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Cet homme serait Codjo Alofa, le présumé assassin de Dangnivo
L’arrestation de Codjo Kossi Alofa est plus qu’un film

Il y a des évènements dans lesquels l’on se croirait dans un film. Les derniers événements relatifs à l’arrestation du fugitif, Codjo Alofa, présumé assassin de Pierre Urbain Dangnivo, ont été vécus ainsi.

Si le gouvernement attend qu’on lui délivre un satisfecit, il se trompe. Ce n’est pas en organisant une évasion de la prison civile et en ramenant le soi disant fugitif qu’il sera absout des accusations formulées contre lui dans le dossier relatif à l’assassinat de Pierre Urbain Dangnivo. Depuis vendredi dernier, une certaine information circule et fait état de ce que l’Interpol –Togo a mis la main sur le présumé assassin de Pierre Urbain Dangnivo. L’alerte est donnée sur les réseaux sociaux. L’intéressé aurait été retrouvé sur le territoire togolais. Et, sans aucune autre précision. Joints au téléphone, les responsables de la Police togolais, avec l’aide de nos confrères de ce pays, n’ont pas nié cet exploit. Ils ont pris le soin d’ajouter que cela se passe sans commentaire et qu’ils ne veulent communiquer à ce sujet. Pendant ce temps, les autorités béninoises se débattaient comme de beaux diables pour mettre les petits plats dans les grands pour l’accueil de l’homme le plus recherché du pays. Char, escorte policière, militaires et policiers armés jusqu’aux dents, garde renforcée, Codjo Alofa est devenu l’homme le plus gardé du pays. Seulement, il ne saurait y un tel dispositif sécuritaire si le gouvernement n’avait pas un but à atteindre, notamment celui de restaurer son image. Or, un tel but n’est pas atteignable, aussi facilement que le gouvernement le pense. Dans ce dossier, l’Exécutif est passé à côté pour avoir orienté les enquêtes vers la commune de Djakotomè, alors qu’aucune trace du fugitif n’a été retrouvée dans cette localité. A la place du Pouvoir, avec tous ses organes exécutifs, beaucoup se cacheraient puisque cet exploit, s’il en était un, n’est pas l’œuvre des services compétents du Bénin. A partir du moment où, il a été retrouvé dans sa fuite, au Togo, Codjo Alofa a réussi alors à traverser les frontières béninoises. L’opinion publique a compris bien de choses. La première, c’est que cela révèle ce que sont nos frontières. De plus, les fouilles au Bénin ont été infructueuses et il a fallu la vigilance des forces de sécurité du Togo, afin de mettre la main sur lui. Mais, dans l’hypothèse que Codjo Alofa a été retrouvé chez nos voisins, cela suscite de sérieuses questions. On est tenté de dire que le fugitif était également recherché au Togo. Ce qui est peu probable parce que, selon nos sources, en ces temps d’élections, ce n’est pas un sujet qui préoccupe la Police togolaise. Aucune mention n’a même été faite par le Bénin à leur endroit. Ceci laisse penser qu’on est en face d’un film qu’on a commencé par voir depuis août 2010. Dans ce feuilleton, la première idée qui saute à l’esprit, c’est que le fugitif qui a bénéficié d’une certaine couverture, s’y est mal pris et a été rattrapé par la Police togolaise, vue l’ampleur du débat au Bénin. On peut aussi se permettre de croire que, le Pouvoir a organisé la fuite mais, de moins en moins convainquant, s’est vu obligé de reculer et prouver qu’il n’en est pour rien du tout. Une autre probabilité, c’est le fait pour les autorités d’avoir orchestré cette fuite sans tenir compte des conséquences qu’un tel acte aura sur le personnel pénitencier, en poste au moment de l’évasion. Près d’une dizaine d’agents et d’officiers ont été placés sous mandat de dépôt. C’est justement à la suite de la décision du juge de les incarcérer que le bruit a couru que les enquêteurs sont sur les traces du fugitif. D’abord ce sont les réseaux sociaux qui ont commencé par alerter. On a fini par connaître l’identité de ceux qui étaient derrière cette communication. Au-delà de tout ce qui vient d’être souligné, et qui répond parfaitement à la méthode de fonctionnement du Pouvoir en place, il y a que ce dernier cherche à montrer que l’opposition l’accusait faussement d’avoir organisé cette fuite. En ces moments de précampagne, c’est un sujet qui fera sans doute l’objet de débats.

Fidèle Nanga  

 

Quelques réactions

Martin Assogba : « Je voudrais qu’on nous le présente et qu’on lui pose des questions »

« Je prends ça avec des pincettes parce que, par rapport aux normes de la prison d’Akpro-Missérété, il y avait des doutes que quelqu’un qui soit dans cette prison puisse fuir. Maintenant qu’on nous dit qu’on l’aurait retrouvé, je voudrais qu’on nous le présente et qu’on lui pose des questions au niveau de toutes les télévisions pour que nous puissions voir et comparer la photo qu’on nous avait exhibée lors de sa présumé fuite et celle du moment, pour un croisement. Ceci, afin qu’on puisse savoir si c’est le présumé assassin de Dangnivo ou non. En politique, les politiciens sont capables de tout. Il faut tout prendre avec des pincettes ».

 Laurent Mètongnon : « Nous devons faire confiance à notre justice pour que l’affaire aille jusqu’au bout »

« On vient de mettre fin à une polémique inutile parce que la fuite d’Alofa jetait un discrédit sur les autorités pénitentiaires. Alofa retrouvé, il reste la procédure qui avait été enclenchée et pour laquelle le Procureur général de la Cour d’appel a estimé qu’il restait un témoin important. Dès lors qu’Alofa a été retrouvé, l’on doit pouvoir retrouver ce témoin afin que la procédure puisse vite s’achever pour qu’on sache ce qui s’est passé le 17 août 2010. Nous devons faire confiance à notre justice pour que l’affaire aille jusqu’au bout. Si c’est une Cour d’assises exceptionnelle doit se tenir, il le faut pour qu’on sache ce que Urbain Pierre Dangnivo a fait pour mériter ce sort, si c’est Alofa qui dit l’avoir tué qui l’a effectivement tué. Dans quelles conditions ? Pourquoi et qui sont les commanditaires ? Il y va de la crédibilité de notre pays ».

 Pascal Todjinou : « le tout n’est pas de retrouver Alofa »

 « C’est un exploit. Nous ne pouvons que nous féliciter. Mais le tout n’est pas de retrouver Alofa. Il y a deux choses qui restent. Les coupables qui ont fait évader Alofa doivent être retrouvés parce que c’est une grande honte pour nous. Cette prison n’est pas comme les autres prisons. 2ème chose, c’est de nous dire qui est à l’origine de la disparition de Dangnivo. Car, tel que ça se passe, nous qui sommes des leaders d’opinion, on peut nous faire disparaître aussi un jour et puis aller chercher un quidam pour dire que c’est lui qui nous a tués ou nous a faits disparaître ».

 Grégoire Akofodji : « Si le chef de l’Etat avait quelque chose à cacher, il ne se serait pas investi »

« C’est heureux que Alofa ait été retrouvé. Je remercie tous ceux qui ont contribué à cela. Je sais quelle a été la contribution du chef de l’Etat. S’il avait quelque chose à cacher, il ne se serait pas investi pour retrouver Alofa. J’appelle de tous mes vœux un procès très rapide pour que le peuple béninois sache ce qui s’est passé dans ce dossier ».

Saka Fikara : «…on découvrira ceux qui sont derrière l’assassinat de Dangnivo »

 « Il faut situer toutes les responsabilités. Il y a deux crimes qui se superposent : le crime de sang (assassinat de Pierre Urbain Dangnivo) et le crime de haute trahison de la République du Bénin (pour avoir fait évader cet assassin d’une prison de haute sécurité). Cela veut dire que personne n’est en sécurité. Dans ces genres d’histoire, toute la Police n’est pas mouillée. C’est un petit groupe qui, souvent, est au cœur. Je félicite, après tout, notre Police et Gendarmerie pour ce travail. Les complices doivent être découverts. S’ils l’ont fait échapper, c’est probablement parce qu’ils ont senti qu’ils n’ont plus d’assurance. Mais si la Justice, la Police et la Gendarmerie font professionnellement leur travail, on découvrira ceux qui sont derrière l’assassinat de Dangnivo »

Kossi Alofa ramené à la prison de Missérété

La prison civile d’Akpro-Missérété a accueilli depuis l’après-midi de ce samedi 28 mars 2015, Codjo Kossi Alofa, présumé assassin de Pierre Urbain Dangnivo. Evadé de cette prison, il y a quelques semaines, le sieur Alofa pour son retour, est gardé sous haute surveillance par vingt (20) militaires (bérets rouges et noirs).

Complètement mis à poils, isolé dans une cellule entièrement fermée pour la circonstance, au deuxième étage de la prison civile d’Akpro-Missérété, gardé par vingt (20) militaires (bérets rouges et noirs). C’est le sort infligé à ce « célèbre prisonnier fugitif », évadé de la prison, haut standing, de la sous-région. Selon les informations reçues çà et là, il sonnait environs 16 heures, quand deux motards, un char, des véhicules blindés, sous conduite de gardes rapprochés, ont fait irruption dans la grande cour de cette prison. Quelques minutes avant, selon nos sources, tous les prisonniers ont été renvoyés dans leurs cellules compartiment par compartiment. Très vite, l’attroupement des militaires a permis de sortir rapidement d’un des véhicules blindés, ce présumé assassin au visage apparemment innocent, mais très serein. Il a été conduit directement dans cette cellule préparée pour lui. Il sera mis à poils avant d’y être jeté. Entre-temps, deux autres complices arrêtés avec Codjo Kossi Alofa, notamment Amoussou Fred Donatien et un certain Tchiakpè ont été également placés sous haute surveillance, des hommes en arme. Surplace, on pouvait noter la présence des autorités politico-administratives, entre autres, le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique, le ministre de la Justice, Valentin Djenontin, le procureur de la République près du tribunal de Porto-Novo, le directeur général de la gendarmerie et son adjoint, le chef d’Etat major, etc. Un peu après, selon les informations, une séance de travail a réuni ces autorités avant qu’elles ne reprennent départ pour Cotonou.

 La peur gagne les prisonniers et les populations

 Avec le retour de Codjo Kossi Alofa, les prisonniers se sont retrouvés dans un état de frayeur. D’abord, juste après l’évasion de ce célèbre marabout comme certains l’appellent désormais, la sécurité a été renforcée dans cette maison pénitentiaire. Plus personne ne pouvait se déplacer sans être suivi par un gendarme. Mieux, les fouilles étaient renforcées, ce qui fait que les visiteurs ne peuvent plus aller au secours de leurs parents ou amis incarcérés. L’heure de visite a été réduite et les heures de fermeture, rapprochées. Selon le témoignage d’un prisonnier, c’est surtout à la fouille des femmes que s’intéressent les gardiens. « On fouille nos femmes jusqu’aux poils lors des visites. Nos femmes ne pouvant plus subir cette humiliation, refusent de nous rendre visite. A vrai dire, c’est de la comédie », a laissé entendre un prisonnier qui estime que les droits humains sont bafoués à la prison de Missérété. Dans les environs, la peur a également gagné les populations qui n’ont jamais vu un char dans leur vie, si ce n’est dans les films. « Nous avions vu un char, des motards venus avec des bruits de gyrophares au point où tout le monde s’est réfugié dans les maisons. Finalement, on apprend que c’est le prisonnier qui avait fuit récemment qui a été retrouvé. Nous espérons qu’il ne va plus fui pour qu’on vienne tirer sur nous dans nos maisons car, on ne se sent vraiment plus en sécurité », a laissé entendre un habitant de cette zone pénitentiaire.

 Thobias Gnansounou Rufino (Br Ouémé-Plateau)

L’Exécutif fait de la fanfaronnade

Vacarme assourdissant et orchestrant un tohu-bohu autour d’une arrestation d’un fugitif. Les médias et les réseaux sociaux se saisissent de ce cinéma et alimentent, amusent la galerie. C’est le grand retour au Bénin, en provenance du Togo, de Alofa, un présumé assassin de Pierre Urbain Dangnivo. Le sieur Alofa se serait évadé de la prison civile d’Akpro-Missérété. Le pouvoir a cru avoir réussi un exploit exceptionnel en mettant la main sur lui. Et comme pour crier sa « tigritude », le gouvernement a fait reconduire le présumé assassin sous escorte vers son ancienne cellule. Chars, gyrophares, sirènes, motards, l’escorte était plus que celle d’une haute personnalité de l’Etat. Le personnage qui a été présenté comme Alofa, sorti d’un char blindé, était vêtu d’un gilet pare-balles et d’un casque. Cet accoutrement, selon certaines indiscrétions, lui a été porté pour des raisons de sécurité. Car, on présume que des personnes malintentionnées pourraient, pour diverses raisons, et par tous les moyens, attenter à sa vie. Mais en réalité, dans cette affaire politico-meurtrière, personne n’a intérêt à éliminer Alofa si ce n’est l’Exécutif. Car depuis le début de cette affaire en août 2010, le Pouvoir de Yayi Boni n’avait pas intérêt à ce que la vérité se manifeste. En raison de sa position stratégique au ministère des Finances, Dangnivo était un élément gênant pour l’Exécutif. De sa disparition et en dépit du corps exhumé à Womey (Abomey-Calavi), l’opinion publique s’accorde à reconnaître qu’il est très peu probable que Dangnivo soit encore en vie. Voilà pourquoi, la thèse d’assassinat de Dangnivo semble primer ces derniers temps sur la thèse d’une simple disparition après plus de 4ans d’absence. La situation de Dangnivo, à l’heure actuelle, satisfait à la fois aux notions de droit d’absence et de disparition et qui conduisent à la fin de la personnalité juridique de la personne physique. Alofa a été l’homme dont le nom a été cité pour être le présumé assassin de Dangnivo. Après son évasion de la prison, officialisée trois jours plus tard, il serait arrêté à nouveau au Togo et ramené à sa vieille cellule avec beaucoup d’honneur. Le gouvernement n’a que trop fait du bruit dans cette affaire. Où est Dangnivo ? C’est la question à laquelle il doit répondre. Est-il encore en vie ? Si non, où se trouve son corps ? Ses parents en ont besoin pour les obsèques.

 Jean-Claude Kouagou