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Aubin Towanou (à gauche) et Mesmin Hounkpè soutiennent le chef de l’Etat

Suite aux derniers événements ayant marqué l’actualité socio-économico-politique au Bénin, Aubin Towanou, journaliste-écrivain et Mesmin Hounkpè, consultant-formateur, ont adressé une lettre ouverte au président de la République. Faisant état de certaines situations telles que la réforme constitutionnelle et la démission du ministre Candide Azannaï, ils ont invité le chef de l’État à rassurer les Béninois pour que règne une ambiance de sérénité, nécessaire pour les réformes en cours et à venir. Lire l’intégralité de la lettre ouverte.

A
Son Excellence
Monsieur le
                                                           Président de la République du Bénin
Cotonou
 
Objet : Invitation à la sérénité
 
Excellence Monsieur
 le Président de la République,
 
Avec le respect dû à votre rang, nous venons par la présente lettre ouverte vous assurer de notre soutien à l’action publique pour le quinquennat 2016 – 2021. Occasion que nous choisissons pour marquer notre déception quant à la tournure que prend la gouvernance publique sous votre règne depuis quelques semaines. Non militants, nous sommes deux observateurs privilégiés de la vie publique en République du Bénin.
En effet, nous sommes deux Béninois qui avons une haute et noble vision du quinquennat 2016 – 2021, au point de prendre l’initiative de publier l’ouvrage intitulé ‘‘Le destin du Bénin’’, sous titré ‘‘Le nouveau départ’’, édité en août 2015. Un livre qui a fait un diagnostic de la situation socioéconomique et politique du Bénin en 2015 en débouchant sur une série de propositions concrètes pour la relance du pays à partir de 2016. D’ailleurs, le contenu de votre projet de société ainsi que les actions phares que pose votre gouvernement depuis avril 2016 nous confortent et nous rassurent de ce que nous ne nous sommes pas trompés en publiant un tel livre à la veille de la présidentielle de 2016. Ce sentiment qui nous a animés depuis que vous êtes aux commandes du Bénin, commence par s’éroder depuis quelques semaines. Et nous n’avons pas pu nous empêcher de vous écrire la présente lettre ouverte pour nous donner encore une bonne raison de continuer par croire à nos convictions exprimées au départ.
À la suite de tout ce que le Bénin a connu avant votre avènement au pouvoir, il était impératif pour les Béninois de se mettre à nouveau ensemble pour relancer le pays. Il nous fallait redéfinir les nouvelles bases d’un nouveau départ dans notre volonté de vivre ensemble dans le but de construire un avenir commun pour les Béninois du présent et du futur. Dans cette approche, nous avons la ferme conviction que jusque-là le peuple joue sa partition. Nous n’en voulons pour preuve que le calme qui les caractérise depuis les vagues de suppressions, d’annulations, d’abrogations, etc. sans oublier les opérations de déguerpissement, qui, tout en appauvrissant les Béninois, ont requis leur consentement. Tant ils avaient soif de voir leur pays redémarrer sur de nouvelles bases. Tant ils avaient du dédain pour ce qui a eu cours jusque-là. Au point où ils ne tolèrent pas que ceux qu’ils identifient comme étant responsables de la situation catastrophique dans laquelle se trouve actuellement leur pays, découvrent de bonnes raisons de se donner bonne conscience. Déjà, sur les réseaux sociaux comme sur certains médias classiques, ces ‘‘méchantes personnes’’ se permettent le droit d’occuper l’espace médiatique en donneurs de leçons.
 
Excellence Monsieur le Président de la République, pardonnez notre impertinence si s’en était une. Nous sommes un certain nombre de personnes qui ne tolèreront pas une telle humiliation pour la grande majorité des Béninois qui vous ont porté au pouvoir en avril 2016. Évoquons alors quelques faits.
L’amélioration de notre loi constitutionnelle en 2017 a connu un retard. Mais nous n’en sommes plus là. Le projet de loi portant modification de la Constitution du Bénin, comme proposé n’est pas exempt de toute critique, bien au contraire… Il s’agit d’un texte perfectible à tous points de vue. Si des Béninois vous disent que ce texte est bon et qu’il faudra convaincre le peuple de la pertinence de son contenu, en l’état, soit ils sont ignorants, soit ils sont de cette race d’hypocrites qui conduisent les chefs d’État dans le gouffre pour dire après que le président n’écoutait personne. Que le Tout Puissant nous en épargne à nouveau. L’échec du processus en cours, avant d’être le vôtre, aurait été d’abord celui de ces nombreux Béninois qui vous ont porté au pouvoir il y a douze mois.
 
Le gouvernement du Bénin peut être ambitieux et sans limites pour ce qui concerne son Programme d’action, nous vous le concédons. Mais il est difficilement admissible qu’en 2017, le Bénin se permette d’adopter un budget à hauteur de plus de 2000 milliards de francs Cfa. Tous les cadres compétents du ministère chargé des finances savent ce dont nous parlons. Et leur silence nous inquiète au plus haut point. La Côte d’Ivoire, qui représente près de 50% du Produit intérieur brut (Pib) de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), du haut de ses 7% de taux de croissance n’a pu inscrire que 6000 milliards de francs Cfa au budget 2017. La contrainte budgétaire qui ne nous autorise pas cette ambition réside dans le fait que, même si le Bénin arrivait à mobiliser exceptionnellement autant de ressources en 2017, il n’est pas évident qu’il y arrive dans la durée. Or, l’instrument que constitue le budget ne saurait évoluer un jour à la hausse et un autre fortement à la baisse sans justification pertinente due aux contraintes conjoncturelles de l’environnement économique dans lequel se trouve le pays.
Il est des Béninois qui, de par leur parcours, ne peuvent pas être confondus à la masse et vous le savez autant que nous. Ils ont leurs faiblesses comme tout homme, mais ils sont au-dessus de la mêlée et leurs compatriotes le savent, sans en être jaloux. Candide Azannaï, comme bien d’autres, fait partie de ces Béninois là. Qu’il en arrive à démissionner, au bout d’une année, d’un gouvernement qu’il a contribué de toute son énergie à installer, ça fait hérisser les cheveux sur la tête des personnes ayant une certaine noble idée de l’action publique. Nous ne sommes pas naïfs au point d’ignorer que diriger un pays, notamment le Bénin, n’est pas une partie de plaisir. Et nous ne soutenons pas qu’il y ait des Béninois à qui nous accordons un blanc-seing quant à leurs convictions, caprices et fantasmes. Mais lorsqu’un homme est constant, a priori dans le bien et projette dans l’opinion ses convictions fortes, il est difficile de le prendre en défaut sur certaines questions. Ainsi, les Béninois ont besoin d’une explication de votre part, vous qui incarnez jusqu’à nouvel ordre la République.
Enfin, nous revenons sur notre conviction forte pour la réussite du quinquennat 2016 – 2021. Car, en cas d’échec, le Bénin risque gros pour ce qui concerne son avenir. Ainsi, toujours disponible à soutenir l’action publique dans l’intérêt et pour le bonheur de l’ensemble de la communauté béninoise, nous vous suggérons de rassurer les Béninois. Il faut impérativement un retour à la sérénité. Il ne s’agit pas là d’un investissement qui dépasse vos compétences et capacités. Car les Béninois ont besoin d’une certaine sérénité pour accompagner le processus en cours qui est fait de lourds sacrifices.
Comptant sur votre disponibilité à écouter les Béninois pour mieux les servir, nous vous prions de recevoir, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération.
 
Cotonou, le 29 mars 2017
  
    Aubin Towanou
 Journaliste-Écrivain
 Mesmin Hounkpè
Consultant-Formateur