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Koffi Attédé Directeur des arts et du livreNommé en Conseil des ministres le 11 avril 2018, Koffi Attédé, Directeur des arts et du livre au ministère du Tourisme, de la culture et des sports use de toutes ses expériences pour redynamiser le secteur du livre au Bénin. Dans une interview accordée à notre rédaction, il nous parle des retombées issues de la participation du Bénin au dernier « Salon du livre de Paris » et des rendez-vous littéraires de 2019. 

Le Matinal : Le Bénin vient de participer au « Salon du livre de Paris ». Que peut-on retenir concrètement ?

 Koffi Attédé : C’est la troisième fois consécutive que le Bénin honore cet engagement en participant au « Salon du livre de Paris ». Le plus important est que c’est la première fois que le Bénin prend un stand  au Salon du livre de Paris  qui est un rendez-vous important pour l’industrie francophone du livre. On  peut également souligner la forte délégation qui a participé à cette activité. Elle était constituée des auteurs-écrivains, des auteurs et des porteurs d’initiatives littéraires. Au cours de ce salon, il y a eu un véritable réseautage. Les éditeurs béninois ont eu l’occasion d’échanger avec leurs homologues pour revenir sur les bonnes pratiques en matière d’édition des livres. Les porteurs de projet ont également discuté avec les partenaires sur certains projets, notamment le projet Bénin livres qui est une grande biennale du livre panafricain et le festival Bénin polar qui sera à sa première édition en octobre 2019. Je veux aussi mettre en avant les différentes rencontres professionnelles relatives à l’état des lieux du livre dans l’espace francophone. Ce qu’il faut retenir enfin est l’organisation à l’Ambassade du Bénin à Paris, d’une rencontre avec la diaspora en présence des ambassadeurs du Bénin en France, près l’Oif et près l’Unesco  et d’une équipe du rectorat de l’Uac. Au cours de cette rencontre, nous avons décliné l’agenda littéraire du Bénin de l’année 2019, les ambitions du Bénin pour les livres à travers le ministère de la Culture. Nous avons essayé de parler de tout ce qu’il y a comme rendez-vous littéraires. Nous avons aussi annoncé la volonté du Bénin d’abriter à Cotonou, le programme « Capital mondial du livre ». C’est généralement ce qui s’est passé au cours de notre séjour à Paris.

 Ce salon a permis d’établir un brassage culturel entre les acteurs de la chaîne du livre béninois et ceux d’autres pays. Avez-vous capitalisé des expériences pour permettre au Bénin de révéler ses livres ?

Absolument. Je peux vous citer l’inscription du Bénin à certaines plateformes qui permettent de promouvoir les livres francophones dans l’espace numérique. Le Bénin a été longtemps absent sur ces outils. Ils permettent de propulser le contenu éditorial d’un pays et de le rendre présent dans d’autres pays. Il faut donc être présent sur ces plateformes. Grace à notre présence à Paris, nous avons pu finaliser les partenariats en cours. L’autre exemple concerne les porteurs de projets littéraires. En allant sur des stands, ils ont rencontré des investisseurs. Ils ont échangé sur les perspectives de financement des projets. Nous avons fait connaissance avec des auteurs écrivains béninois vivant aux Antilles qui ont manifesté leur volonté de participer aux évènements littéraires au Bénin.

 Peut-on d’emblée dire que le Bénin renforce sa visibilité en participant à ces évènements ?

Vous savez, nous avons besoin de montrer nos chantiers. Par ailleurs, nous avons  des talents que nous devons promouvoir.  Il faut que nos écrivains aillent au contact des autres afin de voir comment les choses se font ailleurs.  C’est le cas des éditeurs aussi. C’est en se comparant aux meilleurs qu’on peut progresser. Je peux vous assurer que ceux qui ont participé au Salon du livre ont pris connaissance du niveau actuel du livre ailleurs par rapport à celui du Bénin. Ils ont désormais conscience du travail qui leur reste à faire pour remonter la pente.

Depuis votre nomination à la tête de la Direction des arts et du livre, les lignes semblent bouger. Parlez-nous des réformes mises en place pour propulser le secteur du livre au Bénin.

L’une de nos priorités actuelles est la lecture publique. Vous savez, le livre béninois n’est pas suffisamment lu par les Béninois. Pour pallier ce fait, il nous faut promouvoir la lecture publique. Ce qui nous aidait à résoudre un tant soit peu le problème était le programme de centre de lecture et d’animation culturelle. Dès ma prise de service, j’ai repris en main ce programme et je l’ai redynamisé. Je voudrais profiter de l’occasion pour rassurer les maires et élus locaux qui bénéficient du programme dans leurs communautés qu’un nouveau jour se lève. L’autre enjeu est le programme de lecture publique mis en œuvre par le gouvernement. Il passe par la mise en place et l’équipement des bibliothèques départementales. Nous installerons dans tous les douze départements, des bibliothèques dignes du nom. Secundo, nous avons les meilleurs écrivains de l’Afrique francophone, mais ils ne s’en rendent pas compte.  Nous avons tout ce qu’il faut, mais il nous manque un chainon pour la livraison et la distribution des livres qui est compensé par le modeste réseau que nous avons. Il nous reste à réorganiser le secteur et à le faire fonctionner.

 A quoi doit-on s’attendre dans les prochaines semaines pour donner une nouvelle dynamique à l’industrie du livre au Bénin ?

Le secteur du livre sera très mouvementé en 2019. L’agenda littéraire est très chargé. En mai, nous organisons le Salon national du livre qui sera également l’occasion de lancer le Grand prix littéraire du Bénin. En novembre, nous avons la Foire internationale du livre de Cotonou. Entre-temps, le Bénin accueillera le programme Capitale mondiale du livre si nous gagnons l’organisation. Nous avons aussi une démarche de structuration sectorielle qui est en cours sans oublier les programmes de lecture. Beaucoup de projets sont en cours qui permettront d’avoir un secteur visible, structuré qui constitue un socle de développement.

 A l’initiative du chef de l’Etat et du ministre de la Culture, plusieurs prix sont actuellement décernés aux acteurs de la chaîne du livre. Parlez-nous-en.

Je vais davantage m’accentuer sur le Grand prix littéraire du Bénin qui est un projet du ministre Oswald Homéky. Ce prix est destiné à reconnaître les mérites des acteurs du livre, notamment les écrivains dans cinq genres littéraires. Il s’agit du conte, du théâtre, de la nouvelle, du roman et de la poésie. L’idée finale est de montrer la volonté du gouvernement de valoriser les compétences qui existent dans ce secteur.

 Des projets sont mis en place par les acteurs privés. Peut-on dire que le ministère à travers votre direction aide à la réalisation de ces initiatives ?

Oui. Pleins de projets du privé ont bénéficié de l’appui du gouvernement en 2018. Mais, nous ne pouvons pas tout soutenir. Tout ce qui nous est soumis n’est pas cohérent à notre vision vis-à-vis du développement de l’industrie du livre au Bénin. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons des lignes de financement dédiées à l’appui des projets privés.

 Quelles sont les distinctions obtenues par le Bénin dans le secteur du livre depuis votre nomination ?

Très récemment, les « Editions Ruisseaux d’Afrique » ont été élus meilleur éditeur d’Afrique par le réseau Afrilivres. Actuellement, Carmen Toundounou est nominé pour le prix Amadou Kourouma 2019. Dans un passé très récent, Giovanni Houansou qui a reçu le prix Rfi théâtre.

 Qu’est-ce qui vous a permis d’atteindre ces résultats?

Le premier facteur est que je suis du secteur. Cela a un avantage. Ça m’a permis de connaître les acteurs. Le deuxième facteur est une question de leadership personnel. J’aime écouter les gens afin de prendre les bonnes décisions.

 Comment arrivez-vous à assurer cumulativement vos fonctions de chef de maison d’édition et du Directeur des arts et du livre ?

Depuis ma nomination, j’ai délégué ma fonction à un collaborateur qui gère la maison d’édition. Mais j’ai toujours un œil sur ce qui se fait là-bas.

 Votre mot de fin

Je voudrais nous souhaiter une belle année littéraire. Je ne saurais finir sans lancer un appel à la mobilisation et à l’engagement aux acteurs de la chaîne du livre afin de nous structurer pour révéler le livre au Bénin.

 Propos recueillis par Mohamed Yasser Amoussa

(Coll)