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Football-féminin-BéninAntoinette-MoreiraSon combat, faire développer le football féminin au Bénin et en Afrique. Elle s’y emploie à travers son association pour le développement du sport et des arts au Bénin. Avec à la clé un tournoi de foot féminin dénommé ‘’trophée Milôkpéhou’’. A l’occasion de la journée internationale de la femme, nous sommes allés à la rencontre de Sikira Antoinette Moreira, footballeuse évoluant aujourd’hui dans un club français de 3e division. Elle nous raconte son parcours et des actions qu’elle pose pour sortir le football féminin au Bénin de sa torpeur.

Le Matinal : Sikira Antoinette Moreira bonjour !

Sikira Antoinette Moreira : Bonjour monsieur  

Présentez-vous davantage à nos lecteurs !

Moi on m’appelle Antoinette Moreira, je suis béninoise et je suis présidente de l’association pour le développement du sport et des arts au Bénin qui a son siège au quartier Abocomey, arrondissement d’Akpro-Missérété à Porto-Novo.

Pourquoi cette association ?

J’aime le sport et j’aime l’art. J’adore l’art parce que le sport et l’art, les deux vont de pair. Donc c’est pour cela que j’ai choisi dénommer « Association pour le développement du sport et des arts au Bénin ». C’est pour promouvoir les jeunes talents à travers les événements sportifs, les inaugurations de tournois, des événements sportifs et autres ; les faire ressortir de leur ombre, les valoriser à travers les événements sportifs.

Vous vous êtes certainement fixés des objectifs bien précis !

L’association a pour but de valoriser le développement et l’épanouissement de l’Afrique à travers la valorisation de sa culture, les technologies de l’information et de la communication, la protection de l’environnement. Aussi elle vise à réaliser des œuvres sociales et humanitaires en Afrique et dans le monde. Donc c’est une association qui est internationale. C’est basé au Bénin mais j’ai des représentations un peu partout dans le monde. Elle a pour objectif de valoriser le patrimoine culturel, artistique, touristique béninois. Promouvoir, former, encadrer les sportifs à tous les niveaux. Conseiller et orienter le secteur du sport pour la réussite de la carrière des sportifs et leur reconversion plus tard parce qu’après le sport il y a une autre vie. Donc il faut y penser. Pourquoi aujourd’hui on exige que les joueurs doivent avoir le niveau Bac, doivent avoir un métier à côté du sport ? Parce que la carrière du sportif ne dure pas. Ça peut se résumer en 1 ou 2 saisons. Ça dépend. Parce que les blessures dans le sport c’est fréquent et c’est ça qui détermine la suite de la carrière du sportif. Aujourd’hui obligatoirement avant de rentrer dans un centre de sport il faut au moins 14 ou 15 de moyenne. Le sport aujourd’hui ce n’est plus seulement se lever et dire je sais jouer au foot. Il faut l’intelligence, il faut tout. C’est complet. Le football ou tout autre sport c’est intellectuel.

Il y a donc un volet sport auquel vous vous intéressez dans vos activités notamment le football féminin, pourquoi cette option ?

Promouvoir le volontariat sportif parce que ce qui manque en Afrique et au Bénin et qui fait qu’on n’arrive pas vraiment à avancer, à se projeter sur la longue, c’est qu’il manque de volontaires. Ce qui se passe dans les autres pays, moi je connais et je vois durant mes formations en occident, c’est beaucoup plus primer sur le volontariat. Car sans un volontariat on ne peut pas vraiment développer un pays. On ne peut pas vraiment avancer. Donc promouvoir le volontariat sportif est très important. C’est impératif pour un pays. Donc faudrait qu’on y réfléchisse et qu’on essaie de travailler réellement à ce niveau. Nos objectifs précis pour en citer une parmi tant d’autres, c’est le développement du football féminin parce que depuis 2013 où le football moderne a démarré, la promotion du football a aussi commencé dans le monde et surtout en Europe ; je vois qu’en Afrique on a encore du boulot à ce niveau. On a vraiment de sérieux problèmes et faudrait qu’on y travaille. C’est pour cela on a démarré nos activités par la promotion du football féminin.

Vous-même êtes footballeuse, comment avez-vous commencé la pratique de ce sport ?

Oui effectivement j’ai été footballeuse au Bénin. J’ai joué pendant des années et j’ai commencé vraiment très tôt et j’ai arrêté aussi tôt parce que j’étais un peu déçue du manque d’organisation, de compétitions et j’ai arrêté en club mais je jouais toujours pour le plaisir. J’ai toujours joué pour le plaisir. J’ai commencé très tôt dans le quartier de Gbégamey. J’ai joué longtemps dans la fosse derrière les rues avec les garçons. On me collait tellement d’étiquettes que vraiment je ne savais pas si j’allais continuer ou pas la passion. Quand on parle de passion, ça te suit.

A part  ce début très jeune, vous avez aussi eu une carrière professionnelle je dirai !

Je ne dirai pas que j’ai eu une carrière professionnelle puisque j’avais un objectif avant de quitter le Bénin : passer les modules d’entraîneur de football, parce que j’avais envie de progresser, de connaître et savoir comment ça se passe. J’avoue que ce n’est pas du tout évident. C’est des modules un peu complexes. Donc j’ai eu des propositions par des clubs. Par exemple, Lorient, le coach, je le connais. Lui voulait des joueuses et moi je ne voulais pas jouer. Je ne voulais plus de compétitions, donc je n’ai pas été à sa convocation. J’ai joué juste pour le plaisir avec mes joueuses et dans mes formations.

Quels ont été vos souvenirs les plus beaux entant que joueuse ?

Mes beaux souvenirs dans le foot c’est au Bénin parce que j’ai évolué dans un groupe où j’étais la plus jeune et la benjamine. C’est les sorties, les compétitions à l’intérieur du pays, à Savalou où il y a les petits camps dans les quartiers où j’étais parmi mes grandes sœurs. Elles jouaient et partageaient beaucoup de choses avec moi. J’étais vraiment chouchoutée. De beaux souvenirs surtout avec les ‘’Flèches Noires’’ de Cotonou. C’était très intéressant. Dans les années 94 jusqu’en 2000, c’était de meilleures périodes de football. On était plusieurs fois championne du Bénin.

Quand est-ce que vous avez lâché les crampons ?

Je n’ai pas lâché les crampons, je joue toujours. Juste que cette saison j’étais en manque, je joue en clubs à l’AS Mozac 63 en 3e  division en Auvergne Clermont-Ferranden. Ce sont de beaux souvenirs qui reviennent. Surtout quand je pense à cette période à Cotonou. C’est que du bonheur. Surtout le football féminin, c’est un truc qu’on doit vraiment développer au Bénin et en Afrique. On a des talents, on a de vraies joueuses au Bénin. J’en connais et je sais de quoi je parle.

Quel a été votre secret pour arriver à avoir ce parcours intéressant ?

Je ne dirai pas qu’il y a de secret. Le secret c’est la passion. La passion qui a pris le dessus, malgré les embuches. Il m’est arrivé à des moments où je dis j’abandonne. Même quand je m’énerve je me fâche, il y a quelque chose qui ne va pas en moi. Je ne suis pas bien quand je suis loin du ballon, loin du terrain, tout ça, je tombe malade. Plusieurs fois j’ai dit, je ne ferai rien du tout, j’abandonne tout. Je n’étais pas heureuse. Malgré tout ce que j’ai eu comme déception, tout ce qu’il y a eu autour, je suis toujours dedans. C’est la passion qui a dominé. C’est rien. Il n’y a pas de secret. Aucun secret, je me sens mieux, je respire mieux quand je suis sur le terrain.

Aujourd’hui vous êtes promotrice d’un tournoi qui réunit les équipes féminines, parlez-nous de ce tournoi !

Cette envie de promouvoir le football féminin au Bénin part des expériences personnelles que j’ai eu au Bénin, le manque de compétitions, l’envie de jouer, d’affronter d’autres personnes, mes copines, mes collègues et à voir tout ce que je vois ici dans le développement du football, je me dis cette année et l’année prochaine il y aura des coupes. Cette année, il y aura une coupe Usa qui aura lieu en août et l’année prochaine, l’équipe A féminine jouera aussi la coupe du monde. Il y a deux coupes du monde féminine qui vont se dérouler et vont se passer en France et dans toute l’Europe. Il y a plusieurs compétitions, il y a le championnat pour la promotion. Il y a un engouement. Quand je pense à mon Afrique, quand je pense au Bénin, je vois qu’il n’y a rien. Même pas une page Facebook. Les équipes africaines n’ont même pas une page Facebook pour promouvoir les talents, pour mettre en lumière ce qu’elles font. Certes, on a des problèmes, on est en manque, mais avec un peu de volonté on peut y arriver. On peut regarder ce qui se passe ailleurs. On ne demande pas de faire comme eux. Mais avec nos moyens du bord on peut faire beaucoup de chose.

Quelle sera la finalité de ce tournoi ?

Le ‘’Trophée Milôkpéhou’’ que j’ai organisé par mon association valorise la langue fon parce que nous avons une langue très intéressante qu’on doit mondialiser. ‘’Milôkpéhou’’, parce que nous aussi nous le pouvons, nous avons les compétences, nous avons tout. Et c’est un tournoi complet qui sera bientôt ouvert sur les autres continents, à venir partager le moment de fête du cuir rond féminin au Bénin. Le trophée n’est pas seulement destiné au Bénin. Comme je le disais l’association pour le développement du sport et des arts est une association internationale qui concerne tout le monde, pas que le Bénin. Donc à travers ce tournoi interne que nous organisons, nous nous ouvrons à d’autres continents pour venir vers nous et voir ce qu’on est en train de faire, montrer nos talents.

Quels sont vos futurs projets dans le domaine du sport ?

Notre futur projet qui n’est pas loin c’est de s’ouvrir sur les autres continents. C’est de partager cette fête, cet amour du cuir rond et s’affronter avec d’autres amateurs, professionnels du football féminin au Bénin. Donc c’est le projet phare, le projet futur qu’on veut réellement concrétiser au Bénin et cela donnera encore une nette visibilité au public béninois. Il donnera aussi beaucoup d’autres choses sur la visibilité, sur le Bénin. Parce que moi quand on me demande où se trouve le Bénin ? Je dois tout le temps dire, le Bénin se trouve entre le Togo et le Nigeria. On ne sait pas ! Ça fait mal au cœur. On ne connaît pas le Bénin. Tu viens d’où ? Je viens du Bénin. Bénin, c’est un pays ? C’est un continent ? Ça fait mal au cœur. Donc pour qu’un pays se fasse connaître, il faut développer les patrimoines culturels. Il faut valoriser le sport, valoriser le tourisme. Et c’est à travers ces événements qu’on pourra connaître notre pays et à travers le sport. Le sport combine tout, l’art, le tourisme. Donc pourquoi ne pas organiser des événements sportifs au Bénin ? A commencer par l’Interne, parce que j’ai confiance aux joueuses. Je sais qu’on a des équipes mais qui manquent de compétitions. Donc avant de s’ouvrir il faut faire un travail à la maison. C’est ce qu’on a démarré en février où on a commencé par un tournoi sur un terrain réduit. Vous savez qu’aujourd’hui que les entraînements de football moderne, il faut faire les jeux réduits. C’est un travail complet qui permet de bouger, d’avoir des précisions au niveau des passes. Ça englobe tout. Quelqu’un qui maîtrise un jeu réduit peut facilement bouger sur un grand terrain, les coups d’œil, les réflexes et tout ça, ça se travaille sur un jeu réduit. Ce n’est pas pour rien on a initié ce trophée.

A part ce tournoi dédié aux femmes, vous avez aussi organisé d’autres activités sportives ces derniers mois !

J’ai organisé dans le passé pas mal d’événements avec les ambassades, institutions et organisations internationales au Bénin. Avant j’organisais des trucs mais entre copines, entre anciennes joueuses. On le faisait à Sainte Rita. Et puis j’ai été dans le staff avant de quitter le Bénin, le staff d’encadrement au lycée français Montaigne dans l’association sportive et culturelle. Et j’ai fait partie aussi du staff au club des nations. J’ai eu quand même un parcours au Bénin avant de quitter. Le ‘’trophée Milôkpéhou’’ est un événement sportif à caractère social pour promouvoir le développement, redonner espoir et créer des creusets de rencontre et d’échange pour les clubs et les footballeuses. Faire comprendre à la femme africaine qu’elle est capable. Au travers du foot de s’épanouir, de s’assumer et d’être autonome. De se prendre en charge. La 2e édition du ‘’trophée Milôkpéhou’’ aura lieu le 07 Avril prochain de 10 heures à 17 heures 30 au centre sportif Sowéto a Dédokpo en descendant du pont de Dantokpa au 4e arrondissement en allant vers l’église catholique Sacré Cœur. Venez nombreux soutenir les femmes, vos sœurs, vos grandes sœurs, vos petites sœurs. C’est un tournoi périodique qui aura lieu toutes les vacances à Cotonou pour l’épanouissement de nos joueuses, de nos sœurs.

Un mot à l’endroit des femmes à l’occasion de la journée internationale qui leur est dédiée, notamment les femmes sportives !

Mon dernier mot à l’endroit des femmes ! Qu’est-ce que je peux dire? Femmes, assumons nous et prenons nous au sérieux. Aimons-nous vraiment parce que si on s’entendait réellement, à voir notre pourcentage qu’on a sur les hommes ; au moins si on s’aimait un peu on pourrait facilement réussir tout. Car il y a un manque d’amour entre nous femmes. Aimons nous, respectons nous et éloignons la jalousie de nous.

Sikira Antoinette Moreira merci beaucoup !

Je vous remercie.

Propos recueillis par : Derrick CAKPO