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Patrice-TalonLe président Patrice Talon aurait tenu parole. Il est allé au bout de son intention énoncée depuis août 2015 à Paris, défendue et soutenue lors de la campagne présidentielle de 2016, de faire réviser la Constitution. En n’acceptant pas le projet, l’Assemblée nationale lui fait conserver la plénitude de ses pouvoirs.
Le projet de révision de la Constitution du 11 décembre 1990 est remis aux calendes grecques. Seulement, l’une des nombreuses conséquences est le maintien au profit du chef de l’Etat, Patrice Talon, de ses prérogatives. En effet, la Constitution du 11 décembre 1990 est plus que jamais en vigueur. La première phrase de son article 54 dispose que « le Président de la République est le détenteur du pouvoir exécutif. » Les attributions du Pouvoir exécutif sont si étendues, que le président Talon qui a suggéré les réduire au travers de la révision constitutionnelle, les préserve avec le rejet d’hier. Malgré lui et conformément à la Constitution, Patrice Talon, au titre du mandat unique annoncé, devra se montrer surpuissant. A l’exception de la Commission électorale nationale autonome (Céna), les membres de toutes les autres institutions de la République seront renouvelés. Et dans les dispositions constitutionnelles actuelles qui se pérennisent encore, le chef de l’Etat, Patrice Talon, aura plus de marge de manœuvre sur les présidents de l’ensemble des institutions. Il participera activement à l’élection des membres des Conseils communaux et municipaux ainsi que des membres de l’Assemblée nationale.
 Du renouvellement des institutions
 La première institution dont le mandat arrive très bientôt à expiration est la Cour constitutionnelle. Dans un an, en juin 2018, une nouvelle Cour sera installée. Sur les sept (7) membres que compte la Haute juridiction, le bureau de l’Assemblée nationale désigne 4 membres et le chef de l’Etat désigne les trois autres. La probabilité que le président de la République s’en sorte avec une majorité acquise à sa cause est forte. Il nomme ensuite le président de cette juridiction. S’il est vrai que le président du Conseil économique et social est élu par ses pairs, il est fort à parier que son élection peut être influencée par le président de la République. Au terme du Bureau de Augustin Tabé Gbian installé en juillet 2014, Patrice Talon ne sera pas absent à l’élection du futur président. Il en est de même du prochain président de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac). La mission du président Adam Boni Tessi à la tête de la Haac, prend fin en juillet 2019. Sur les neuf (9) conseillers, le président nommera trois dont le président auxquels s’ajouteront les trois membres provenant de l’Assemblée nationale. Au cours de cette même année, les législatives auraient permis d’élire les membres de l’Assemblée nationale sous le régime Talon. La Haute cour de justice ne restera pas en marge de ce ménage. En 2020, Marcelline Afouda Gbèha s’en ira, et Talon nommera la personne de son choix.D’après l’article 133 de la Constitution, le président de la Cour suprême est nommé par le président de la République pour un mandat de 5 ans. Patrice Talon nommera en février 2021 le successeur de Ousmane Batoko. Or si le projet de loi portant révision de la Constitution avait franchi l’étape de la prise en considération, l’entrée en vigueur de la Constitution modifiée, l’aurait occupé à poursuivre les réformes avec l’allègement de ses prérogatives. Mais ce ne fut pas le cas.
Jean-Claude Kouagou