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kerekouLe grand camarade de lutte, le général Mathieu Kérékou a cassé la pipe. L’information est tombée dans l’après-midi de ce mercredi 14 octobre 2015. A 82 ans, l’homme qui a mis fin au règne du monstre à trois têtes en prenant la tête du pays le 26 octobre 1972 s’est écroulé sous le poids de l’âge à son domicile à Cotonou. Qui est Mathieu Kérékou ? Voici le portrait de celui que l’on appelle le Caméléon.

Mathieu Kérékou est né le 2 septembre 1933 à Kouarfa ? Un village non loin de Natitingou. Après avoir étudié dans des écoles militaires au Mali et au Sénégal, Kérékou servit d’abord dans l’armée française puis dans l’armée du Dahomey où il obtint le grade de major. Il prit le pouvoir pour la 1ère fois lors d’un coup d’État le 26 octobre 1972 d’où le surnom de l’homme du 26 octobre. En 1975, ll adopte le marxisme-léninisme comme idéologie officielle de gouvernement, et crée le Parti de la révolution populaire du Bénin, destiné à gouverner en tant que parti unique. Très tôt, Kérékou nationalise toutes les sociétés et promet un mieux-être à ses compatriotes. Un an plus tard, le pays abandonne le nom officiel de République du Dahomey pour adopter celui de République populaire du Bénin. Dans les années 1980, la situation économique du Bénin devient critique. Après 26 ans d’exercice du pouvoir sans partage, il s’est retrouvé dans l’incapacité de payer les salaires. Fin 1989, il accepte de convoquer une « Conférence Nationale » destinée à établir de nouvelles institutions. Kérékou est ainsi le premier président du continent africain à ouvrir la voie au multipartisme et ce, après avoir dirigé le pays pendant 18 ans de manière autoritaire. Le jour de la clôture de la Conférence il accepte toutes les conclusions. À cet égard, il faut souligner le rôle exceptionnel de l’Archevêque de Cotonou Monseigneur de Souza. Et quelques mois plus tard, lors de son discours de La Baule, François Mitterrand prendra l’exemple du Bénin pour encourager le continent africain à entamer les mutations politiques souhaitables. Mathieu Kérékou est battu lors de l’élection présidentielle de 1991 par Nicéphore Soglo. Durant sa traversée du désert politique, il devient pasteur. Puis, il revient au pouvoir suite à des élections démocratiques le 4 avril 1996; il est réélu en mars 2001. Durant ses deux mandats de 1996 à 2006, le président Kérékou a respecté de manière stricte la séparation des pouvoirs. Ainsi, la liberté de presse sous le général Kérékou a permis au Bénin de se hisser au deuxième rang au niveau africain, et parmi les meilleurs sur le plan mondial. Contrairement à d’autres chefs d’État africains, sous la pression des médias, des intellectuels et de l’opinion publique, Kérékou n’a pas pu modifier la Constitution qui limite l’âge auquel il est possible d’accéder à la présidence ainsi que de briguer plus de deux mandats. L’élection de Yayi Boni met fin à trente années de pouvoir de Mathieu Kérékou. En 2011, il a fallu son intervention pour que les Béninois aillent aux urnes pour réélire Boni Yayi. La contestation de la liste électorale permanente informatisée (LEPI) était si vive qu’il fallait une voix neutre pour ramener toutes les parties à la raison. Kérékou n’a pas hésité à sonner la fin de la récréation avec un style humoristique qui lui est propre. Dix ans après malheureusement l’homme s’est éteint sous le poids de l’âge à son domicile à Cotonou.

Marcus Koudjènoumè