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Sous Yayi, la prison est un véritable mouroir où croupissent des détenus en quête de procès. Depuis plusieurs jours, ils attendent les audiences en vain… Le gouvernement a visiblement décidé de les voir croupir dans les geôles ! Ce qui n’est pas surprenant ! Sous ce régime, la prison n’est pas considérée comme l’exception !!! Elle est le remède proposé pour punir les Béninois. Quelques innocents n’ont-ils pas été jetés derrière les barreaux de façon injuste par le régime dans des affaires montées de toutes pièces ? Certains n’ont-ils pas échappé de justesse à cette punition en fuyant leur pays ? Le roi aurait voulu qu’ils fassent l’expérience des prisons pleines à craquer du pays. Il aurait voulu les voir souffrir et demander son secours. Lui le dieu vivant des Fcbe qui a droit de vie et de mort sur ses sujets. Aujourd’hui, non content d’avoir encouragé l’escroquerie orchestrée par les responsables d’Icc-Services, il inflige un calvaire à ses compatriotes entassés dans les prisons. En s’abstenant de payer la structure en charge du transport des détenus depuis des mois, il les empêche de bénéficier d’un procès en bonne et due forme. Pour présenter les détenus au précieux rendez-vous mensuel dans les tribunaux, le ministère de la Justice avait conclu un contrat de transport avec un transporteur privé qui a désormais suspendu son activité !

La situation actuelle a été créée par le régime qui n’a sans doute pas mesuré l’impact de la mise en place de nouveaux tribunaux en 2011. Soucieux de rapprocher la justice des justiciables, il avait modifié la carte judiciaire du pays en créant cinq nouvelles juridictions à savoir à Djougou, à Savalou, à Aplahoué, à Pobè et à Allada. Contrairement à la norme qui veut que chaque juridiction ait sa maison d’arrêt ou prison, les nouvelles juridictions sont, à ce jour, sans prisons civiles, ni maisons d’arrêt. Pour remédier à cette situation, le gouvernement a dû faire recours aux anciennes maisons d’arrêt réputées pour leur surpeuplement et insalubrité pour recueillir et accueillir les détenus des nouvelles juridictions. Or, l’implantation d’une nouvelle juridiction étant « un excitant pour le degré de juridicité », les anciens établissements qui n’étaient déjà pas aux normes, sont aujourd’hui quasiment pleins. Faute de moyens de transport des détenus, les magistrats sont contraints de programmer et de tenir les audiences de flagrant délit devant rapidement contribuer à désengorger ces lieux d’enfer une fois par mois. Un rendez-vous qu’ils n’arrivent plus vraiment à honorer même si les détenus de certaines juridictions du pays, pour éviter de s’éterniser dans leurs cellules, ont dû se cotiser pour bénéficier des services salvateurs du transporteur. Mais le problème n’est toujours pas réglé. D’autant que la plupart des prisons ne désemplissent pas. Les détenus font des efforts sans pouvoir parvenir à sortir du calvaire. Ils ne sont pas tous en mesure de se cotiser de l’argent pour payer leur transport vers les juridictions où attendent des magistrats désœuvrés et exaspérés de voir la situation s’aggraver des prisons pleines à craquer sans pouvoir y mettre fin. A cette allure, on peut craindre des débordements dans les prisons avec le risque d’évasion de détenus assoiffés de liberté, mais maintenus dans les liens de la détention sans jugement. Et que dit le gouvernement ? Y a t-il des projets en instance pour la construction de ces prisons ?

Il est clair que la justice n’a jamais été une préoccupation, encore moins une priorité pour les dirigeants actuels. Dans ces conditions, il faut se demander si notre réputation d’Etat de droit est une qualification sincère méritée ou une flatterie suicidaire de l’égo béninois. Ce que les détenus subissent et qui est dénoncé ici n’est qu’une révélation partielle faite dans la forêt des problèmes d’une justice béninoise trop dépendante de la volonté de financement d’un pouvoir exécutif gangréné et impérialiste vis-à-vis du pouvoir judiciaire qui devrait sanctionner ou exercer un contrôle sur les actes et activités du premier. La position du juriste est ainsi tranchée sur le sujet. « Ce drame soulève la récurrente équation du financement du secteur de la justice. Avec un budget estimé à moins de 1 % du budget national, soit environ 12 milliards de francs Cfa par an, il est impossible à la justice béninoise de faire face à ses missions régaliennes », regrette Michel Adjaka. La prison doit être plutôt reconsidérée sous nos cieux. Seuls ceux qui sont libres de leur mouvement peuvent aider ceux qui en sont privés. Nous avons le devoir de contribuer à l’amélioration des conditions de séjour dans nos maisons d’arrêt…

 Epiphane Axel Bognanho