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YAYI-BILAN
De plus en plus, Yayi Boni un général sans troupes

Tout le monde l’a constaté de visu. Yayi Boni n’a plus de troupes. Nassirou Bako Arifari, Rachidi Gbadamassi, Chabi Sika, Sofiath Shanou, Aké Natondé, Isidore Tossou, Marcel de Souza, Alexandre Hountondji. La  liste est exhaustive. L’un après l’autre, ses principaux lieutenants lui tournent dos, parce qu’ils sont tous conscients d’une réalité : Yayi est vraiment « fini ». Et dans ce contexte, parlant de la présidentielle de février 2016 pour laquelle il n’est pas candidat, comment est-ce que quelqu’un comme lui, sans troupe, peut prétendre gagner cette bataille ?

C’est maintenant que le plus dur commence pour le chef de l’Etat Yayi Boni. Pour un homme qui a régné en vrai patron à la tête de la Banque ouest-africaine de  développement (Boad), et sans aucune transition, qui est devenu président du Bénin et a régné dix  ans durant, ce qui lui fait cumuler 20 ans de gestion au plus haut niveau, à la plus haute marche de l’appareil de commandement, dans un confort sans pareil et loin de la misère ambiante des Africains  et de son peuple, c’est vraiment dur de voir les choses le quitter et le précipiter au creux de la vague sans pouvoir rien faire pour se sauver. Il est vrai que le pouvoir est divin, et Yayi Boni, accordons lui  cela pour au moins faire plaisir à ses laudateurs et griots, « c’est dieu qui l’a élu  à travers son peuple ». Presque à la fin de deux décennies de règne sans intermède, Yayi Boni qui s’est affublé tous les noms de Dieu, reste toujours un assoiffé de pouvoir  et n’accepte pas qu’on dise qu’il est fini. C’est pourtant une réalité. Ses plus fidèles lieutenants, obéissants et dociles, parfois jugés trop aux ordres, lesquels lui ouvrent les portes de leurs fiefs, apportent aujourd’hui et d’ailleurs depuis quelques temps, la preuve éloquente qu’ils l’ont vomi. Eux qui luttaient énergiquement contre tous les adversaires du chef de l’Etat, sont devenus soudainement ses frondeurs, voire ennemis politiques.
Le congrès du 14 février: le mauvais présage
En effet, ses ennuis, qui allaient très rapidement signer sa décadence, pointent le 14 février 2014. Les Fcbe, famille politique du président de la République organisent un pseudo congrès dans le but de redonner des couleurs à leur alliance minée par des contradictions et des adversités entre leaders d’une part, et militants d’autre part. Au sortir des assisses, l’alliance affiche une cohésion de façade enregistrant même le retour au bercail de certains mécontents (dont André Dassoundo) restés un moment à l’écart. Mais les vrais problèmes sont réapparus aussitôt. En prélude aux élections législatives et communales de 2015, certains mécontents du système et de la gouvernance ont habilement oublié leur colère, afin de ne pas se faire flinguer lors du positionnement sur les listes. Malgré leur silence stratégique, ce qu’ils craignaient est arrivé. Les listes confectionnées sont sources de nombreuses tensions un peu partout et les victimes ont juré de ne pas pardonner à Yayi Boni et sa nouvelle clique, jugée trop arrogante, opportuniste  et devenue trop riche. Cela va se ressentir lors de l’élection des membres du bureau de l’Assemblée nationale, avec la défaite, certes sur le fil du rasoir, mais cuisante du candidat de Yayi Boni, le ministre Komi Koutché, au cœur de toutes les critiques depuis que les choses ont commencé à se  gâter. Le président de la République venait de voir l’un de ses plans contrecarrer et désigne son beau-frère Marcel de Souza, élu député sur la liste Fcbe, comme l’auteur. Il est vrai que Marcel de Souza fait partie des mécontents qui ne digèrent pas leur mise à l’écart dans les nouvelles prises de décision au sommet de l’appareil et au niveau de la coordination des Fcbe. Il est aussi vrai qu’il s’en est pris de façon directe ou indirecte à Komi Koutché qui fait désormais la pluie et le beau temps aux côtés de Yayi Boni. C’est en connaissance de cause que cet échec pour le poste de la présidence de l’Assemblée nationale a été attribué à l’homme désigné comme « judas ». La réplique de Marcel de Souza a été foudroyante. Il a attaqué tout le système et mis au défie quiconque oserait se mettre sur son chemin. Tout cela venant du beau-frère du chef de l’Etat, l’opinion publique en était agréablement étonnée et ne s’embarrassait point de qualificatifs pour saluer le courage du beau-frère. Au deuxième congrès du Front républicain pour une alternative patriotique (Frap), parti codirigé par Marcel de Souza et sa sœur Chantale Yayi, première dame, le rendez-vous a pris l’allure d’un procès du régime. La tribune du Frap a été judicieusement utilisée par les mécontents du régime pour dresser un sévère réquisitoire contre la gouvernance du président de la République. Un certain Alexandre Hountondji, ex-conseiller de Yayi Boni, était de la partie,  tout comme Jean-Michel Abimbola. Mais, c’est l’intervention de Alexandre Hountondji qui a sonné comme une sérieuse révolte au sein de la famille.  Portant la voix du groupe « Nouvelle Marche », le médecin de formation fait le diagnostic de la situation. Verbatim : « La  brutalité de cette minorité vorace qui s’est emparée illégalement de la direction de notre  famille politique et qui use de régionalisme, de  tribalisme, de corruption massive et de mensonge pour déstabiliser les forces politiques, membres fondateurs des Fcbe ne doit pas freiner notre zèle pour l’émergence de notre pays ». Se permettant d’aller à ce rendez-vous qu’on savait anti-Yayi, et puis avoir l’audace de faire de telles critiques, c’est clair que c’est  l’heure de la rupture qui a sonné. Si Yayi Boni n’était pas fini, personne ne pouvait lever son petit doigt pour s’extérioriser. Cela est synonyme de représailles. Un peu plus tard, c’est-à-dire en décembre dernier, Alexandre Hountondji a définitivement marqué la rupture en rejetant catégoriquement la candidature de Lionel Zinsou, imposée par Yayi Boni. Le premier ministre n’est pas le candidat désigné par les Fcbe, tempête-t-il en s’engageant dans un combat contre ce qu’il appelle « tripatouillage ». Par exploit d’huissier, il exige du Coordonnateur des Fcbe, les documents qui attestent que la désignation de Lionel Zinsou respecte les règles établies. Plus que jamais, Yayi Boni est défié et la fronde gagne du terrain.
Rachidi Gbadamassi et les autres
De tout ce qui se disait ou se faisait, Yayi Boni n’était pas ébranlé. Mais il a fallu la sortie du tonitruent Rachidi Gbadamassi, l’homme qui n’est pas fait pour les couvents, pour que le roi du palais de la Marina se rende compte qu’il est en train de devenir un général sans troupe. Alors, l’ex-maire de Parakou, quel que soit ce qu’on lui reproche, est un animal politique redoutable. Yayi Boni l’a  toujours utilisé contre les autres pour régler des comptes. C’est le même coup qu’il a voulu tenter face à la candidature de Patrice Talon. D’abord, il n’est plus un secret pour personne que la candidature de Sébastien Ajavon a été suscitée par le chef de l’Etat dans le dessein de contrecarrer le magnat du coton. En personne, d’après Rachidi Gbadamassi, Yayi Boni s’est proposé en démarcheur de soutiens à la candidature de Sébastien Ajavon. Chasser le naturel, il revient au galop. Cette fois-ci, le chef de l’Etat s’est fait prendre à son propre piège. Rachidi Gbadamassi, sans porter de gants, affirme devant la population de Parakou,  que c’est pour ne pas trahir Yayi Boni qu’il n’a pas choisi soutenir Patrice Talon, mais plutôt Ajavon. Pour être on ne peut clair, il ajoute « celui qui m’a dit d’aller vers Ajavon, je le dirai au moment venu». Selon ses déclarations, le député de la 8ème circonscription laisse croire que Ajavon est le candidat du chef de l’Etat. Avant tout ceci, l’ex-maire de Parakou a craché sur la candidature de Lionel Zinsou et s’oppose ainsi à un choix de Yayi Boni. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les relations entre les deux se sont  brouillées en un temps record. Le président de la République n’a pas aimé les propos tenus par l’autre et lui en veut sérieusement. Yayi Boni ne devrait pas se fâcher, car c’est lui-même qui a toujours montré le chemin à suivre à ses poulains qui respectent ses consignes. Si Rachidi Gbadamassi défie Yayi Boni, c’est parce qu’il sait qu’il est fini et ne peut plus rien contre sa personne. A l’image de Rachidi Gbadamassi, Sofiath Shanou s’est rangée du côté de Ajavon. Seule élue des Fcbe dans la 19ème circonscription, Sofiath Shanou a déjà quitté le paquebot présidentiel pour chuter chez le roi de la volaille et de la dinde au Bénin. Ce qui constitue un contre-point pour le candidat des Fcbe. Dans le Mono-Couffo, Isidore Tossou, Expédit Houessou  et Cyriaque Domingo ont déjà tourné la page Yayi Boni.  Au tour du chef de l’Etat, on vide les rangs.
Les présidentiables                     
Contre toute attente, c’est l’ex-ministre de l’Enseignement secondaire, puis repositionné à la tête du ministère des transports terrestres, Aké Natondé qui a ouvert le bal en prenant ses responsabilités. Député et leader politique dans la 24ème circonscription électorale, l’homme a rejoint le cercle des mécontents. Depuis qu’il a annoncé sa candidature, le chef de l’       Etat l’a classé sur sa liste rouge. Cela n’empêche pas Aké Natondé de poursuivre son chemin. La plus inattendue des revirements, c’est celui de Karimou Chabi Sika. Au-delà de ce qu’il a rompu les amarres avec son mentor, il est candidat à la présidentielle de 2016. Désormais libre de ses propos, il a mis en garde contre la machine de fraude de la part du système qu’il a servi et défendu pendant longtemps. Rappelons que Chabi Sika est un ancien député des Fcbe  originaire de Tchaourou, au même titre que le chef de l’Etat. Le dernier en date des départs, c’est celui de Nassirou Arifari Bako. Ex-président du Cos-Lépi, ex-député et ex-ministre en charge des affaires étrangères, il  vient de dire non à Yayi Boni et son candidat Lionel Zinsou. Il a lui-même décidé de porter la charge, pour le bonheur des sympathisants de l’alliance Amana. Pour cet universitaire, le choix du premier ministre pose un problème de légitimité. Le chef de l’Etat devrait tirer leçon de ces prises de positions pour préparer un atterrissage en douceur. Car,
l’autre terrible et triste réalité est qu’à l’occasion de l’élection présidentielle de février 2016, Yayi Boni se livre à une prédation sans précédente et à un gaspillage inqualifiable des ressources du pays dans  le but de rallier à la cause de Lionel  Zinsou les militants de ses lieutenants qui ne veulent plus le sentir, parce que vraiment « fini ».
 FN