Spread the love

Le roi a fini par sortir son dernier gouvernement. Eclaboussé de plein fouet par une multitude de scandales financiers et usé par le Pouvoir, Yayi a eu toutes les difficultés pour constituer son équipe. Mais, comme à son habitude, le numéro 1 béninois y a mis quelques bribes de déchets pour distraire les Béninois. En nommant Lionel Zinsou comme premier ministre, il a offert l’opportunité de verser dans des conjectures interminables… Tout le monde parle désormais de ce brillant économiste franco-béninois qui dirige le plus important fonds d’investissement français. Peut-il réussir à dix mois de la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel du chef de l’Etat ? Est-il le dauphin de Yayi en 2016 ? Qu’a-t-il fait des résultats de la table ronde organisée à Paris ? Plusieurs préoccupations sont agitées dans l’opinion. Et le roi qui sait que le peuple est en pleine distraction suit ce débat avec un certain intérêt… Pour Lionel Zinsou, c’est difficile à comprendre. Le neveu de l’ancien président Emile Derlin Zinsou ne mérite sans doute pas ce traitement, parfois affligeant. Lui qui est resté très humble devant les médias après sa nomination : « … Je ne connais pas tout le Bénin. Qui serais-je pour dire que j’arrive pour être le dauphin. J’arrive plutôt pour écouter. J’ai beaucoup à apprendre, à écouter (…). La première chose que j’ai à faire, c’est apprendre à être utile… Je suis un enfant du Bénin issu d’une longue lignée avec mes enfants qui vivent la vie des Béninois, ce qui est connu de beaucoup de Béninois. Je reste sur tous les sujets, les intérêts des Béninois, à l’esprit comme tout mon lignage (…). On est dans un état de droit, la parole est libre, la presse est libre, elle use de cette liberté, c’est bien. Les institutions sont démocratiques et on fait partie des dix pays en Afrique qui ont cette chance. Il faut qu’on construise avec ça le plus de développement social possible. Et si la diaspora peut être impliquée, c’est une ressource supplémentaire pour le pays (…) ».

Le premier ministre doit comprendre qu’il n’en est pour rien. Ces critiques parfois virulentes après le remaniement restent collées à son chef qui, en neuf ans, a réussi l’exploit de tout détruire sur son passage. Lionel Zinsou doit savoir qu’il est le premier ministre d’un pays qui chasse ses opérateurs économiques pour dresser le tapis aux étrangers ! Il est le premier ministre d’un pays qui fait preuve d’une incurie incroyable dans la gestion des affaires publiques ! Il est le premier ministre du pays où les fonds hollandais réservés à l’assainissement et l’eau sont détournés sous les yeux des pauvres populations ! Il est le premier ministre du pays où des escrocs habillés en pasteurs ont dépouillé les populations avec la complicité des autorités publiques et politiques présentes dans le cercle du chef de l’Etat ! S’il comprend qu’il est le premier ministre d’un pays économiquement délabré et mis à mal par une gestion catastrophique et hasardeuse de son chef depuis 9 ans, il saura que la colère du peuple est légitime. Un peuple qui n’apprécie pas qu’il soit nommé pour recoller les morceaux au moment où tout est gâté…

Le cynisme du chef n’est plus à démontrer sous nos cieux. S’il a été en mesure de jeter son ami et sponsor en 2006 et 2011, Patrice Talon, à la vindicte populaire pour des affaires de tentative d’empoisonnement et de coup d’Etat cultivées sur le terreau des affabulations, ne peut-il pas enfoncer Lionel Zinsou ? Cette nomination peut être donc faite à dessein pour jeter l’homme en pâture. Au-delà, c’est tout l’attelage du gouvernement qui pose problème et contraint les populations à opiner à longueur de journée. Le roi a maintenu François Abiola au gouvernement pour en faire un vice-premier ministre ! Du jamais vu !!! Les membres du bureau de l’Assemblée nationale qui sont chargés de donner leur avis consultatif n’y ont rien compris. Il a nommé trois ministres d’Etat : Alassane Soumanou, Komi Koutché et Fulbert Géro Amoussouga. Et ce n’est pas fini. Il a été plus loin en nommant un ministre de l’Hydraulique en la personne de Cécile Gbédji Viaho alors qu’il y a un ministère de l’Eau dirigé par Spéro Mensah. A ce niveau aussi, les membres du bureau de l’Assemblée nationale sont restés sur leur faim. Le roi était vraiment décidé à nous distraire…

 Epiphane Axel Bognanho