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Jean-Baptiste Elias invite le chef de l’Etat à ne pas s’arrêter en si bon chemin

Le Président du Fonac, Jean-Baptiste Elias, remercie les Pays-Bas sans lesquels l’affaire PpeaII ne serait jamais sue. Sur l’émission « Cartes sur tables » d’hier l’invité a appelé le Chef de l’Etat, Yayi Boni, à sortir les nombreux dossiers de corruption dont il a connaissance. Cela permettra d’éviter la politique de deux poids deux mesures.

Océan Fm: Les membres du gouvernement ont pris connaissance des conclusions du rapport du cabinet Kroll au sujet du PpeaII. Votre appréciation de la décision du Conseil des ministres.

 Jean-Baptiste Elias : Nous sommes tristes. Tristes parce que nous aurions souhaité que tout se passe très bien dans le pays et que le Conseil des ministres s’occupe des dossiers de développement de la Nation. Mais, hélas ! Les comportements déviants face à des citoyens peu orthodoxes ayant oublié la vertu et l’éthique se retrouvent au cœur des travaux du Conseil des ministres. Mais, nous au Fonac, nous ne sommes pas surpris de ce qui se passe. Depuis 1998, nous ne cessons de parler du comportement que les Béninoises et Béninois doivent avoir face au bien public. C’est en cela que nous regrettons ce qui s’est passé. Mais, pour revenir dans le vif du sujet, je voudrais vous signaler que le Fonac a déjà été à l’avant-garde de ce qui s’est passé. Dans ce projet baptisé Ppea II, il y a un volet de l’eau qui concerne la Soneb. Déjà, en février 2014, le Fonac a sonné l’alarme par rapport à un dossier de près d’1.4 milliard de Fcfa, toujours de ce projet Ppea II où un marché a été mal agencé au niveau de la Soneb. Nous pensions que cela aurait pu servir de leçon pour qu’on redresse la barre au niveau de ce département ministériel. Mais, hélas ! Pour près d’1.4 milliard de Fcfa, nous avons donné l’alerte et on est arrivé devant la presse pour expliquer aux populations ce qui s’est passé. Il fallait réaliser des économies pour la Soneb afin d’inscrire ces économies sur d’autres chantiers. Mais, au départ, on nous a dit qu’on avait menti. Nous sommes allés au niveau de l’Autorité de régulation des marchés publics qui nous a donné raison. Aujourd’hui, le Bénin a été obligé de supporter ce montant d’1.4 milliard de Fcfa alors que c’était dans le lot de ce que les Néerlandais ont donné. Nous pensions que cela allait servir d’exemple parce qu’à l’époque, nous avons rencontré les autorités à divers niveaux, y compris le ministre chargé de l’Eau de l’époque. Mais, hélas ! Cela s’est mal passé. Ce que nous rappelons chaque fois est que la gestion se fasse selon les règles de l’art et qu’on suive les textes de la République. Malheureusement, dans ce dossier, il y a eu beaucoup de choses. Tenez ! Il y a des règles en matière de passation de marchés qui fixent des seuils pour qu’au-delà de ces seuils, on soit obligé d’engager une procédure donnée. Pour certains produits, le seuil maximal est de 20 millions. Pour d’autres, le seuil maximal est de 60 millions. Mais, le code des marchés publics interdit le fractionnement des marchés pour éviter d’aller à l’appel d’offres comme c’est prévu. Mais, ici, dans ce dossier, on a fractionné à foison. Sur une année, l’année 2014, du 1er janvier au 31 décembre 2014, pour un dossier où le seuil est prévu pour 60 millions et qu’on ne doit pas dépasser 60 millions sans faire un appel d’offres normal, on a fractionné dans ce dossier qui concerne le sujet, 59.992.700 Fcfa. On est à moins de 7000 F Cfa pour atteindre les 60 millions. Le même jour, on a fractionné 59.666.500 Fcfa. On a fractionné 59.448.100. On a fractionné 59.548.100 Fcfa. On a fractionné 59.405.100, on a fractionné 59.605.250 Cfa, ainsi de suite.

 C’est exprès apparemment ?

 Oui ! C’est exprès. En principe, tout ceci, mis ensemble, devrait permettre de faire un appel d’offres normal pour inviter les soumissionnaires à présenter des offres pour qu’on puisse avoir le mieux-disant, mais on a saucissonné le marché global pour avoir juste en dessous des 60.000.000 Fcfa prévus pour éviter de se soumettre à la procédure. Erreur grave ! On a acheté, au cours de l’année, des pneus pour véhicules pour plus de 100 millions de francs. On a acheté des batteries de voiture pour plus de100 millions de francs alors que le projet est prévu pour l’eau potable des populations. Voilà la situation ! Il y a des ordinateurs qui sont achetés pour plus de 50 millions de Fcfa. Ensuite, tout est affaire de programme et de programmation. Il y a bel et bien des forages qui ont été faits, mais sans programmation. On a détourné la construction de forage d’eau d’une localité à une autre alors que ces localités ne sont pas prévues. Bref, ce qui s’est passé nous a rendus tristes au Fonac. Nous estimons que notre pays mérite mieux. Nous estimons que les dirigeants de ce pays auraient pu prendre les dispositions nécessaires pour que les choses se passent autrement.

 Avez-vous saisi le Chef de l’Etat dans le temps par rapport aux irrégularités que vous avez constatées, puisqu’il dit qu’il n’est pas au courant de cette affaire ?

 Le plus souvent, nous avons l’habitude d’entendre le Président de la République dire « je ne suis pas au courant ». S’il n’est pas au courant, c’est grave parce que, dans le dossier de Ppea II, je viens de vous dire qu’il y a des dysfonctionnements au niveau de la Soneb. Nous avons écrit au Directeur général de la Soneb. Nous avons écrit au Président du conseil d’administration de la Soneb. Nous avons saisi le ministre de l’Eau à l’époque, Mr Kassa. Tous les trois nous ont reçus. Mais, la reddition des comptes, le compte rendu à l’autorité, c’est où ? Si le ministre nous a reçus et que nous avons parlé de cela avec lui, il a l’obligation de rendre compte à son supérieur hiérarchique. Son supérieur hiérarchique, à ce jour, c’est le chef de l’Etat, chef du gouvernement. Qu’il dise qu’il n’est pas au courant, cela devient une affaire de responsabilité. A chaque fois qu’il y a un problème, le Président de la République dit : « je ne suis pas au courant ». Mais qui a nommé les ministres ? C’est lui ! Si vous nommez quelqu’un, c’est que vous lui faites confiance. Si on vous fait confiance et que vous ne pouvez pas rendre compte, au fur et à mesure, de ce que vous faites pour des dysfonctionnements qu’il y a au niveau de la structure qu’on a confiée, il y a problème. L’une des raisons pour lesquelles nous constatons tout ce que nous constatons, c’est d’abord la responsabilité de ceux qu’on nomme. Est-ce que ceux qu’on nomme remplissent les conditions pour occuper les postes ? Nous avons, dans le pays, des textes qui disent les conditions à remplir pour être directeur de cabinet, directeur adjoint de cabinet, secrétaire général de ministère etc. Le Fonac a fait un travail monstre au niveau de tous les ministères. Au niveau des ministères, vous avez seulement 60% des cadres qui remplissent les conditions. Et là, je suis gentil, sinon je dirai qu’il y a moins de 50% qui remplissent les conditions. Il y a d’autres qui ne remplissent pas les conditions et qu’on a nommés. C’est pourquoi vous voyez les messes de remerciement parce que la personne sait qu’elle n’a pas rempli les conditions et qu’on l’a nommée. Ces personnes savent qu’on les a nommées pour un temps court et qu’il va falloir qu’elles se bourrent les poches. Voilà les raisons pour lesquelles nous constatons toutes ces déviances malheureusement.

 Dans le Conseil des ministres, on a précisé les départements d’origine et les liens de parenté des personnes concernées. Est-ce qu’on était tenu ?

 C’est un détail grave ! Depuis vendredi, nos frères et sœurs du Couffo se révoltent. On a stigmatisé le Couffo à travers un opérateur économique et qui, je le rappelle, n’a pas été écouté par la justice et, de ce point de vue, est présumé innocent. Depuis vendredi et samedi, il y a les ressortissants du Couffo qui sont mal à l’aise. Au Fonac, nous demandons qu’on traite le dossier de façon équitable. On aurait pu dire que ce Monsieur est le Directeur général de telle société, tout comme on a dit Directeur de cabinet et autres sans appeler son nom. Ou alors, on appelle son nom et on appelle le nom de tous les autres de façon équitable. Ou alors, si on cite son département, on appelle le département des autres aussi. Puisque, dans le même communiqué, on a cité les autres avec leurs postes, acceptez maintenant qu’on donne les noms et départements des autres pour rétablir l’équilibre.

 Pouvez-vous le faire ?

 Absolument ! Numéro 1. Dans ce dossier, on a cité l’ex ministre chargé de l’Eau, Barthélémy Kassa. Il est de l’Atacora. Je souhaite que vous notiez pour qu’on réalise l’équilibre. Dans ce dossier, on a cité le Directeur de cabinet. Il s’appelle Christophe Kaki. Il est de l’Atacora. Dans ce dossier, on a cité le Directeur de la programmation et de la prospective (Dpp). Il s’appelle Kombiéni Emmanuel. Il est de l’Atacora. Dans ce dossier, on a cité le Coordonnateur et qui plus est, Directeur général adjoint de l’eau. Il s’appelle Yokssi Yèdé Victor. Il est de l’Atacora. Dans ce dossier, on a cité le Directeur des affaires financières. Monsieur Touré. Il est de la Donga. Dans ce dossier, on a cité le Dg Eau, Nouhoum Dine Sourajou. Il est du Borgou. Dans ce dossier, on a cité la Drfm. C’est une femme. Elle s’appelle Madame Mama Abdou A. Elle est du Borgou. Dans ce dossier, on a cité le délégué du contrôle financier auprès du ministre chargé de l’Eau. Il s’appelle Mouhamadou Issa Imorou. Il est du Borgou. Dans ce dossier, on a cité le Chef comptable, Simpliste Agondja. Il est de l’Atlantique. Dans ce dossier, on a cité le Chef du service matériel et logistique. Crécel Primael. Il est de l’Atlantique. Voilà dix noms dont on a donné seulement le titre dans le communiqué et dont on n’a pas donné le nom et, non plus, leur origine départementale. Je voudrais prier les uns et les autres de comprendre que tous ceux dont on a cité les noms dans ce communiqué du Conseil des ministres que l’auditeur général a repris, tous ceux-là sont présumés innocents jusqu’au moment où la justice va prendre une décision en ce qui les concerne. De ce point de vue, je voudrais rappeler qu’il n’y a pas que le Couffo qui soit concerné dans le dossier.

 Que pensez-vous des mesures administratives annoncées par le gouvernement à l’endroit des personnes citées ?

 Il faut qu’on fasse attention. Dans le communiqué du Conseil des ministres, il y a une phrase célèbre que j’ai retenue. « Cependant, le Ministre est invité à se soumettre aux procédures constitutionnelles visant à la manifestation de la vérité en raison de sa qualité de ministre au moment des faits. En l’occurrence, la Haute cour de justice, structure habilitée à écouter les personnalités de son rang, puisqu’il continue de nier les faits qui lui sont reprochés par le cabinet qui serait en possession d’informations échangées entre lui et ses agents incriminés ». Il n’est pas dit qu’un individu se lève pour aller se présenter devant la Haute cour de justice. Il y a une procédure. Je souhaite que les conseillers techniques, juridiques et autres cadres qui sont à la Présidence et dans les ministères puissent donner la ligne à suivre, la procédure à engager. Le Ministre ne peut pas se lever de son propre chef et se présenter à la Haute cour de justice. Il y a une procédure et, cette procédure doit être engagée. De même, les autres mesures qui sont annoncées à savoir la radiation de certains, il y a des procédures à respecter. La radiation d’un fonctionnaire répond aux procédures. Il faut d’abord mettre en place un Conseil de discipline. Il faut que la composition du Conseil de discipline réponde à ce que les textes de la République disent. Il faut que l’intéressé soit invité, qu’il soit écouté, qu’il soit assisté éventuellement d’un avocat ou d’un autre membre de sa corporation. Bref, il faut respecter cette procédure pour qu’enfin, il ne faut pas que d’autres avocats se lèvent pour dire que la procédure n’est pas respectée.

 Cela peut prendre plusieurs mois ?

 Malheureusement, oui ! Mais, on peut aussi accélérer pour que cela aille vite et que les choses se passent dans de bonnes conditions. Mais, si on ne suit pas la procédure et qu’on veut aller très vite, on risque de faire très mal le travail et on ira même plus au fond de ce dossier quand les avocats vont soulever la procédure qui a été galvaudée. Ils diront « mon client est innocent. Il faut le laisser ». Or, si on allait au fond du sujet, le dossier permettra de savoir si oui ou non il est fautif, il est coupable ou pas et, la sanction sera donnée. Je voudrais rappeler que dans le communiqué du Conseil des ministres et dans les documents qui sont envoyés, il est écrit Monsieur Codo et Rémy. Or, les dossiers officiels de ce monsieur font croire que c’est Kodo et Rémi. Si on ne fait pas attention et qu’on laisse passer la faute, on dira qu’il y a erreur sur la personne. Cela va commencer à faire d’autres problèmes. Il dira : « voici mes papiers officiels. Je les ai et je vais vous le montrer. C’est Codo Rémy. Donc, si on ne fait pas attention, on va passer à côté.

 Ne craignez-vous pas qu’on va tourner en rond ? Il y a beaucoup de dossiers qui n’ont pas abouti.

 Si ce dossier n’était pas une exigence des Pays-Bas, je ne suis pas sûr que cela connaisse le dénouement que nous sommes en train de voir aujourd’hui. N’oubliez pas que dans ce dossier on a parlé de 2.6 milliards concernant les Pays-Bas. Mais dans le rapport, on s’est rendu compte qu’il y a plus de 5 milliards qui viennent d’autres sources qui sont concernés par le sujet et dont on a jamais parlé. Le tout fait plus de 8 milliards. Autrement dit, si c’est sur le budget national que les choses se sont passées, je ne suis pas certains que nous aurons les résultats que nous sommes en train de commenter aujourd’hui. Cela veut dire qu’il faudrait louer la pression qui est venue de quelque part pour obliger l’État béninois à aller dans ce sens. Je voudrais profiter pour demander aux responsables à divers niveaux de sortir d’autres dossiers puisqu’il y en a encore. N’oubliez pas que le 18 juin 2015, le Président de la République, en conseil des ministres, a dissout l’Inspection générale d’Etat. L’Inspection générale d’Etat a fait des rapports, des dossiers sur des entreprises qui ont eu à commettre, malheureusement, des malversations qui sont de l’ordre de ce que nous disons ici, mais qui n’ont jamais été révélés. Souvenez-vous ! Le Président de la République, lui-même, a ouvert sa bouche, devant caméra pour dire : « Si je dois appliquer les résultats des audits, tous les directeur généraux des entreprises publiques et semi-publiques, iront en prison ». Il faut profiter de la situation pour sortir les dossiers en attente. Sinon, il y aura deux poids deux mesures. Certains de ceux qui sont concernés par ce sujet vont dire que d’autres ont fait pire qu’eux et on ne leur a rien dit. Ce serait de l’injustice. Il faut sortir les autres dossiers aussi pour permettre à tout le monde d’être sur un même pied d’égalité pour que le peuple béninois sache que la justice est sur les rails et qu’il n’y a pas deux poids deux mesures. Les Pays-Bas attendent la suite. Je demande à ceux qui sont proches du Pouvoir de conseiller le Président à sortir les autres dossiers pour qu’on ne le traite pas de deux poids deux mesures.

 Transcription : Hospice Alladayè