui en tient la ficelle ? D’où viennent les instructions? Il faut pouvoir situer les responsabilités. Beaucoup estiment que dans les conditions actuelles, il n’est pas possible que l’intéressé se serve d’une corde pour quitter clandestinement la prison. Si depuis son évasion, tous les moyens utiles (services de renseignements, police, gendarmerie, médias et autres) n’ont été activés pour le rechercher, tout ce qu’ils racontent n’est que pipo et mensonge. Voici un autre motif qui permet de considérer que l’arrestation de Codjo Alofa et tout ce qui a été fait n’est que simulation.

Mystère autour d’une nouvelle disparition

Venons-en à l’idée que Codjo Alofa n’a pu s’évader, mais qu’il a disparu mystérieusement. Un peu comme Dangnivo. A l’image de ce fonctionnaire du ministère de l’Economie et des finances dont la vie était en danger parce qu’il pourrait faire des révélations sur les supercheries dans certains dossiers dont celui du placement d’argent, son présumé assassin était devenu un élément gênant. Tout simplement parce que depuis sa cellule de la prison civile d’Akpro Missérété, il menaçait de faire des révélations dans le dossier Dangnivo. Et si l’on le laissait mettre en exécution ses menaces, soit devant le juge en charge du dossier, soit par d’autres moyens en prison, cela risque de coûter cher à ceux qu’il visait. La question est de savoir qui sont ceux-là qui ont pu tisser des liens avec le détenu. Et, surtout qu’est-ce qui les lie ? A partir du moment où, Codjo Alofa constitue une menace dans cette affaire, il suffit de voir du côté de ceux qu’on a toujours soupçonné de faire diversion après la disparition de Urbain Dangnivo. Depuis le 17 août 2010, on ne l’a plus revu. Pour le gouvernement, il a été tué par Codjo Alofa. On craint que le même sort n’arrive à celui-ci qui doit permettre de faire la lumière sur le dossier. Peut-être que le même escadron a déjà agi et on ne verra plus jamais Codjo Alofa. La vérité, non plus ! Aux parents, amis, collègues, Béninois de se faire une idée plus précise de l’affaire.

Avec la disparition de Codjo Alofa L’affaire Dangnivo éclabousse à nouveau le Pouvoir central

Tôt ou tard, c’est un dossier qui révèlera son vrai contenu. A l’opposée de la façade que le gouvernement s’attèle à présenter sans attendre que la justice se prononce, beaucoup reste à venir. Et ça a commencé avec cette disparition de Codjo Alofa. Refusant de reconnaître ses responsabilités, même si ses erreurs sont établies, on voit mal comment le gouvernement peut se tirer d’affaire avec ce nouvel épisode. Il doit endosser l’entière responsabilité de cette sortie clandestine ou organisée de la prison. On a comme l’impression que la nouvelle donne arrange l’Exécutif, sans doute parce que garder Codjo Alofa jusqu’au procès, va se révéler dangereux pour lui. Le mieux, c’est de s’en débarrasser pour avoir la paix. De toute façon, cette disparition qui coïncide avec la fin de règne de Yayi Boni tombe mal et donne des arguments supplémentaires et solides à tous ceux qui se sont constitués « défenseurs » de la cause de Dangnivo. Les choses étaient déjà difficiles pour ce régime qui n’est jamais parvenu à convaincre que sa main n’est entachée de sang de l’ex-Agent du ministère de l’Economie et des finances. Les efforts de la justice pour faire la lumière sur les implications de la disparition de Urbain Dangnivo se heurtent à plan secret. C’est le cas de Codjo Alofa. Plus qu’une affaire d’évasion ordinaire, cette nouvelle situation éclabousse Yayi Boni et son équipe. Les   Centrales syndicales, la famille de Dangnivo et de la Société reprendront bientôt du poil de la bête pour placer le gouvernement devant ses responsabilités.

Fidèle Nanga