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yayi-ajavonLes quatre grands partis politiques formant le bloc de l’opposition ne sont pas inscrits à la même enseigne. Certains sont confortablement assis, d’autres sont éclopés. Zoom sur les composantes de ce groupe qui part à la guerre vraiment fragilisé.

Au-delà du fait  que le contexte  politique pourrait dans une certaine mesure militer  en leur faveur, les opposants, pris individuellement,  n’ont pas les mêmes poids politiques. Les quatre mousquetaires, en dépit de leur passé conflictuel,  viennent à la table de négociation totalement déséquilibrés. Certains  ont de grosses valises sans contenu, d’autres ont des identités ronflantes, mais n’ont visiblement pas de troupe. Essayons d’y aller étapepar étape. Le premier parti que tout le monde voit et qui visiblement tiendra l’étendard de l’opposition, ce sont les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe). Ce parti historiquement conçu sur la base d’alliance a pour géniteur un ancien chef de l’Etat (Yayi Boni) qui a su renforcer sa base pendant les dix ans qu’il a passés à la tête du pays. Avec les moyens de l’Etat, il a réussi (ce qui lui serait difficile à faire seul) à donner uneenvergure nationale à ce parti. C’est donc tout bénef pour le leader de Tchaourou qui n’a pas vraiment eu de difficultés à réorganiser la maison aussitôt après avril 2016. C’était donc un actif intéressant qu’il a pu facilement conforter (une fois à la touche. On réalise donc qu’en termes de finances, de présence au plan natio-nal et  de capacité  de mobilisation,  le seul parti qui paraît mieux organisé au niveau de l’opposition reste les Fcbe. La preuve est qu’ils n’ont pas vraiment attendu les trois autres pour se  constituer en parti politique. Il n’y a donc pas vraiment photo ! Le parti  phare de l’opposition sera les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe). À côté de lui,il y a un autre parti parrainé par un ancien chef d’Etat. Il s’agit de la Renaissance du Bénin ‘’aile Lehady’’ surveillé par  Nicéphore Soglo. Ce parti monument du militantisme politique, il y a quelques années traverse une crise sans précédent qu’il est inutile de rappeler. On se réjouirait si le bataillon politique (les dissidents) qui constituait quoiqu’on dise la sève  du parti avait démissionné. Les résidus pouvaient tout au moins défendre l’identité et sauver les meubles. Mais plus qu’une démission, ce bataillon envisage sans ambages,  arracher le parti à Papa Soglo. Très concrètement, ce groupe de dissidents  veut déposséder Papa de  l’instrument de négociation qu’est  le parti de la Renaissance du Bénin (Rb). C’est en cela que se trouve tout l’inconfort. La question qu’on peut se poser en de pareille circonstance est celle-ci :  » Qu’apporte la Rb aile Lehady à la table de négociation ? ». La question est tellement d’intérêt  puisqu’en plus du suspense entretenu par l’attente de la décision au niveau du Tribunal de Cotonou, la Rb « aile Léhady » est pratiquement vidée de son contenu; ce qui amène à se demander si elle a encore une base solide de mili-tants acquis pour lui offrir des sièges au Parlement. La question est tellement préoccupante  surtout qu’on sait qu’à part les deux ténors « éternels » que sont le couple Soglo, il n’y a visiblement aucune figure vendable pour la Rb dans la 16ème circonscription électorale.  Faudra-t-il torturer une fois encore ‘’mémé’’ en la positionnant dans la 16ème ou réfléchir à faire passer cette fois-ci ‘’pépé’’? Une chose est sûre, la Renaissance du Bénin (Rb) « aile Léhady » ne pourra rien sans l’apport politique substantielle de ces deux personnali-tés. Elles devront donc une fois encore, malgré leur âge, faire campagne si elles tiennent vraiment à avoir quelques résidus de sièges à l’Assemblée.

 Ajavon et Azannaï, quel poids ?

 Les deux autres partis que sont l’Union sociale libérale (Usl) de Sébastien Ajavon et le Parti Restaurer l’espoir de Candide Azannaï sont à la table à des enseignes  différentes. Commençons par le plus simple. En effet, née il y a quelques mois, l’Usl de Sébastien Ajavon est le plus jeune parti (si formalités achevées) à s’inscrire si vite dans le débat des législatives. Même si dans le fond, la jeunesse ne constitue en rien un handicap pour le Parlement, il est utile de noter que le Parti Usl présente des déséquilibres évidents tant dans son leadership politique que dans sa présence sur le terrain politique. Sur le terrain du leadership politique, il est inutile de revenir sur la configuration interne du parti (assez incohérente) et sur le mode de fonctionnement du leader politique. Cela crève l’œil. Il faudra en revanche s’attarder sur l’occupation du terrain. À ce niveau, le parti Usl a un avantage comparatif intéressant. En effet, quoiqu’on dise, les élections législatives sont des scrutins de proximité. La sociologie politique béninoise est telle que celui qu’on gratifie politiquement est souvent celui qui a été socialement présent dans l’entre-deux élections. En plus de la fibre régionaliste qui quoiqu’on dise est un outil assez utilisé, il y a aussi le travail de proximité qui compte beaucoup. Sur ce plan, le parti Usl a un avantage comparatif non négligeable dans certaines circonscriptions qui ne sont pas encore pour lui des fiefs, mais de potentiels bastions. Si les conflits de positionnement et de leadership ne viennent pas détruire ce travail (tout aussi désordonné sur le terrain mais un peu prometteur), l’Usl (si la question de formalités n’était qu’une rumeur) pourra rêver. Autant de conditions qu’il devra satisfaire s’il espère avoir quelques députés à l’Assemblée. Ce parti vient donc à la table de négociation avec un léger actif qu’on peut conforter. Contrairement à la Renaissance du Bénin, ce parti peut être un peu pris au sérieux dans le bloc opposant. Le quatrième et le dernier venu est le parti Restaurer l’espoir. Un peu dans la veine du parti de son ancien mentor (Nicéphore Soglo),  le parti Restaurer  l’espoir  gère quelques petites crises internes qui secouent  un peu l’arbre. Au-delà de cet inconfort, il y a les attaques politiques suscitées par les choix du leader Cha-rismatique. Azannaï est au cœur d’une polémique historique qui n’arrange pas vraiment les choses à son niveau. Cela est d’ailleurs complexe à gérer surtout qu’on sait que le vrai outil vendable du parti a été depuis longtemps le personnage Candide Azannaï. Les populations votent  moins le parti Restaurer l’Espoir que son leader. En plus de cet aspect, il y a la présence politique de l’homme. A part la 16ème circonscription électorale, le parti Restaurer l’Espoir est très transparent dans les autres circonscriptions. Alors que le seul qui a toujours été élu (à part 2015 où il a été appuyé par Patrice Nobimè) est encore en difficulté dans la seule circonscription qu’il prétend maîtriser. La question qui se pose au parti Restaurer l’espoir est celle-ci : Qu’apporte Candide à la table de négociation ? Autant d’interrogations qui se posent au sein du grand bloc opposant. Ces déséquilibres sont visibles et s’ils ne sont pas bien gérés avec tact risquent de créer des frictions inévitables. Sur le terrain politique, les forces vont se valoir. Mars 2019 garde de grands secrets intéressants.

 Abdourhamane Touré