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PLACCA-JB
Jean-Baptiste Placca s’inquiète pour le Bénin

La candidature de Lionel Zinsou est au centre de la campagne pour la présidentielle de février. Au centre de tout y compris les pires controverses. Jean-Baptiste Placca dans une interview à Radio France internationale a qualifié les alliances faites en faveur du Premier ministre. « Il recueille des ralliements aussi surprenants et mystérieux que ceux d’Adrien Houngbédji ou de Léhady Soglo », a-t-il laissé entendre.

Rfi : Pourquoi tant de haine ?
Jean-Baptiste Placca : Parce que  Lionel Zinsou semble être à tort ou à raison le grand favori de cette présidentielle, mais cela pourrait ne pas être bon ni pour lui ni pour le Bénin. Il recueille des ralliements aussi surprenants et mystérieux que ceux d’Adrien Houngbédji ou de Léhady Soglo. Que leur a-t-on promis ? De quoi les a-t-on menacés ? Comment expliquer que tous ces adversaires résolus du président Yayi Boni se rallient subitement à la candidature de ce Béninois de la diaspora ramené et imposé de fraîche date par le même Thomas Yayi Boni ? En écoutant les réponses que l’intéressé lui-même fait invariablement aux coups violents que lui portent certains ténors de la vie politique nationale, on a l’impression qu’il est persuadé qu’une partie de la classe politique lui voue, sans raison, une haine viscérale.
N’est-ce pas la réalité après tout ?
Peut-être ! Mais le sujet d’élite qu’il est devrait comprendre aisément la gêne évidente que suscite le mécanisme par lequel il se retrouve, du jour au lendemain, 1er ministre puis tout aussi subitement en position de prendre presque trop facilement la magistrature suprême dans un pays que beaucoup lui reprochent de n’avoir fréquenté qu’en tant que vacancier.
Dans ce cas, s’il était élu, il lui faudra 5 années, sinon 10 pour connaître ses compatriotes de là-bas ?
En dehors de cette impression de vouloir faire une prise facile, on ne comprend pas le besoin pour un homme comme lui de vouloir à tout prix diriger ce pays et gouverner ce peuple. Et puis, c’est un bien mauvais service rendu à la démocratie que de donner ce sentiment de manipulation savamment orchestrée, l’on peut en un rien de temps s’emparer du pouvoir dans une jeune nation, dans une démocratie qui se cherche. C’est inquiétant pour la démocratie, inquiétant pour l’Afrique.
A ce point ?
C’est ce qui explique la virulence des propos de Nicéphore Dieudonné Soglo. Ce qu’il refuse, c’est ce qu’il qualifie de tourbillon où l’argent et les intérêts personnels semblent tout emporter dans leurs flots, y compris les fondements éthiques de la société.
Pourtant, Lionel Zinsou garde un atout pour son pays non ?
Absolument ! Ce qui pose problème, c’est la façon dont on semble lui avoir balisé le chemin. Nicéphore Soglo dénonce un usage illégal des institutions, des moyens et biens de l’Etat au bénéfice d’un candidat pseudo officiel oubliant les ralliements résignés ou opportunistes pour ne regarder l’étanchéité du tableau. Dans le contexte français, Lionel Zinsou plonge après tout les racines de ce que lui-même a de plus convaincants à faire valoir que l’on qualifierait, tant qu’il est sur le point de réussir au Bénin, un opéra ou un parachutage scandaleux.
Vaudra-t-il mieux pour lui d’abandonner la partie ?
Trop tard ! A présent, il doit y aller. Mais s’il y va et qu’il perd ce sera pour lui une leçon de modestie.
S’il gagne ?
Alors, l’histoire l’attendra au bout de l’aventure pour apprécier si être premier de la classe au pays des Blancs a un quelconque sens au regard de ce qui semble être le défi des pays africains. Et l’on attendra la fin du premier mandat pour apprécier ce que ses immenses connaissances valent au pied du sous-développement qui est tout de même la réalité du Bénin. Et si sa présidence n’est pas couronnée de succès et de bien-être pour le peuple, alors il sera entendu une fois pour toute que les prestations d’éloquence et d’érudition  n’ont rien  à voir avec la conduite d’une nation dépourvue de tout et qui rêve d’un miracle. Si après son premier mandat et peut être en plus son second le Bénin devient une terre de prospérité et un Etat de droit, alors ce pays sera une nouvelle fois distingué comme un laboratoire des expériences qui méritent d’être osées.
Transcription Nelson Avadémey