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poterieAglali, est le quartier général  de la  fabrication des ustensiles en poterie dans la commune d’Agbangnizou. Ici, ilssont pour la plupart  fabriqués par les femmes. Ces ustensiles de fabrication artisanale utilisaient autrefois dans les cuisines. Bien que cette industrie qui se raréfie, elle résiste tout de même au temps avec des techniques et méthodes toujours archaïques.

Dans la maison TohanAfaly, des tas de sable argileux,  exposés aux rayons solaires à l’entrée principale de la maison, captent l’attention des étrangers et les situent sur l’activité dominante qui s’y mène. A quelques pas  non loin de là, sous un manguier, quatre femmes s’affairent autour des rondelettes de pâtes d’argiles bien alignées sur deux rangées. «Nous fabriquons des marmitesà base de poterie », affirme  Sidonie Tohan,  le corps perlé de colonnes de sueur. Ce travail artisanal, est une activité de longue haleine qui dure au moins quinze  jours. Il  requiert divers  ingrédients dont certains sont obtenus à titre gracieux et d’autres à titre onéreux.  Il s’agit du  chaume récolté sans frais dans la brousse, de l’argile, des bois de chauffage et du matériel de travail constitué de bassines en plastique ou non, des polissoirs, des morceaux de tissu, des paniers, des  passoires et de l’eau. Dame Sidonie et ses collègues achètent l’argile auprès de leurs fournisseurs qui viennent de Loukpé, de Lamè et d’Aïzoun à un prix  variant  en fonction de  la qualité liée au lieu de provenance. «Nous achetons actuellement l’argile de Loukpé à  1100 FCfa le sac de 50 kilos. Celle de Lamè à 1000f et d’Aïzoun à 1200 FCfa  », indique Martine Tohan. La combinaison des trois types d’argile n’est pas optionnelle mais obligatoire quand il s’agit de fabriquer des « Adawa » un ustensile de grand diamètre dont se servent les fabricants de gari et de beignets. « Il faut  spécifiquement associer l’argile de ces trois régions avant de prétendre fabriquer  le bon  « Adawa » », précise-t-elle. Quand il s’agit des autres objets en  poterie tels que les canaris, les foyers la  combinaison n’est pas nécessaire.   L’argile une fois disponible,  les potières enclenchent le processus de fabrication qui se décline en plusieurs étapes. La première,  consiste à pulvériser l’argile qui sera ensuite  passée  au tamis  à l’aide d’un panier pour isoler les déchets du sable fin. On ajoute à la poudre argileuse obtenue  une certaine quantité d’eau  pour en faire une bouillie filtrée par une passoire. Après,  on associe au  filtra d’argile, de la poudre  non délayée. Le tout malaxé présente l’aspect d’une pâte tendre prête à être modelée. Les femmes prélèvent  au pifomètre une certaine quantité de pâte argileuse  qu’elles façonnent à leur gré. Très ingénieuses, elles  allient compétence et délicatesse pour  donner une forme variée à l’argile. Ainsi, sans l’aide du tour, elles  fabriquent des  canaris,  des pots, des jarres d’eau, des gargoulettes. Elles produisent également des foyers, des « Adawa » et des marmites à usage multiple.  A la deuxième étape, les objets  confectionnés sont séchés par exposition au soleil. Au bout de neuf à dix heures d’horloge ils subissent les travaux de replâtrage. C’est-à-dire, les femmes avec leurs doigts   bouchent les fissures apparentes. Avec le polissoir «  Awa », elles procèdent  par la suite au polissage des poteries. A sa suite,  une autre femme se sert d’un caillou pour  polir l’intérieur des objets fabriqués. A l’aide d’un ressors,  Sidonie Tohan décore la face extérieure des ustensiles fabriqués en dessinant des motifs afin  de les rendre plus beaux. Trois jours après, ils sont une seconde fois exposés au soleil pour plus de solidité. La troisième étape, informe  Sidonie Tohan, est réservée à la cuisson des objets fabriqués

 A « Abita »

 Le lieu de cuisson appelé « Abita » en langue nationale Fon est situé un peu en retrait de leur maison. A ce niveau, les objets en poterie  sont cuits en plein air et à grand feu de bois. Cette opération vise à éviter la friabilité des objets en les consolidant davantage par la chaleur du feu. Ainsi, elles disposent délicatement les produits fabriqués autour  d’une  vieille jarre posée au centre sur le lit  de fagots de bois préalablement étalé. Le tout est recouvert de chaume auquel on met feu. Quelque temps après, on obtient le produit fini qu’elles  détachent  du brasier avec un  bâton au bout corné  et un morceau de tissu pour se prémunir d’éventuelles brûlures. Au cours de l’opération,  des objets peuvent se casser par mauvaise  manipulation. Ils  constituent des pertes pour ces femmes. En guise de peinture, les  potières préparent enfin une décoction à base de « néré » ou du sable rouge fin  et  aspergent les objets avant refroidissement complet, ceci pour renforcer la décoration.

 La rentabilité de l’activité

 Aglali est considéré comme une localité de production à grande échelle des objets de poterie à Agbangnizoun dans le département du Zou. Cette contrée est donc  la principale source d’approvisionnement des villages environnants en  poterie. C’est de là que part l’essentiel  de la production vendue au marché d’Agbagnizoun, de Houndjro à Abomey, de Bohicon, de Houègbo et d’Akodédjro à Tindji. Des détaillants viennent également d’Adja-Ouèrè, d’Adja et de Cotonou pour se ravitailler. La poterie fabriquée à Aglali est cédée en  détail  à la maison  au même prix que sur le marché. Selon les clarifications de Sidonie Tohan, le prix de cession d’un « Adawa » par exemple varie entre 1300f et 1500 FCfa en fonction de sa grandeur. Ce prix reste pratiquement inchangé même si le client veut acheter une quantité importante. A en croire ses confidences, pendant la saison pluvieuse, le produit coule mieux sur le marché car  le nombre de productrices diminue à cause des activités champêtres. Ainsi dix sacs d’argile produisent trente « Adawa » qui génèrent environ 40000 FCfa. « Mais la vente sur commande est mieux que la vente en détail », souligne-t-elle.    En dépit des contraintes liées au manque de moyens matériels et financiers pour accroître leur production, les femmes qui exercent cette activité parviennent à tirer leur épingle du jeu. « En me mettant sur les traces de ma mère,  et en suivant ses recommandations, j’ai déjà réalisé beaucoup de choses rien que par la poterie », confesse Sidonie. « Cette activité me permet de satisfaire les obligations du foyer, les besoins croissants des enfants qui, à cause des nouveaux programmes sont très exigeants sur les photocopies », ajoute  une autre dame. « Notre activité   est rentable ; mais peut tourner à perte si on enregistre assez de casses », renseigne Sidonie Tohan. Les revendeurs aussi y trouvent leur compte. « Je suis dans les  poteries depuis une dizaine d’années.  Je suis épanouie et je ne me plains pas », déclare Pascaline Sodokpa. Dans cette activité, elles rencontrent d’énormes difficultés même si elles parviennent à en vivre. Ces difficultés se résument à l’insuffisance de matériels de travail tels que la toile cirée, la bâche et autres ; de moyens financiers et à l’exigüité du marché d’écoulement. Elles sollicitent donc l’assistance des personnes de bonne volonté pour non seulement accroître leur production mais aussi gagner leur autonomie.

 Une culture à l’abandon 

 Les femmes préfèrentles  ustensiles en aluminium pour répondre à leurs besoins à la cuisine. Ce faisant, c’est une partie de leur culture qui est aliénée. « Dans ma tendre enfance, j’ai vu ma mère utilisée les ustensiles fabriqués à base d’argile à la cuisine. Moi-même,  je les ai utilisésavant de les abandonner », déclare Sidonie Tohan, la cinquantaine environ. Elle a expliqué qu’au contact des ustensiles en aluminium les habitudes ont changé de même que les mentalités. L’usage des ustensiles en poterie est synonyme de pauvreté. «Les voisines ne les utilisent plus. Donc moi aussi je ne peux plus les utiliser au risque d’être ridiculisée », renchérie-t-elle. En dehors  de cet aspect,  d’autres estiment  que la poterie est très  fragile et se casse à la moindre mauvaise manipulation. « Par maladresse, la fille d’une copine  a cassé, dans la même journée,   les trois ustensiles en poterie dont dispose sa mère lors  ses travaux domestiques », témoigne  Sidonie Tohan.

ZT