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justice audienceIls sont tous embarqués dans la procédure relative à l’affaire des placements hasardeux, avec présomption de pots-de-vin, des fonds de la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss) à la Banque internationale du Bénin (Bibe). En dépit des apparences jusqu’ici projetées, les intérêts des mis en cause ne sont pas les mêmes. Et déjà, des dissensions apparaissent en leur sein ; lesquelles font peser des menaces sur certains d’entre eux.

On se souvient qu’à l’origine de l’affaire, c’est la Commission bancaire de l’Uemoa qui a alerté, dans un rapport, sur l’existence de pratiques peu orthodoxes au sein de la banque, consistant à verser des retro commissions aux responsables de la Cnss. Depuis lors, en chœur, les mis en cause nient les faits, le syndicaliste et ancien président de Conseil d’administration de la Caisse, Laurent Mètongnon en tête. Ils dénoncent « un procès politique » destiné à « faire taire une voix critique ». Le Pcb et certaines Centrales et Confédérations syndicales, au mépris de l’indépendance de la justice qu’ils sont si aptes à reconnaître et à louer quand une décision est rendue en défaveur du gouvernement, font pression pour que le dossier soit abandonné et tentent, par leurs manifestations diverses, d’intimider les juges. Mais au-delà du brouhaha, il y a des faits qui semblent soutenir que le dossier n’est ni politique, ni factice.

C’est à la faveur de dissensions entre les mis en cause que l’on en apprend un peu plus sur cette affaire, même si la ligne de défense collective retenue par eux est la dénégation systématique. Mais cela n’est pas pour arranger les affaires de tous.

En effet, parmi les intéressés, un au moins reconnaît, en privé, que la pratique de rétro commission a bel et bien existé, que c’est lui qui retirait l’argent à la banque et venait le distribuer aux bénéficiaires, évidemment sans décharge ni émargement. A sa propre famille, il a fait ces aveux et se demande comment se tirer d’affaire. Mais face à lui, tous les autres mis en cause, après concertation, ont décidé de maintenir leurs dénégations et de parler de procès politique pour mettre la pression sur le gouvernement, puis attirer l’attention de la communauté internationale et  les organisations de défense des droits de l’homme. Ainsi, cet ancien responsable de la Caisse, d’après son entourage, subit des pressions énormes voire des menaces pour ne pas se désolidariser de la stratégie collective. De fait, entre la volonté de « tout raconter, de coopérer pour la manifestation de la vérité » afin de bénéficier éventuellement d’une sanction clémente, et le souci de préserver les intérêts du groupe, on le dit partagé et apeuré. Ses proches font savoir également qu’il craint, en racontant les événements comme ils se sont passés, de devoir assumer tout seul puisque, de toutes les façons, les autres n’entendent pas changer de stratégie. Dès lors, on pourrait lui opposer que rien ne prouve qu’il n’a pas gardé les sous par devers lui pour en disposer tout seul. C’est donc là le dilemme de ce mis en cause. Lui et sa famille aimeraient que tout cela s’arrête, mais ils doivent encore compter avec les pressions des autres mis en cause, qui laissent entendre à leurs intimes qu’ils peuvent tenir dans leur attitude autant qu’il faudra, car pour eux, il faut faire admettre à l’opinion qu’il s’agit d’un procès politique, pourvu que cela jette du discrédit sur la procédure et sur le gouvernement.

JPM