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Le Président Français, François Hollande

L’histoire retiendra qu’un jeudi 2 juillet 2015, les relations entre la France et le Bénin, ont pris une nouvelle tournure. Lors de sa visite d’Etat au Bénin, François Hollande, rendant un honneur immense à l’ex-quartier latin de l’Afrique, s’est servi du Bénin, pour s’adresser au monde entier. Précis et courtois dans ses interventions, le Chef de l’Etat français vient d’insuffler une dynamique nouvelle à l’Etat de droit et à la démocratie béninoise.

Au pas de charge, pourrait-on dire, à propos de la visite de quelques heures que le président de la République française vient d’effectuer au Bénin. Dans ce voyage qui l’amène vers l’Angola, mine de pétrole, et le Cameroun, pays-tampon contre le terrorisme et le spectre Boko-Haram, l’étape cotonoise du président français pourrait paraître anecdotique. Les réalités sociopolitiques béninoises peuvent, à première vue, paraître bien piètres, face aux enjeux diplomatiques angolais et camerounais. C’est ce qu’a tenté de démentir le président français par son attitude et sa disponibilité. On ne peut d’ailleurs pas manquer de penser qu’en grande partie, la réussite de cette visite, revient à François Hollande. Il s’est montré à la hauteur des attentes suscitées par cette visite surprise. Pas de condescendance, ni de paternalisme de bon aloi. Ce à quoi un certain Nicolas Sarkozy nous avait habitués, à travers notamment le discours de Dakar. L’aisance que le président français a montrée, et sa maîtrise du sujet, démontrent, à souhait, qu’il a pris le temps de bien comprendre les enjeux de la démocratie béninoise et des exigences de son peuple. Ce qui, du coup, passe l’éponge sur le couac du rendez-vous manqué du Palais des gouverneurs à Porto-Novo.

 Des remontrances aux dictateurs indélicats

 Au-delà, des relations de coopération séculaires qui lient les deux pays, c’est la qualité de la démocratie béninoise qui est portée au pinacle. François Hollande, en fin diplomate, a, surtout, évité de froisser, outre-mesure, son vis-à-vis. Inutile de revenir sur la gangrène de la corruption endémique et celle des scandales financiers, marques de fabrique de l’actuel régime. L’hôte français ne s’est pas, non plus, appesanti sur les velléités de révision de la Constitution, affichées par le régime de Yayi Boni. Il fallait donc aller à l’essentiel et ne pas s’occuper des fioritures. Cependant, comme pour se dédouaner à distance et montrer à ses détracteurs qui n’apprécient guère le « glacis » en Angola et au Cameroun, pays qui ne brillent pas sur le respect des droits de l’homme et la démocratie, François Hollande a, une de plus, mis les points sur les « i ». Dans son discours, le Chef de l’Etat français a, subrepticement, établi un parallèle avec la situation confuse qui a provoqué le chaos au Burkina-Faso et a fini par provoquer le départ précipité de Blaise Compaoré. Le « bordel » que Pierre Nkurunziza essaie de créer au Burundi n’a pas échappé à François Hollande. Ce n’est pas anodin. Ce sont des remontrances qu’il adresse à ses pairs africains des plus indélicats. D’ailleurs, il est fort à parier que, si la majorité au Parlement béninois n’était pas à l’avantage de l’opposition, le voyage du président français n’aurait probablement pas été possible.

 Les intérêts de la France

 De plus, sûre de son fait, la France sait, désormais, qu’avec la présence dans le cercle politique béninois d’un Premier ministre, en la personne de Lionel Zinsou, ses arrières sont assurées. Mieux, ce dernier, s’efforcerait d’arrêter la   série des entorses faites à démocratie et à l’Etat de droit depuis bientôt une décennie. Avec la culture démocratique dont il est imbu, Lionel Zinsou, ne pourra pas s’accommoder de pratiques peu orthodoxes, et attentatoires aux libertés. Ensuite, la France ne perd pas grand-chose en se replaçant au cœur de l’actualité sociopolitique du Bénin. A dix mois de son départ, Yayi Boni aura désormais, une incidence négligeable sur le cours des évènements. Il est plus proche de la sortie que de l’entrée. Lionel Zinsou se voit donc offrir la possibilité de marcher dans les pas de Yayi Boni, pour d’abord prendre la mesure de la situation et, enfin, appliquer les greffes adéquates. On ne peut donc se voiler la face : François Hollande est venu mettre le pied à l’étrier au Premier ministre. Vingt milliards de francs Cfa est la manne financière que la France met à disposition pour donner un nouveau visage aux villes de Cotonou et Porto-Novo. Une attention louable, mais pas dénuée de tout intérêt. Ces deux villes peuvent être un terrain d’expérimentation. En clair, en raison de son voisinage avec le Nigeria, et l’issue vers la mer qu’il constitue pour les pays de l’hinterland, le Bénin compte pour la France et l’intéresse à plus d’un titre.

 Wilfrid Noubadan

 Hollande indique le prochain chef d’Etat béninois

Dans son discours hier, le président français s’est fait clair. L’Afrique est confrontée à de nombreux défis majeurs auxquels les dirigeants devront faire face. Il a évoqué les problèmes liés à l’insécurité, au terrorisme et à la paix. Son appel à l’endroit des dirigeants, c’est de tout faire pour faire régner la paix sur le continent africain, et donc dans chaque pays. Au Bénin, le mandat de Yayi Boni est à son terme. Il a encore huit (8) mois et ne pourra pas relever ces défis avant de partir. Le message du président Hollande s’adresse donc à son successeur. Ce discours n’est pas venu par hasard. Il doit pouvoir orienter le peuple béninois sur les choix à opérer pour le prochain quinquennat. D’une manière indirecte, François Hollande a aidé les Béninois à savoir qui choisir pour faire face véritablement à ses défis incontournables. Les groupes terroristes ne dérangent pas le Bénin ; mais sa proximité avec des pays comme le Nigeria, le Niger et autres ne le met pas à l’abri des attaques. Personne ne le souhaite. Mais le mieux, serait d’élire, très prochainement, un Chef d’Etat qui maîtrise le langage des groupes terroristes et qui peut régler leur problème sans forcément recourir aux armes. Il s’agit aujourd’hui pour le Bénin de faire en sorte que son dirigeant soit un homme de paix et l’unité nationale. Il doit avoir une expérience dans le règlement des conflits et la gestion pacifique des crises. L’Afrique en a besoin et le Bénin étant un pays de paix et de Démocratie, se doit d’avoir un président dont le passé permet une implication dans la gestion des crises qui secouent le continent.

Parmi ceux qui lèvent le doigt, si on cherche bien, on doit en trouver qui répondent à ces différents critères. Pas question de se tromper ; car Hollande a déjà montré le chemin à suivre. Ce passage de son discours dessine le portrait de celui qu’il faut pour le Bénin d’à partir d’Avril 2016. Il l’a dit et il faut un Chef d’Etat qui incarne la paix et qui peut œuvrer pour la lutte contre l’insécurité (sous toutes ses formes) dans le pays et pourquoi pas dans la sous-région.

AT  

 Le vrai message de Hollande à Yayi

Le président François Hollande était porteur d’un réel message de démocratie à son homologue béninois, Yayi Boni. En proclamant que le Bénin est une « référence » en matière de démocratie en Afrique, Hollande ne jetait pas des fleurs à Yayi. L’hôte de marque a d’ailleurs fait référence à la Conférence nationale et aux anciens présidents Nicéphore Soglo et Mathieu Kérékou, qui sont les hommes d’Etat béninois qui ont porté haut le flambeau de la démocratie. « En 25 ans, le Bénin a non seulement réussi sa transition, mais aussi s’est donné une culture démocratique », affirme Hollande. En rappelant l’écroulement du régime de Blaise Compaoré, Hollande laisse, dès lors, le message que voici : « La stabilité des institutions, c’est la stabilité du pays. Le respect de la Constitution, c’est le respect des citoyens et l’acceptation du verdict des urnes, c’est la preuve de la maturité. » A Cotonou, devant la presse puis, devant les personnalités politiques béninoises, le président français a pointé du doigt la situation du Burundi, plongé dans une grave crise politique en raison de la candidature à un troisième mandat de son actuel président, Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005. A l’une des questions, Hollande a répondu, « je ne change pas de discours en fonction des pays. Le respect des principes démocratiques m’est très cher ». A bon entendeur, salut !

 Jean-Claude Kouagou

 Une visite longtemps négociée et forcée

Hier, lors de la rencontre qu’il a tenue avec la communauté française à l’Ecole Montaigne, le président français, François Hollande, a confirmé que sa visite au Bénin a été forcée. « Lorsque j’ai été élu, j’avais fait une promesse, encore qu’après avoir fait une promesse, il faut l’honorer. Le président du Bénin a été le premier chef d’Etat que j’ai reçu. Et il m’a dit de lui faire la promesse que je visiterai le Bénin avant la fin de son mandat. Aujourd’hui, je suis heureux d’avoir honoré cette promesse (…) », a-t-il déclaré. Ainsi, même si le président Hollande a fait preuve d’enthousiasme lors de son séjour, il montre quand même qu’il n’était sans doute pas intéressé par ce genre de visite. C’est plutôt le président béninois, Yayi Boni, qui a fait le forcing pour obtenir sa présence en terre béninoise. Cette visite, il l’a longtemps négociée, voire forcée, selon certaines indiscrétions. C’est enfin le jour de son 63è anniversaire que se réalise sa quête diplomatique devenue obsessionnelle. Mais, il a fallu qu’il renonce à briguer un troisième mandat et qu’il fasse appel à un premier ministre positionné par Hollande en la personne de Lionel Zinsou, un banquier d’affaires franco-béninois.

 E.A.B