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JANVIER-Y.
Janvier Yahouédéou ambitionne de briguer la magistrature suprême

Le député Janvier Yahouédéou a rappelé l’ambiance ainsi que le consensus autour du vote du Président de l’Assemblée nationale Adrien Houngbédji. Il a également profité de l’occasion pour déclarer sa candidature pour la présidentielle de 2016. C’était hier dimanche 31 mai 2015 sur l’émission « Zone franche » de Canal 3.    

   Canal3: Quel rôle avez-vous joué dans l’élection de Me Adrien Houngbédji ?

 Janvier Yahouédéou : On me traite souvent d’activiste. Je fais partie des premières personnes à s’approcher du Président Adrien Houngbédji pour lui suggérer de prendre le devant des choses parce qu’à mon avis, c’est le meilleur candidat. C’est le candidat grâce à qui on pourrait obtenir un consensus aisé. Cela n’a pas loupé puisqu’on a constitué un petit comité avec le Président Nago, Sacca Lafia, et on a fait la sensibilisation homme politique par homme politique. Cela a marché puisque nous n’avons rencontré aucune difficulté à la rencontre de ces différents groupes politiques devenus aujourd’hui un Front républicain pour sauvegarder les acquis de notre démocratie. Donc, on a travaillé et chacun s’est sacrifié à sa manière. Le résultat c’est ce que nous avions pu obtenir.

 Ces tractations ont duré combien de temps ?

 C’est juste au lendemain des résultats. Dès qu’on a eu les résultats, il fallait commencer par se parler et se coopter pour avoir un bon résultat.

 Vous dites qu’Adrien Houngbédji était le meilleur candidat, mais beaucoup estime que c’était le moindre mal. Ne voyez-vous pas la suprématie du Prd ?

 Tout à fait. Le Prd, est le plus grand parti politique du Bénin. Ce n’est pas parce qu’une alliance a eu 33 députés qu’on dirait que c’est le plus grand parti, pas du tout. Le plus grand parti réel aujourd’hui au Bénin, c’est le Prd. C’est le parti le plus stable en son sein. C’est un parti qui sait qu’il a un chef charismatique qu’il doit respecter. Le Prd aujourd’hui, qu’on le veuille ou pas, même si on allait aux élections présidentielles, le Prd ferait ses 22%. Me Adrien Houngbédji a eu la chance d’hériter d’une zone favorable et très stable. Aujourd’hui, c’est le plus grand parti à mes yeux. Donc, prendre appui sur un tel parti politique qui a ce profit, c’est beaucoup mieux risqué que d’aller dans un groupe où il y a beaucoup de contradictions. C’est un gros risque.

 Est-ce qu’au cours de cette nuit, vous avez senti le perchoir échapper à Houngbédji ou l’opposition ?

 On a eu peur. Parce que nous avons appris que certains députés s’apprêtaient à ne pas jouer entièrement leur partition. On a eu très peur. La preuve est que Fcbe qui est parti des urnes avec 33 députés s’est retrouvé théoriquement à 41. Il y avait les partis satellites mais, même avec les partis satellites, il serait difficile pour les Fcbe d’aller au-delà de 39. Tout compte fait, c’est 39 et 44 qu’on a eu par la suite puisqu’après l’élection du Président de l’Assemblée nationale, tous les résultats qui ont suivi, c’est 39 contre 44. C’est le schéma normal. Alors, entre temps, il y a eu des mouvements incestueux de part et d’autre. La situation était même très grave pour l’opposition qui a loupé de très peu la chute puisque déjà, c’est le candidat des Fcbe qui était arrivé à 41 en premier. Et régulièrement on entendait Komi, Komi et le cœur battait de l’autre côté. C’est Komi qui était arrivé à 41 en premier au moment où Houngbédji était à 40. La chute était presque certaine pour nous. Ensuite, on est passé à 41, 41. Mettez-vous à notre place. C’était dur à supporter. Cela ressemble un peu au football lorsqu’on arrive à la phase des tirs au but. En fin de compte, c’était Houngbédji. On a dû entamer l’hymne nationale parce que l’émotion était forte.

 Vous avez envisagé 44, finalement vous êtes arrivés à 42. Qui sont ceux qui ont trahi ?

 Je vous assure qu’il y a eu des trahisons du côté de l’opposition. Il y a eu des trahisons. Il y a 3 traitres. Mais de l’autre côté aussi, je pense qu’il y a eu des gens qui ont trahi.

 Donc, il y a eu des Fcbe qui ont voté pour vous ?

 Il paraît que quelqu’un aurait été traité de Judas de l’autre côté, mais ce Judas, moi je ne l’appelle pas Judas. Je l’appelle un héros national.

 Mais il a refusé.

 Je ne sais pas de qui vous parlez, mais il paraitrait que quelqu’un aurait trahi. Mais celui-là, quelque soit le nom qu’il porte, qu’il soit béni par Dieu.

 On a bien suivi la conférence de presse de Marcel de-Souza que les Fcbe accusaient de traitre, même à travers un communiqué officiel du Parti. Mais il a nié. Mais vous dites qu’il soit béni.

 Oui, qu’il soit béni parce que j’appelle cela la main de Dieu. J’appellerai un tel homme, un héros, malgré lui. Lorsqu’au finish, le monsieur sauve la paix dans tout un pays. Vous savez ce qui aurait pu se passer cette nuit-là ? Même au fin fond de Tanguiéta, les gens ne dormaient pas.

 Le Bénin risquait quoi ?

 La volonté populaire a été sauvegardée à travers ces résultats. Lorsque vous lisez les résultats et que vous voyez 33 pour les Fcbe, il y a un problème. De 41 en 2011, Yayi Boni chute jusqu’à 33. Cela veut dire que les gens ne veulent plus de lui. Comment voulez-vous que les gens soient sans eau, sans électricité et aillent voter pour Yayi Boni. La situation est que la population n’en veut plus. Il fallait absolument cela. A Porto-Novo, on se demandait comment faire pour rentrer si jamais le Président échouait et que les « Yayi » deviennent encore patron à Porto-Novo.

Mais c’était un jeu démocratique et le perdant devrait s’en tenir à ses résultats.

 Vous avez appris qu’il y a eu beaucoup de choses. Il paraitrait que l’argent a circulé.

 Dans ce bureau, il y a beaucoup d’autres députés. Comment appréciez-vous la qualité de ceux qui le composent ?

 Aujourd’hui, nous avons réussi à élire un bureau de très grande qualité en qui j’ai entièrement confiance. Me Adrien Houngbédji étant le Patron suprême, avec ses années d’expérience en tant que député et surtout en tant que Président de l’Assemblée nationale, il sait de quoi on parle. Je pense que le Président Adrien Houngbédji fait partie des rares Béninois à n’avoir pas de cadavre dans leur placard. Par conséquent, il n’y aura pas de réserve par rapport à des dossiers sensibles de l’État. Quand je vois également la trempe de ces députés qui composent le bureau de l’Assemblée nationale, les Béninois devraient être sereins. C’est important d’avoir des députés d’une grande probité morale et, dans deux ans, c’est le bureau de l’Assemblée nationale qui va désigner les membres de la Cour constitutionnelle. Et, c’est cette Cour constitutionnelle qui servira de sages pour garantir la quiétude au peuple béninois. Cela veut dire qu’il y a beaucoup de choses à venir. Je pense que ce bureau rassure.

 Est-ce que l’élection de Sofiath Tchanou était un arrangement ?

 La dame n’a rien demandé à qui que ce soit. Elle était candidate comme tout le monde. Elle a eu la chance de se faire élire.

 Ce qui est sûr, c’est qu’un bureau monocolore aurait entraîné la réaction de la Cour. Est-ce qu’il n’y a pas eu des choses qui se sont passées dans les coulisses ?

 Nous sommes en politique. Même par rapport à des situations normales, nous avons vu des décisions se prendre. Lorsqu’on vous donne un coup une fois, vous tombez, peut-être une deuxième troisième fois, vous tombez et, si vous ne prenez pas vos dispositions pour ne pas tomber une troisième fois, on pourra dire que vous n’êtes pas intelligent. Si l’opposition a eu l’intelligence, à un moment donné, de respecter ce qu’on a toujours constaté et vécu, c’est une très bonne chose. Peut-on reprocher à l’opposition d’aider les Fcbe pour que la minorité parlementaire soit également au sein du bureau ?

 Et Claudine Prudencio ?

 Il ne s’est rien passé. Ce sont des députés appelés à voter qui ont trouvé qu’il était plus judicieux de voter pour Sofiath. Ce n’est pas plus que cela. Je félicite ces députés qui ont eu une certaine intelligence d’opérer de la sorte parce que c’était important que la minorité parlementaire soit représentée.

 Vous-mêmes vous étiez annoncé candidat. Qu’est-ce qui s’est passé ?

 Je pense qu’à des moments donnés, il faut savoir se sacrifier. Il faut aussi savoir adopter une posture de consensus. Si tous les 42 députés de l’opposition devraient exiger une présence dans le bureau, on ne s’en sortira pas. Rappelez-vous, dans la nuit, quand bien même Janvier n’était pas dans le bureau (puisqu’on connaissait déjà les candidats), c’est moi qui ai soulevé cette question préjudicielle qui interdirait les portables dans les isoloirs puisque certains n’avaient eu que, parait-il, 50 % du deal. Il fallait amener la preuve que le vote a été réel pour prendre les 50%. Donc, il fallait que je réagisse. Si je n’étais pas dans la posture de combattant pour que mon équipe gagne, je n’aurais pas œuvré pour tout cela. La nuit-là, tout ce qui a été fait dans les coulisses pour qu’on obtienne de bons résultats, j’en fais partie.

 Est-ce que c’est parce que la Rb a plus de visibilité et a eu beaucoup de députés que vous qu’on a donné priorité à Georges Bada ?

 Dans une alliance, cela ne se traduit pas en nombre de députés. Parce qu’à des endroits donnés, il y a des gens qui sont de Janvier Yahouédéhou qui ont voté pour l’Alliance parce que Yahouédéhou n’est pas candidat dans cette circonscription. Lorsque je vous ai donné les résultats de la 24e, vous avez vu qu’un député de la Rb a été élu grâce aux voix d’Agonlin etc. Lorsqu’on est en alliance, cela se fusionne. Certainement, il y a eu des gens qui sont Rb dans Agonlin mais qui ont voté pour Janvier et vice versa. Dans tous les cas, une alliance est une alliance.

 Quand vous dites que vous avez fait des sacrifices. Vous a-t-on dit de vous retirer ?

 C’était évident que je me retire. Je voulais être candidat mais, à partir du moment où il y avait un autre candidat, on se dit tout de suite qu’il ne faut pas trop forcer pour ne pas casser. Là, nous devons rester unis pendant très longtemps. Donc, le sacrifice vient du fait que, quand bien même il y avait un autre candidat de l’alliance qui se présentait, l’un se désiste et que l’autre passe. C’est aller très vite.

 Vous êtes au Parlement pour 4 ans. Quel sera maintenant votre combat ?

 Le combat est de continuer ce que j’ai fait pendant la cinquième législature, le contrôle de l’action gouvernementale. Cela fait partie des prérogatives d’un bon député. Même si l’Exécutif est de votre camp, vous devez aider l’Exécutif à réussir son mandat en lui demandant des comptes pour la bonne gouvernance. Nous allons travailler sur de nouveaux chantiers, certainement de nouvelles lois, entre autres, celles que nous avons promises au peuple béninois, le dossier de la transhumance par exemple qui nuit gravement à la quiétude des populations.

 Il y a plusieurs années qu’on ressasse le même sujet, mais est-ce que les députés ont envie de la voter ?

 Janvier Yahouédéhou a promis à son électorat et, il va le faire. Nous sommes en train de mettre en place (c’est presque fait déjà) notre accord de législature entre tous ces députés et groupes politiques de l’opposition. Cet accord sera connu. Il y a beaucoup de choses que nous aurons à faire. Dans tous les cas, notre souci c’est de maintenir le cap en termes de lutte contre la mal gouvernance, de maintenir le cap dans le strict respect de la volonté du peuple béninois.

 Revenons sur le score. Allez-vous tenir pendant ces 4 ans, parce qu’il n’y a qu’un député qui manque.

 Je vous ai dit. Le score de 41- 42 est un score exceptionnel. Le vrai score, c’est 39- 44. D’autres sont revenus déjà au bercail à partir du moment où le contrat a été honoré. Je pense qu’à l’avenir nous devons continuer à penser que nous sommes 44.

 Connaissant les députés, peut-être lorsque les intérêts vont basculer, ils risquent de changer.

Vous savez pourquoi l’argent a si tant circulé ? C’est parce que l’intérêt de ce vote de Président était l’intérêt majeur. Vous voyez un peu l’enjeu ? Celui qui aura gagné tient l’Assemblée nationale et aussi le pays. Tous les efforts ont été faits de mille manières pour qu’il en soit ainsi.

 Finalement la 7ème législature va-t-elle nous permettre de réviser la Constitution ?

 Oui bien sûr ! Mais après Yayi. Après 2016, je pense que ce serait bien qu’au début du premier mandat d’un nouveau président qu’on puisse envisager la révision de la Constitution. Le risque n’est pas grand en ce moment-là.

 Vous le refusez aux autres, mais vous voulez le faire ?

 Nous refusons une révision opportuniste de la Constitution parce que, dès lors que des éléments de la Constitution sont touchés, vous passez à une nouvelle République et le Président sortant peut se prévaloir d’une nouvelle République pour redevenir candidat pour un nouveau mandat. C’est ce qu’on voulait éviter.

 Donc, tout le débat qui est fait jusque-là ne concernait pas le fond du projet présenté ? Peut-on reprendre le même texte et passer au vote ?

 Le texte doit être repris dans les conditions normales. Notre Constitution a été élaborée dans un esprit donné. Le même esprit de consensus doit être respecté. Il ne revient pas à un Chef d’État, fût-il Yayi Boni, de venir tout de go avec un texte pour nous dire ce que nous avons à faire. Il faut que les forces vives de la Nation se mettent, une fois encore, ensemble dans un cadre de consensus pour nous faire une proposition. Si ce que les Fcbe nous proposent (ils continuent d’être des Béninois, même après Yayi Boni), s’il y a des éléments positifs utiles pour le pays là-, je serai parmi ceux qui vont dire Ok et vice-versa. Mais, qu’on me permette, en tant qu’acteur politique, de donner mon point de vue.

 Vous rassurez les Béninois que l’âge et le mandat ne seront pas touchés ?

 Je ferai partie de ceux qui vont défendre ces acquis. Il faut absolument que ces deux éléments soient préservés. C’est le socle de notre Constitution. Il ne faut pas les toucher. Mais, tout ce qui pourrait contribuer à améliorer la gouvernance au Bénin et punir les corrompus, ce sont des éléments importants pour notre pays.

 Le régime Yayi finit dans 10 mois, votre appréciation de la gouvernance actuelle.

 La gouvernance sous Yayi Boni, c’est la pire que notre pays ait connue. Aujourd’hui, le béninois n’a plus d’eau, n’a plus d’électricité. Le Béninois n’a plus de l’essence et n’a même plus d’argent. L’argent du Béninois s’est évaporé. L’épargne populaire disparue. Nous avons vendu nos champs, vendues nos maisons, nos terrains, et on se retrouve aujourd’hui sans rien. On n’a même plus de l’eau. En pleine ville comme Cotonou, il n’y a pas d’eau à boire, et l’argent des Blancs pour aider les couches rurales à avoir l’eau, est volé.

 Quand vous dites qu’il n’y a pas l’eau, c’est comme si on coupait deux ou trois jours, alors que ce n’est que quelques heures !

 Ce n’est pas quelques heures. Vous en avez eu ? Je ne sais pas la zone où vous vous trouvez pour que je vienne louer. Dans la zone où j’habite, cela fait des semaines qu’il n’y a pas d’eau. Pareil dans plusieurs localités.

 Quelle est cette zone ?

 Dans la zone de Sainte Rita, il n’y a pas d’eau. L’électricité est coupée chez moi à Covè depuis 5 jours. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est la résultante d’une mal gouvernance qui est criarde et qui démontre l’amateurisme dans la gestion du pouvoir d’Etat depuis 10 ans et qui montre le pilotage à vue depuis 10 ans dans notre pays. C’est cela qui donne les résultats tristes que vous voyez. Je vais vous citer un petit exemple. A l’avènement du Président Yayi Boni, j’ai passé quelques mois avec lui, (6 mois) à la présidence de la République comme conseiller. Pour le peu de temps que j’ai passé, je me suis fixé un objectif. Comment faire pour améliorer l’économie béninoise. Sur ce registre, je me suis dit qu’il fallait exploiter la proximité du Bénin avec le Nigéria. J’ai proposé au Président Yayi Boni l’organisation d’un Forum. C’était en Février 2007. Le concept de ce forum était quoi ? Notre pays devrait devenir une place privilégiée où on devrait aborder une forme d’industrialisation. Le concept que j’ai proposé au Président Yayi Boni était d’exploiter le Nigéria. C’était de demander aux Nigérians de délocaliser leurs entreprises et de venir installer au Bénin des industries, produire au Bénin et revendre chez eux. Ce faisant, ils profiteraient également du marché de l’hinterland. L’un dans l’autre, les Nigérians devraient être contents. Ils doivent pouvoir bénéficier des atouts qualitatifs et des avantages comparatifs du Bénin.

 Mais qui dit industrie pose aussi le problème de l’énergie ?

 Cela faisait partie des questions essentielles qu’on devrait régler dans ce dossier. Le concept était que, une fois que tout est délocalisé vers le Bénin, il faudra aussi aller vers les Européens, les Asiatiques, les Américains et leur dire que le marché vous intéresse et cela les intéresse puisque le Nigéria aujourd’hui est fort de plus de 3500 milliards de dollars d’investissements directs étrangers. Au lieu de vous installer au Nigeria, venez-vous installer au Bénin. Venez profiter de tous ses atouts en termes de sécurité interne, en termes de coût de la main d’œuvre. Vous investissez au Bénin, vous vendez au Nigeria et vous profitez de la sécurité au Bénin. Avec un tel montage, on doit commencer par aborder une légère côte d’industrialisation. Mais, il y avait un problème à régler. Le Nigéria protège ses industriels. En d’autres termes, les produits béninois ont du mal à pénétrer le marché nigérian. A la date d’aujourd’hui, vous savez que notre coton, le maïs, la noix d’anacarde, tout cela va au Nigéria. Mais nos propres productions ont du mal à y aller. La preuve, c’est qu’en 2007, sur 11 entreprises béninoises qui ont demandé l’agrément d’exportation vers le Nigeria, on avait deux qui étaient acceptés. Sur les deux curieusement, les deux avaient des capitaux nigérians. Donc, cela a été vite accepté. Par contre, si on mettait en place une forme de partenariat gagnant-gagnant entre les deux pays, on aura plus du mal à assurer ce transfert Nigéria-Bénin. J’ai expliqué tout ce schéma au Président Yayi Boni qui était d’accord. J’ai eu le soutient également du président nigérian Obasanjo. Avant même que ce forum ne soit organisé, le Président Faure Gnassigné du Togo a appris cela et s’est intéressé. Le président Ghanéen aussi s’est intéressé à cela, et nous avons mis en place ce que nous avons appelé la zone d’alliance de coprospérité (Zacop). On a tenu un premier sommet à Abuja le 8 février 2007. On a défini les clauses du partenariat et les secteurs intéressés. Parmi ce secteur, il y avait l’énergie par exemple. C’est fort de cela que, vers la fin du forum économique, c’est-à-dire le 13 février 2007, on a procédé à la mise en service de cette liaison à Sakété. C’était la liaison Tcn-Ceb. C’était le projet Wap2. Cela permettait que tout le courant produit par le Nigeria aille facilement au Bénin, au Togo au Ghana et vice versa. Cela a été fait. Après cela, le Forum a eu lieu. Ce forum a regroupé environ 600 participants autour de 200 Nigérians. Quand je parle des 200 Nigérians, il y avait une bonne vingtaine de milliardaires Nigérians qui étaient là. Le président Obasanjo était lui-même présent. Du côté béninois, les milliardaires Béninois étaient aussi présents. Je peux citer entre autres le Président Sébastien Ajavon qui a fait des communications. C’était un très bon départ.

 Pourquoi cela n’a pas prospéré ?

 C’était en février 2007. J’ai été aux élections en avril et j’ai été élu député, deux mois après. Je suis parti au Parlement. La fonction de député vous interdit d’avoir encore accès à l’Exécutif. Je n’avais plus encore la possibilité d’intervenir à l’Exécutif. J’ai remis au Président Yayi Boni tous les dossiers.

 Mais vous aviez le choix. Pourquoi avoir choisi le Parlement ?

 C’est compliqué ! Lorsque vous allez aux élections et que vous êtes élu, ce n’est pas facile de dire aux électeurs qu’on abandonne. La deuxième chose est qu’il y avait l’esprit de groupe. Le Président Yayi a pensé que je serais plus utile au Parlement. Troisièmement, il n’y avait pas que Janvier Yahouédéhou dans le pays. Qu’est-ce qui s’est passé ? Lorsqu’on a fini le forum, les Nigérians étaient véritablement emballés. Je me rappelle de cette société nigériane Suburban qui était prête à acheter la fibre optique du Bénin. Il y avait une société qui était prête à investir dans une industrie de production de seringues. Beaucoup d’autres comme Glo, Uba. Ceci a permis aux Nigérians de découvrir le Bénin et tout son potentiel. Il y avait les industriels qui voulaient faire des choses au Bénin, surtout dans l’agroalimentaire. Le Bénin produit beaucoup et ils avaient besoin de transporter nos produits, du Bénin vers le Nigéria. Ils étaient prêts à venir s’installer au Bénin et produire directement en agro industrie. Malheureusement, une fois partis, ces messieurs ont voulu savoir où est la zone franche industrielle dont on parle. Notre zone franche, allez la voir à Sèmè. Elle est devenue le nid des reptiles. Même les agoutis, on pouvait en tuer. Je ne sais pas s’ils l’ont sarclé maintenant. Sinon, rien n’a été fait. Du coup, ces investisseurs ont trouvé qu’ils n’avaient rien à faire au Bénin. Donc, il n’y a pas eu de suivi. Tous ces efforts, tous ces risques pris sont passés en perte et profits. Lorsqu’on a fini le forum, il y a eu une société qui s’appelle Sahara Energy qui a vu la qualité de la présentation et a trouvé que, vu la mise en place de cette interconnexion, il est intéressant de venir s’installer au Bénin pour produire de l’énergie. Le Pdg de Sahara Energy est venu au Bénin. Il m’a rencontré. Je l’ai présenté au Directeur général de la Sbee de l’époque. Il a dit qu’il veut installer au Bénin une centrale thermique pouvant produire 250 mégawatts. J’ai amené ces investisseurs vers le Président Yayi Boni qui les a reçus. Les vidéos sont là.

 A cette époque, le Bénin a choisi Maria Gléta

 Lors de l’entretien, le chef de l’État a dit aux investisseurs « c’est un très beau projet. J’accepte ». Le temps d’aller chez eux et de revenir pour la mise en œuvre, on apprend que les conseillers du Chef de l’État ont préféré que ce soit plutôt le Bénin qui investisse les dizaines de milliards pour produire lui-même l’énergie. Parce que les autres ont dit : « nous allons produire pour le Bénin, mais, par contre, nous allons exploiter pendant 20 ans. C’est-à-dire, récupérer nos investissements avant de laisser la gestion aux nationaux. Ils ont trouvé qu’il fallait mieux que le Bénin investisse directement et profite du fruit de leurs investissements immédiatement. A l’époque, quand je l’ai appris, j’ai été voir le chef de l’État pour lui dire pourquoi on ne ferait pas les deux ? Laisser les autres faire et, parallèlement, nous le faisons. Sinon, au pire, laisser l’argent pour faire autre chose. Il y a la route Akassato-Bohicon. Monsieur le Président ! C’est la route principale qui facilite le transport du pays vers le port de Cotonou du port vers les autres pays. C’est cette route qui dessert le Niger. Utilisons cet argent pour faire quelque chose de mieux et laissons les autres produire à notre place. J’ai constaté, comme tous les Béninois, que les gens ne sont plus revenus et la suite, c’est Maria-Gléta avec les tonnes de ferrailles qui ont de la peine à marcher.

 Qu’est-ce qui a justifié, selon vous, l’option de Maria Gléta ?

 Je suis dans l’incapacité de répondre. Est-ce que le Président Yayi Boni ne s’est pas lui-même laissé emporter par la mafia ? Je n’ai pas encore fait d’enquête par rapport à Maria-Gléta, mais je peux dire que j’ai des doutes quand on voit la qualité des installations et l’impréparation parce que, avant de lancer un projet, il faut voir la qualité des intrants et le coût de revient. Aujourd’hui, vérifiez vos factures Sbee. Le prix de revient du kilowatt, selon la tranche et la puissance souscrite, ça doit être autour de 100, 125, 175 Fcfa. Mais le prix de revient d’un kilowatt de Maria-Gléta, c’est 250 Fcfa.

 Depuis une semaine, ce sont des coupures. Voulez-vous nous dire qu’il y a 8 ans, on aurait pu faire des choix pour éviter le délestage?

 Bien sur que oui ! C’est un choix qui peut se définir sur un plan macro-économique. Il faut faire des projections sur cinq ans, 10 ans. Vous vous rappelez, le président Yayi Boni, de retour d’une mission, a fait une déclaration fracassante pour dire qu’on aura notre centrale énergétique dans 3 mois. Quel est cet effet d’annonce ? C’est après qu’on nous annonce que lorsque vous passez la commande, cela doit prendre deux à trois ans avant d’être fabriqué, sans compter l’installation. Ce n’est pas un projet qu’il faut mettre en œuvre dans la précipitation. Il faudrait défini des projets, des priorités. L’énergie est une priorité.

 Vous venez de parler de la croissance à deux chiffres. C’était un slogan puisque vous étiez avec Yayi Boni ?

 En 2006, je me disais intérieurement que, même si, au finish, on n’était pas en mesure de préparer un futur très beau à nos enfants, on devait au moins être en mesure de préparer nos enfants à un futur meilleur. J’y croyais. Lorsqu’on parle de croissance à deux chiffres, je n’étais pas au cœur du système. Je pense que ceux qui y étaient, c’était les Koupaki, ce sont les banquiers. Yayi Boni s’est fait entourer de banquiers. C’était rassurant. Marcel De-Souza, Idriss Daouda, Koupaki, lui-même Yayi Boni.

 Avez-vous des éléments qui prouvent que tous ces cadres n’ont pas fait le travail ?

 Ils n’ont pas fait le travail. C’est évident ! Ils sont coupables du malheur du peuple béninois aujourd’hui. Ils sont coupables de l’échec de Yayi Boni. Pourquoi ? Lorsque vous êtes dans un système et que vous constatez que ça se passe mal, vous démissionnez si vous ne voulez pas être comptables. Janvier Yahouédéhou a démissionné avant deux ans. Vous ne pouvez pas rester avec le Monsieur pendant 8, 9 ans et venir dire gaillardement que vous parliez, mais qu’il ne vous écoutait pas. Si vous parlez et qu’il ne vous écoute pas, vous démissionnez. Ils sont responsables de ce qui nous est arrivé

 Peut-être qu’ils sont restés pour nous éviter la débâcle !

 Quelle débâcle ? A défaut de démissionner, si vous vous accrochez à votre chaise, vous venez dire en son temps à la télévision ce que vous avez conseillé au Chef et qu’il n’a pas fait. Il faut communiquer.

 Mais est-ce que c’est facile ?

 C’est très facile. Cela l’a été pour moi.

 Mais vous étiez au Parlement avant de partir ?

 J’étais au Parlement certes. A des moments donnés, il faut avoir le courage de faire des choix citoyens. Au Parlement, lorsque le projet de Lépi était arrivé, j’étais le coordonnateurs des Fcbe et informaticien en plus. J’étais en mesure d’être le président pouvant gérer la Lépi. Pourtant, j’ai critiqué que ce n’était pas faisable. J’ai été le seul député à n’avoir pas voté pour cette Lépi. Donc, à des moments donnés, lorsque votre intérêt est en jeu et que vous voyez que ce n’est pas bon pour votre pays, il faut être en mesure de laisser tomber. C’est ce que j’ai fait. Je n’ai pas été député pendant 4 ans, mais je n’ai pas baissé les bras. L’intérêt national doit primer sur nos intérêts individuels.

 La croissance, c’est parait-il, une vingtaine d’années avant d’apprécier les effets. Est-ce qu’on n’est pas trop pressé ?

 Non ! On n’est pas pressé. Lorsqu’on parle de croissance à deux chiffres cela ne s’obtient pas brutalement. Je suis d’accord. Mais, il faut qu’on progresse. Sous le Président Soglo, on est passé de 3 à +6. Pour le Président Yayi, cela monte et chute. Le Bénin vit moins bien qu’au départ de Soglo.

 Voulez-vous dire qu’on recule ?

 On recule. On a reculé sur tous les plans. Lorsque je prends les investissements directs étrangers, le Bénin totalisait 120 millions de dollars d’investissement étranger. Aujourd’hui on est à moins de 30 millions. Là, vous augmentez ou vous chutez ? Comment voulez-vous faire venir des investisseurs étrangers si vous volez les 3 milliards des contribuables européens. Lorsque je prends le rapport sur le développement humain, en 2014, le Bénin est aujourd’hui classé 165ème sur 180 pays. Aujourd’hui, le taux de pauvreté est au-delà de 36%. Ce qui assure le développement, c’est la liberté d’expression. En 2005, le Bénin était premier en Afrique et 25ème au plan mondial. Aujourd’hui, on est 84ème.

 Quel a été le vrai problème ?

 C’est l’impréparation, l’amateurisme dans la prise de décision.

 Transcription Hospice Alladayè