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Emile Derlin Zinsou, l’incompris

C’était un homme qui voulait passer par les urnes pour légitimer son accession à la magistrature suprême. Durant son séjour à la tête du pays, Emile Derlin Zinsou, a voulu faire comprendre dans ses « Mémoires » que durant sa présidence, il avait été incompris.

L’étudiant en faculté de médecine de Dakar n’a peut-être pas compris qu’en juillet 1968 il a été appelé en sapeur-pompier pour redresser un pays économiquement exsangue. En outre, et c’était le plus déterminant, la vie politique faisait face alors à un manque de consensus. En effet, au lendemain des élections du 05 mai 1968 (organisées par l’armée au pouvoir) qui ont consacré la victoire du docteur Basile Adjou, on n’était pas sorti des tribulations post-décolonisations. Le président élu (plus de 80% des suffrages exprimés)  manquait de légitimé en raison du fort taux d’abstention observé au cours du scrutin. « La situation était bloquée », reconnaît le professeur Pierre G. Mêtinhoué, enseignant au département d’histoire et archéologie à l’université d’Abomey – Calavi. Le président d’alors, Alphonse Alley, décida de ne pas considérer ce vote et désigna Emile Derlin Zinsou. Ce choix se justifiait probablement par manque de moyens financiers et de temps matériel pour l’organisation de nouvelles élections.

Marionnette ou…?

Comme un appelé de la République, Emile Derlin Zinsou se rendit au palais pour se faire entendre dire qu’il doit diriger l’Etat pour cinq ans, avec comme objectifs (c’est ce qu’il a fixé lui – même) la restauration de l’autorité, le respect de la hiérarchie. On comprenait aisément que le natif de Ouidah ne voulait pas se faire manipuler. « Je crois savoir que vous êtes à la recherche d’un homme responsable, un chef ayant une autorité incontestée et non une marionnette ou un soliveau », dit-il au président de la République entouré de ses ministres et des officiers supérieurs de l’armée. Le gouvernement militaire révolutionnaire accepta l’offre mais devait attendre la confirmation de l’ancien élève de la prestigieuse école normale de William Ponty du Sénégal. Au journal télévisé de 20 heures, Emile Derlin Zinsou était surpris d’entendre qu’il a été nommé pour présider aux destinées du pays par les militaires. Mais, « c’est parce que les militaires sentaient bien qu’ils ne pouvaient pas  manipuler le docteur Zinsou qu’ils l’ont renversé », précise l’historien, Pierre Mêtinhoué.

La « guerre froide »

Le jour de son investiture, le 17 juillet 1968, Emile Derlin Zinsou, annonçait pourtant qu’il allait soumettre sa nomination au référendum comme pour se donner une légitimé. 73% des Dahoméens composant le corps électoral ont dit oui à sa nomination. Emile Derlin Zinsou se mit au travail. On lui doit la décision de collecte de taxes et impôts pour le financement du budget de l’Etat. « J’allais gouverner », jubile-t-il dans ses « Mémoires », intitulés « En ces temps-là… » Mais gouverner avec qui ? Ses difficultés avec certains militaires, raconte-t-il, ne tardèrent pas en effet à voir le jour. Les militaires ! Ceux-là même qui l’ont nommé. L’un des membres du gouvernement militaire révolutionnaire (Gmr), le commandant Maurice Kouandété, lui fit comprendre en revanche qu’il était sous la tutelle de l’armée. Emile Derlin Zinsou objectait dans ses faits et gestes qu’il était le seul maître à bord. Ce qui passait mal au sein de certains gradés de l’armée. Près de 17 mois après son investiture, il est déposé à la suite d’un coup d’Etat, le 10 décembre 1969. A-t-il jamais compris pourquoi ? « Actuellement, tout le monde est d’accord que [durant notre mandat] nous fûmes incompris », fait-il savoir dans ses « Mémoires » pour la postérité.

Rèliou Koubakin